1 von 8



La ville vit avec le Rhin.

Façade de la Haus zum Ritter.

Le centre-ville est interdit aux voitures.

Un des plus beaux encorbellements de la ville.

Les chutes de Rhin se trouvent à moins de 10 minutes en bus de Schaffhouse.


Schaffhouse: un assemblage d’atmosphères

Découverte Véritable symbole helvétique, les chutes du Rhin attirent 1,3 million de touristes par année. Mais combien d’entre eux ont visité la ville de Schaffhouse, toute proche? Suivez la guide.

Dans le train, juste avant l’arrivée en gare de Schaffhouse, encore plongée dans un brouillard matinal, je feuillette le Schaffhauser Nachrichten que quelqu’un a abandonné sur un siège. Je découvre, notamment, que le Kammgarn célèbre cette année ses 20 ans. Autrefois filature de laine, ce lieu au charme industriel est devenu, au fil des ans, une véritable institution culturelle réunissant un public hétéroclite. Les générations s’y rencontrent aussi bien pour boire un verre, manger au restaurant ou pour écouter un concert. Ma soirée est ainsi toute planifiée. Mais avant, place à la visite.

Grimper au sommet du Munot...

Le Munot, emblème de la ville

Cette forteresse circulaire fut construite au XVIe siècle d’après les ébauches d’Albrecht Dürer. Les Schaffhousois y sont toujours très attachés et continuent de la faire vivre à travers divers événements: cinéma open air, concerts…
Depuis plus de 400 ans, la cloche du Munot sonne tous les jours à 21 heures; c’est à cet instant que les portes de la ville fermaient. La fonction n’est certes plus la même aujourd’hui mais la tradition persiste. Le veilleur du Munot, qui vit au sommet de la tour, est employé par la ville. Dans son cahier des charges, en plus de faire sonner la cloche, figurent divers travaux d’entretien. Depuis le 1er mai, c’est une femme qui a été engagée pour cette fonction. Une première historique! «C’est un poste extrêmement convoité, m’explique ma guide Patrizia Pellandini. On a même reçu des postulations d’outre-mer.»
En bas de la tour, vivent quelques daims, acteurs, eux aussi, d’une longue tradition. L’unique mâle du troupeau – un seul peut cohabiter avec les femelles – porte systématiquement le prénom du maire en fonction. Actuellement, c’est Peter (homonyme de Peter Neukomm, le maire de la ville) que vous verrez gambader autour de la forteresse. La vue depuis le Munot permet de découvrir la ville et son emplacement stratégique au bord du Rhin. Le brouillard s’est maintenant dissipé. Le soleil d’automne réchauffe les vignes aux feuilles dorées qui s’étendent tout autour, nous rappelant que Schaffhouse reste un important canton viticole, produisant principalement du Blauburgunder (pinot noir).

...permet de découvrir la cité viticole du bord du Rhin dont le centre historique fascine par ses centaines d’encorbellements riches en anecdotes.

Les 170 encorbellements

Le centre, qui est entièrement fermé aux voitures, se trouve dans la vieille ville. Le passé et le présent se tutoient à Schaffhouse à tous les coins de rue. Découvrir des chaînes de fast-food, installées dans des maisons baroques historiques, peut surprendre pour ne pas dire choquer. «La ville doit vivre avec son temps», me répond Patrizia Pellandini qui vit à Schaffhouse depuis plus de vingt ans. Le chef-lieu du canton éponyme est aussi le siège de la marque de montres IWC et de nombreuses entreprises internationales telles Unilever. Ceci s’explique par un taux d’imposition bas pour ces géants.
Chaque maison du centre porte un nom; autrefois il n’y avait pas de numéros. Nous nous arrêtons devant Zum goldenen Ochsen, une imposante maison bourgeoise du XVIIe siècle. Sa façade rouge, où domine le dessin d’un bœuf doré (en référence à son emplacement sur l’ancien marché aux bestiaux), porte fièrement l’un des plus beaux encorbellements de la cité. De style Renaissance allemande, il est décoré de fresques représentant des femmes dans leur quotidien. Elles symbolisent les cinq sens, selon certaines interprétations, les défauts des femmes, selon les mauvaises langues. Sur chaque façade se cache un système plus ou moins complexe de codes. Les constructions en métal par exemple (gargouilles, toits), matériau noble à l’époque, étaient considérées comme un signe de prestige.

