Rivières libérées: des cours d’eau au naturel

Renaturation Des milliers de kilomètres de rives sont mal en point en Suisse. Les cantons ont jusqu’à 2090 pour les remettre à l’état naturel. L’exemple de la Broye, dans les cantons de Vaud et de Fribourg.

Alors, ça mord?» «L’eau est un peu fraîche aujourd’hui, répond Max Goumaz (71 ans). Les poissons restent à l’abri et ne sortent que de temps en temps pour trouver de la nourriture.» En cette frileuse journée de mi-mai, le pêcheur vaudois, accompagné du jeune Elliot Frison (14 ans), a plongé ses cuissardes dans la Broye à un endroit où la rivière a été renaturée. «C’était une nécessité de réaliser ces travaux, reprend-il. Le changement a été positif pour les poissons.»

Un tronçon de la Broye qui n’a pas été renaturé.

Max et Elliot en pleine partie de pêche au toc, alors que Maé (5 ans) profite d’un moment de détente.

La faune revient peu à peu

S’étirant sur environ 70 km, la Broye a été canalisée sur près de la moitié de son parcours. Elle doit sa renaissance en grande partie à l’important travail de communication de «Broye source de vie» (www.broye-source-de-vie.ch), une association fondée en 2009 et forte aujourd’hui de plus de 500 membres. «Nous avons réuni autour d’une table tous les milieux concernés afin de travailler ensemble autour de la renatu­ration de la Broye, des milieux politiques à la population, en passant par les pêcheurs et les propriétaires de terrains», relève Philippe Savary, garde-pêche au canton de Vaud et, à titre privé, l’un des membres fondateurs de l’association.
Le résultat est un magnifique exemple de collaboration intercantonale entre les cantons de Vaud et de Fribourg pour redonner vie à une partie de rivière qui étouffait dans son tracé rectiligne, aux berges dépourvues de végétation.
Sébastien Lauper, collaborateur au Service des forêts et de la faune du canton de Fribourg, remarque le retour de certaines espèces, comme le blageon et le spirlin: «La renaturation ne concerne pas que le cours d’eau, mais aussi sa zone alluviale, souligne le spécialiste. Ce sont toutes les espèces, aussi bien terrestres qu’aquatiques, qui en profitent.»
Le premier tronçon, revitalisé en 2010 par le canton de Vaud et amélioré en 2014 grâce à un financement du WWF, devrait être suivi d’une deuxième étape qui prévoit la renaturation de 2 km de berges supplémentaires. Ce qui fera au total 3 km de rives rendues à la nature dans le secteur qui jouxte la  zone alluviale de Villeneuve (FR), classée d’importance nationale.

La Versoix (GE) avant les travaux de renaturation, en 2004...

...et après, en 2005: un exemple de revitalisation en milieu urbain.

Un programme sur 80 ans

Sur l’ensemble du territoire national, ce sont environ 15  000 km de cours d’eau qui ont été canalisés, endigués, enterrés ou encore aménagés de façons diverses, sur un réseau total de plus de 65  000 km. Les principales victimes sont les poissons, dont l’accès aux zones de frai situées en amont des cours d’eau et dans leurs affluents est rendu problématique, voire impossible.
Afin de redonner vie à ces écosystèmes, la loi fédérale sur la protection des eaux, entrée en vigueur le 1er janvier 2011, impose aux cantons de renaturer 4000 km en 80 ans. La Confédération assure 35% à 80% des coûts en fonction du bénéfice écologique des projets. Ce qui représente en moyenne 40 millions par année, le reste étant à la charge des cantons, des communes ou de tiers, comme, par exemple, les organisations écologistes. Le coût d’une renaturation peut varier suivant l’ampleur du projet, mais se situe en moyenne entre 500 et 1000 fr. le mètre linéaire.

L’eau Noire, dans le canton de Vaud, avant la renaturation...

...et après: la monotonie a laissé la place au charme d’une nature qui invite à la promenade.

Défendre les intérêts de la nature

Mais au fond, en quoi consiste une renaturation? «Elle comporte plusieurs aspects, répond Lucie Dupertuis, biologiste et secrétaire régionale de la section WWF du canton de Vaud: l’amélioration de la biodiversité et de la qualité de l’eau, une meilleure régénération des nappes phréatiques sans oublier l’aspect social, les rivières et leurs rives étant aussi des lieux de détente et de loisirs. La pêche en bénéficie aussi sans compter qu’une renaturation bien faite et réalisée au bon endroit constitue une bonne protection contre les crues. L’élargissement du lit du cours d’eau ayant pour effet d’en ralentir le débit.»
Le WWF, particulièrement engagé dans le domaine de la protection des eaux, veille à ce que les intérêts de la nature soient suffisamment pris en compte dans les projets cantonaux. «Ceux-ci ont parfois tendance à privilégier l’aspect protection contre les crues», remarque la biologiste.
Un point que ne dément pas Alexandre Wisard, directeur du Service du lac, de la renaturation des cours d’eau et de la pêche à l’État de Genève: «Dans la mesure du possible, nous ne construisons plus de murs, mais redonnons de la place au cours d’eau en agrandissant son lit. Nous utilisons aussi des techniques végétales pour protéger les berges, comme des rondins de bois ou des caissons végétalisés.»

