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Tisserande: les délicats tissus de Poschiavo

Artisanat À la Tessitura Valposchiavo, les tissus les plus nobles sont confectionnés à la main sur d’anciens métiers à tisser. Jessica Correia de Freidas est l’une des rares tisserandes de Suisse. Son art exige un doigté exquis.

Pour les Romands, le voyage jusqu’à Poschiavo (GR) semble durer une éternité. Mais une fois franchis les sommets enneigés du col de la Bernina, un paysage unique s’offre aux visiteurs. Le vieux village révèle alors son cadre enchanteur digne d’une carte postale. Ici, tout le monde prend le temps de vivre. Les habitants sont extraordinairement accueillants et la nourriture, majoritairement régionale et souvent bio, est délicieuse. Comme dans pratiquement toute la vallée.
On pourrait presque croire que le temps s’est arrêté ici, et c’est le cas d’une certaine manière. Du moins dans la Tessitura Valposchiavo. Cet atelier de tissage est installé dans un palais historique dont les murs sont aussi épais que des troncs d’arbres séculaires.
Dans une pièce du premier étage, Jessica Correia de Freidas siège devant un métier à tisser. Sans le look résolument contemporain de la jeune femme, on pourrait se croire revenus à l’ère pré­industrielle: le métier à tisser, tout en bois, est immense. Des outils tout aussi anciens sont visibles autour. Dans un bruit sec, notre trentenaire fait glisser la navette avec son fil entre les fils de trame tendus. Les pieds bien au chaud dans des chaussettes de laine tricotées, elle actionne une armée de pédales avec une dextérité phénoménale. Fil après fil, elle crée ainsi une couverture au motif parfaitement régulier.

«

Le tissu ne pardonne pas, c’est comme s’il réagissait à mon humeur»

Jessica Correia de Freidas (30 ans), créatrice de textiles tissés à la main

Jessica Correia de Freidas esquisse à la main les contours souhaités pour le tissu.

Taies d’oreiller et sacs à main

Cette mère de deux enfants est l’une des rares tisserandes de Suisse. Elle a effectué son apprentissage au sein même de la Tessitura. «La dénomination officielle est ‹créatrice de textiles tissés à la main›, explique-t-elle. Parfois, on pourrait se croire dans un musée. Je n’ai pourtant pas l’impression de faire quelque chose de ringard.» Elle partage l’espace de travail avec une collègue. Deux couturières viennent également sur demande pour concevoir des objets du quotidien à partir des étoffes tissées, des taies d’oreiller aux sacs à main en passant par les nappes et les serviettes de table.
Mais avant de pouvoir coudre quoi que ce soit, Jessica Correia de Freidas a fort à faire. Elle doit tout d’abord peindre chaque nouveau motif dans un dégradé de couleurs, puis le dessiner pour déterminer la structure de tissage souhaitée. Ce n’est qu’ensuite qu’elle peut mettre en place son métier à tisser. Elle tend les fils de chaîne; pour simplifier, il s’agit des longs fils verticaux à travers lesquels les fils de trame sont tissés à l’horizontale. Pour la couverture qu’elle est en train de confectionner, elle a dû tendre au préalable 1276 fils de chaîne. À la main, un par un, il va sans dire. «Parfois, il en faut trois fois plus», précise-t-elle. Par exemple pour tisser de la soie. En fonction du nombre de fils nécessaire, les préparatifs peuvent durer entre deux et trois jours. Mais pour la tisserande, c’est précisément ce qui rend son travail si fascinant: «Beaucoup de gens pensent que le tissage est une activité un peu ennuyeuse, mais je conçois et réalise mes tissus de A à Z.»

Avec les pieds, elle passe d’un niveau de tissage à l’autre.

En danger face à la modernité

Après la conception et la préparation débute le cœur du travail: le tissage. Il exige beaucoup de patience. «Si on n’est pas concentré sur sa tâche, la sanction est immédiate, explique Jessica Correia de Freidas. Le tissu ne pardonne pas, c’est comme s’il réagissait à mon humeur.» Les erreurs commises lors de la préparation sont particulièrement impitoyables, car on les découvre seulement une fois le motif tissé. «Cela peut m’obliger à tout recommencer.» Des heures de travail sont alors perdues. Le métier à tisser a ses humeurs lui aussi. Cette vieille structure en bois suisse a plus de 50 ans et mériterait d’être remplacée. En effet, la Tessitura est en activité depuis 1955 et son infra­structure date en majeure partie de cette époque. Seulement, «la société qui a fabriqué le métier à tisser n’existe plus depuis longtemps et les produits de substitution en provenance d’Allemagne ne sont pas assez stables», déplore-t-elle.
Mais ce n’est pas le seul problème auquel l’entreprise grisonne est confrontée: la situation financière de la société préoccupe les exploitants engagés de la Tessitura. «Bien évidemment, nous ne pouvons pas concurrencer les tissus des pays du tiers-monde, explique-t-elle. Ceux qui ne comprennent pas ce que nous faisons ici ne sont pas non plus prêts à rétribuer notre travail à sa juste valeur.» Pour l’instant, la petite structure persévère bon an mal an avec optimisme en misant sur les commandes en provenance du monde du design. «Tisser des costumes traditionnels et du linge de table, c’est bien beau, mais nous savons aussi faire beaucoup plus!»

Découvrez le travail de la Tessitura Valposchiavo

Jessica Correia de Freidas prépare elle-même les fils de la trame qui composeront la base de l’étoffe qu’elle s’apprête à tisser.

L’artisanat suisse est à l’honneur chez Supercard

Dans la boutique des primes Supercard, vous pouvez commander des produits confectionnés en Suisse en séries limitées par des artisans. Vous y trouverez notamment des poteries originaires de l’Emmental, des pièces en bois tourné en provenance du Tessin et des articles tissés à la main dans le val Poschiavo. Par exemple, vous pouvez obtenir les sets de table «Rips» en coton en échange de 9700 superpoints. Si vous fabriquez vous-même un produit et souhaitez le distribuer via notre boutique Supercard, n’hésitez pas à contacter l’équipe Supercard à l’adresse: handmade@coop.ch

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Stefan Fehlmann

Rédacteur

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Photo:
Sandro Mahler
Publication:
lundi 29.01.2018, 12:34 heure



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