Une BD pop-up illustre le passage de l’écrivain à Fribourg.

Saint-Exupéry: à Fribourg sur les pas de l’écrivain

Visite Il y a 100 ans, l’auteur du «Petit Prince» avait séjourné à Fribourg, échappant ainsi à la Première Guerre mondiale. Nous avons suivi ses traces avec l’historien Alain-Jacques Tornare.

1. Les escaliers du Collège
2. Le Collège Saint-Michel
3. La Bibliothèque cantonale
4. La rue Antoine-de-Saint-Exupéry
5. Le funiculaire
6. La Villa Saint-Jean (actuel Collège Sainte-Croix)

1. Choix de Fribourg

Escaliers du Collège
De 1915 à 1917, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) suit des cours à la Villa Saint-Jean et au Collège Saint-Michel. Pour se rendre dans ce dernier, il emprunte les escaliers du Collège qui lui rappellent probablement les célèbres traboules de Lyon, sa ville natale. Pourquoi Fribourg?
«Il y avait chez les Français de l’aristocratie une tradition de venir dans cette ville si attachée au catholicisme afin d’échapper aux valeurs de la République. Mais je pense que la réelle motivation est venue de la mère du jeune Saint-Exupéry qui avait peur que son fils de 15 ans mesurant 1 m 84 s’engage dans la guerre et finisse comme Charles Péguy ou Alain-Fournier», explique l’historien Alain-Jacques Tornare. Ainsi, c’est en partie Fribourg qui a permis à l’écrivain en devenir d’échapper aux bombardements et d’écrire l’œuvre qui le rendra mondialement célèbre: «Le Petit Prince». Dès cet été, Fribourg Tourisme organise des visites guidées suivant les traces de Saint-Exupéry. Un fascicule sous forme de BD pop-up vient de sortir.

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2. Mauvais élève

Le Collège Saint-Michel
Saint-Exupéry suit des cours dans ce haut lieu destiné à l’élite française. Mais il n’est pas bon élève et préfère rêvasser en regardant les paysages par la fenêtre. «Fribourg se prête bien à un tête en l’air», sourit l’historien (photo) qui nous parle des ponts suspendus qui existaient à l’époque. Cette ville offre des points de vue qui donnent envie de s’élancer, de surmonter les falaises. Elle ne peut qu’inspirer un futur pilote! «Le temps de souffler un peu, avant de s’envoler», aime résumer notre guide. De là, on voit la vieille ville avec sa majestueuse cathédrale qui fascina bien des auteurs. 

3. Modernité et ouverture

La Bibliothèque cantonale
Après une visite du Collège Saint-Michel, aujourd’hui plus réservé à l’élite, on s’arrête devant un orifice laissé par un boulet de canon de 1798 dans le mur de l’église accolée. Voir la trace d’un seul boulet de canon ainsi mis en évidence, alors qu’en France ont lieu au même moment des destructions massives, a dû choquer le jeune auteur.
Direction la Bibliothèque cantonale, à quelques pas de là, pour la suite de la visite. Construite en 1910, elle était neuve lorsque Saint-Exupéry la fréquentait.
«La modernité, l’ouverture, une ville-pont entre deux cultures, où la germanité rencontre le monde latin, ont fasciné l’écrivain. Il ne parle presque jamais de son enfance, il ne revient jamais dans une ville où il a vécu, mais il a mentionné Fribourg et y est revenu», insiste Alain-Jacques Tornare.

4. Ville à la campagne

La rue Saint-Exupéry
Les Fribourgeois sont très attachés au célèbre auteur-aviateur. Une petite rue située le long du Collège Sainte-Croix (jadis Villa Saint-Jean) porte son nom. «Sans doute je rêve. Je suis au collège. J’ai 15 ans. Je résous avec patience mon problème de géométrie. Accoudé sur ce bureau noir, je me sers sagement du compas, de la règle, du rapporteur. Je suis studieux et tranquille.» Dans «Pilote de guerre», publié en 1942, l’auteur revient sur ses belles années à Fribourg. «Saint-Exupéry appréciait cette ville à la campagne», ajoute Alain-Jacques Tornare qui nous fait traverser la place Georges-Python, puis nous emmène vers l’Ancienne gare avant de rejoindre le boulevard de Pérolles. Un peu partout, les espaces verts et la forêt côtoient les rues, les ruelles et le boulevard historique.

5. Technologies

Le funiculaire
Construit en 1899, ce funiculaire permet de relier la Basse-Ville à Saint-Pierre (centre-ville, à côté de la place Georges-Python). Il s’agit d’une réelle prouesse technique pour l’époque.
Sa particularité est de circuler sans électricité et sans émettre de gaz, mais grâce aux eaux usées! Inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel national, il s’agit du dernier funiculaire à contrepoids d’eau de Suisse. Lorsque le réservoir d’eau est rempli, une odeur particulière se dégage. «Cette technologie moderne a plu à Saint-Exupéry», estime l’historien qui nous fait revivre le Fribourg du siècle dernier comme si c’était hier.
Beaucoup de monuments qui ont marqué l’auteur du «Petit Prince» venaient d’être construits. Ils existent encore aujourd’hui pour la plupart.
Les nombreux toits arrondis des monuments ont dû marquer le jeune écrivain «qui n’aimait pas les angles», selon l’historien. En observant les maisons en molasse typiques à Fribourg, «cette pierre très fragile qui traverse les âges», Alain-Jacques Tornare tisse des métaphores et y voit des similitudes avec Saint-Exupéry.
Puis, nous poursuivons notre visite en nous arrêtant régulièrement pour admirer la ville depuis ses très nombreux points de vue. «Je l’imagine comme un albatros, maladroit sur terre, aisé dans les airs», ajoute notre guide amoureux de Fribourg qui parle du célèbre auteur avec passion et émotion.

6. Sévère mais juste

Villa Saint-Jean devenue Collège Sainte-Croix
Ce collège tenu par les frères marianistes français a marqué le jeune Saint-Exupéry: «Je me plais ici (…). C’est un peu sévère, mais il y a chez tous un grand souci de justice», écrit-il dans une lettre à sa mère. Dans son premier roman «Courrier sud» (1929), il évoque une «villa blanche entre les pins» qui faisait partie du campus. Aujourd’hui, il ne reste que la villa Gallia dans ce qui est l’actuel Collège Sainte-Croix. Pour les 100 ans de la naissance de l’auteur, une plaque commémorative y a été posée avec la citation de l’auteur de «Terre des hommes»: «Être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.»  De quoi repartir la tête bien faite avec l’envie de relire «Le Petit Prince» ou de (re)découvrir des œuvres moins connues de l’écrivain-aviateur.

Jasmina Slacanin

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo; carte Rich Weber
Publication:
lundi 03.04.2017, 13:55 heure