Les plus grandes chutes d’Europe restent l’attraction numéro un du canton.

Les Romands de Schaffhouse

Outre les chutes du Rhin, Schaffhouse a toujours rimé pour moi avec bonnes tables, grâce en grande partie à son ambassadeur André Jaeger du Fischerzunft (19 points Gault Millau durant vingt ans!). Si le cuisinier est désormais à la retraite et n’a pas trouvé de successeur, la ville continue de briller par sa gastronomie. Par le vin, surtout, son produit phare. Le sol calcaire, caractéristique de cette région, a donné naissance à une longue tradition viticole. Un peu partout dans la ville, de l’Office du tourisme, aux nombreuses échoppes, jusqu’aux cafés et restaurants, impossible de passer à côté. Et les événements culinaires autour du vin ne manquent pas. Citons, par exemple, le Wiiprob qui se déroule au mois d’août. Les producteurs du canton proposent des dégustations dans les murs de la superbe abbaye. Cette dernière possède également le plus grand cloître de Suisse.
Concernant les spécialités culinaires, ce sont ironiquement les Romands qui perpétuent les traditions schaffhousoises. À la confiserie Reber, le Neuchâtelois Laurent Perriraz, installé ici depuis une trentaine d’années, prépare un dessert typique, la langue de Schaffhouse (Schaffhauserzungen), une crème entre deux fins biscuits. C’est la seule confiserie où l’on trouve cette spécialité dont la recette n’a pas changé depuis sa création au XIXe siècle. Quant au plus vieux restaurant de la cité, Zum Frieden, il est tenu depuis dix ans par un Vaudois, Fabrice Bischoff.

Les délicates «langues de Schaffhouse».

Les Niagara d’Europe 

Après une visite de la ville, j’opte pour un spectacle naturel unique en Europe. Les plus grandes chutes du Vieux Continent se trouvent en Suisse, à cheval entre les cantons de Schaffhouse et de Zurich. Du côté zurichois, l’accès à la cascade est payant mais le parking gratuit, tandis que du côté schaffhousois, à Neuhausen, c’est l’inverse.
D’avril à fin octobre, on peut approcher les chutes en bateau et monter au sommet d’un rocher pour une meilleure visibilité. Hors saison, elles s’observent depuis la terre ferme. Les principaux touristes, hormis les courses d’écoles suisses, viennent de Chine et d’Inde. Les cascades font souvent partie de leurs rares arrêts en Suisse. Sur 150 mètres de large et 23 mètres de haut, les chutes connaissent un débit estival atteignant 600  000 litres par seconde. En hiver, on enregistre 250  000 litres par seconde.

Le chef-lieu se visite de jour comme de nuit. Le Kammgarn qui souffle cette année ses vingt bougies propose une programmation spécial anniversaire.

Les randonnées dans la région

Peu connus, les sentiers de randonnées de Schaffhouse ne manquent pas d’intérêt. Une marche de quatre heures des chutes du Rhin jusqu’à Osterfingen, un circuit panoramique de Bargen à Bargen (commune la plus au nord de Suisse, durée 3 h 45), ou celui de Thayngen à Thayngen (4 h 45), permettent de découvrir les curiosités naturelles et culturelles de la région en toute saison. Encore une bonne raison pour revenir dans cet Orient de la Suisse aux mille et une richesses.

Comment y aller?

Bonne nouvelle, nul besoin de visa pour découvrir Schaffhouse. En train depuis Lausanne, par exemple, il faut compter un peu moins de 3 h en transitant par Zurich. Et ajouter à cela 10 min pour vous rendre aux chutes du Rhin en bus, directement depuis la gare.

La vieille ville de Schaffhouse, interdite aux voitures, se trouve à quelques mètres de la gare et se visite aisément à pied.

Plus d’infos sur les activités et 
les visites guidées thématiques
Jasmina Slacanin

Rédacteur

.

Photo:
©bollingerphoto – stock.adobe.com, Robert Boesch, DR; carte Rich Weber 
Publication:
lundi 06.11.2017, 13:55 heure