«

L’urbanisation est la principale cause de pertes de terres agricoles»

Lucie Dupertuis, secrétaire régionale de la section WWF du canton de Vaud

Dialoguer pour convaincre

Lucie Dupertuis, secrétaire régionale de la section WWF du canton de Vaud

Lucie Dupertuis, secrétaire régionale de la section WWF du canton de Vaud
http://www.cooperation.ch/_Rivieres+liberees_+des+cours+d_eau+au+naturel Lucie Dupertuis, secrétaire régionale de la section WWF du canton de Vaud

Très actif en matière de renaturation, le canton de Vaud a déjà réalisé 40 projets représentant 15 km. «Notre approche consiste à fédérer les acteurs autour de projets développant une vision intégrée des ressources en eau», relate Philippe Hohl, chef de la division Eau à la Direction générale de l’environnement. Pour chaque projet, les objectifs sont établis en tenant compte des particularités du cours d’eau, du potentiel écologique, des risques d’inondation, de la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines. Olivier Stauffer, chef de projets renaturation de la même division ajoute que «les éventuelles emprises sont discutées directement avec les propriétaires et exploitants agricoles avant même de lancer des études. Aucun projet de renaturation n’est imposé par le canton.»
Malgré les bénéfices qu’elle offre à la nature, aux hommes et aux animaux, une renaturation n’est pas toujours du goût de tout le monde. Les paysans déplorent parfois la perte de terres agricoles. Or «la principale cause de pertes de terres agricoles est l’urbanisation, dont les zones industrielles, et non les renaturations», estime Lucie Dupertuis.
Luc Hermanjat (48 ans), a été d’emblée acquis à l’idée de remettre à ciel ouvert 150 mètres du Nant de Commugny (VD), un ruisseau qui avait été enterré et qui traverse ses terres. Avec son frère Denis, (45 ans), il dirige une exploitation de 43 hectares. «Grâce à un subventionnement de l’État de Vaud, un pont a été construit qui nous permet de passer d’une parcelle à l’autre avec de grosses machines agricoles, relève-t-il. De plus, un étang a été créé. Nous avons peut-être perdu 350 m2 de terre, mais nous avons gagné énormément en termes de biodiversité car, depuis, toute une faune est revenue peupler les lieux.» Et, cerise sur le gâteau, les berges du ruisseau ont été ensemencées par la technique des fleurs de foin. «Ce qui nous permet de conserver un patrimoine végétal 100% local», souligne l’agriculteur.

Le rôle des organisations écologistes

D’après la loi sur la protection des eaux, il incombe aux cantons d’appliquer les mesures de renaturation de leurs cours d’eau. Mais ces réalisations sont souvent le résultat d’un travail de groupe auquel prennent part d’autres acteurs que les autorités concernées, dont les organisations de protection de la nature.
Afin d’atteindre les objectifs fixés, le WWF, par exemple, s’engage de diverses manières: soit comme initiateur de projets dans la mesure de ses moyens, soit comme bailleur de fonds, soit au niveau du contrôle de qualité des projets cantonaux.
Le WWF a été l’initiateur d’une quarantaine de projets en Suisse, dont une bonne vingtaine ont été menés à terme, surtout en Suisse alémanique. Avec de belles réussites
à la clé, comme la revitalisation de la Bünz et de l’Ürke, dans le canton d’Argovie, ainsi que du Walebach dans le canton de Berne. «L’organisation est en train de lancer son premier projet de revitalisation dans le canton de Vaud, indique Lucie Dupertuis, alors que dans le canton de Fribourg, le projet «Singine21» n’est pas loin de la mise à l’enquête.» D’une manière ou d’une autre, le WWF est impliqué dans d’autres projets en Suisse romande, comme le Seyon (NE) et la Broye (VD-FR), ou encore dans des projets de grande envergure au niveau du contrôle de qualité.

www.wwf.ch
L’association Broye source de vie, avec vidéo de plusieurs cours d’eau en Suisse
Rapport de la Confédération
Pour commander un film de la Confédération
Rapport de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV)
Lien du canton du Valais pour la troisième correction du Rhône – Rhône 3

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Jean Pinesi

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo, état de Genève - SLRP, état de Vaud, Olivier Stauffer/Sarah Jaquemet, Darrin Vanselow
Publication:
lundi 17.07.2017, 13:30 heure



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