Sans soleil, point de grands succès estivaux: mais cette théorie se vérifie-t-elle dans les faits?

Tube de l’été: la recette du succès

Chansons Une mélodie envoûtante, un rythme marqué et l’inévitable chorégraphie suffisent-ils pour tourner en boucle sur les plages? Nous avons posé la question à quelques auteurs.

Découvrez les chansons préférées des Lausannois, celles qui les énervent et peut-être le tube de l'été 2016!

Chaque été, c’est pareil: une petite rengaine qui n’a l’air de rien squatte les radios mais aussi les smartphones de ses voisins de serviette sur la plage. Impossible de la rater. Pire encore, on l’a dans la tête dès le matin. Souvenez-vous de Macarena, La Bamba, Aserejé, Gangnam Style ou plus récemment Uptown Funk. C’est le «tube de l’été», appelé ainsi en référence au temps où la chanson était enregistrée sur un cylindre. Des années 1960 jusqu’à nos jours, le phénomène ne s’est jamais démenti avec de grands crus et de petites cuvées. Au début, il y avait le juke-box et les 45 tours, aujourd’hui les MP3, le streaming audio et les clips sur YouTube. Le succès ne se mesure plus seulement au nombre de galettes vendues, mais aussi en vues et en téléchargements.

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Une chanson qui souligne la joie de vivre dès les premiers jours de l’été»

Roman Camenzind (40 ans), producteur des plus grands tubes suisses

Roman Camenzind (40 ans), producteur des plus grands tubes suisses

Roman Camenzind (40 ans), producteur des plus grands tubes suisses
Roman Camenzind (40 ans), producteur des plus grands tubes suisses

La météo et le hasard

Alors, qu’est-ce qui fait un tube de l’été? «C’est une chanson qui souligne la joie de vivre que les gens ressentent dès les premiers jours de l’été, après un hiver froid et un printemps pluvieux», suppose Roman Camenzind, producteur des plus grands succès suisses, comme Bring en Hei (la chanson officielle de la Nati lors du Mondial 2006), Slow Down, Take it Easy (campagne de prévention du TCS), ou Chill’n’Grill (l’ode aux grillades écrite pour Coop).
Le jeune Alvaro Soler nous a fait danser l’été dernier au rythme de El mismo sol, un morceau positif, aux sonorités latines, qui mélange la guitare, le xylophone et l’accordéon, avec un refrain accrocheur. Un début foudroyant pour l’artiste de 25 ans, d’origine allemande et espagnole, tout surpris du succès de son tube. «Quand le succès arrive, on le prend, on dit merci et on continue sa route. Je crois que c’est un cocktail de nombreux éléments, comme faire les choses passionnément et sincèrement et s’entourer des bonnes personnes», estime l’artiste, qui peut aussi se targuer d’avoir interprété son hit en duo avec Jennifer Lopez.

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Quand le succès arrive, on le prend, on dit merci et on continue sa route»

Alvaro Soler (25 ans), auteur de «El mismo sol» et «Sofia»

Alvaro Soler (25 ans), auteur de «El mismo sol» et «Sofia»

La science pour découvrir la recette

Forcément, quand on voit les chiffres de vente de ces tubes (onze millions d’exemplaires pour Macarena), ça donne envie de découvrir le «truc». L’Université de Bristol s’est penchée sur les hits des cinquante dernières années, en 2011. Elle a défini 23 critères de succès dont le tempo, le rythme, la durée, la simplicité harmonique; elle a développé une formule mathématique définissant le succès (voir ci-dessous). Et donc? Il semble que les rythmes latinos et binaires sont un facteur déterminant pour le succès. Cela correspond en tous points au style de musique d’Alvaro Soler. Ce n’était pas le cas jusqu’aux années 1980, où l’on préférait les ballades plus lentes, idéales pour danser un slow.
Mais les chercheurs reconnaissent que leurs prédictions ne permettent qu’à 60% de désigner les tubes de l’été. Parmi les ovnis qui ont fait un tabac, Those Were the Days (de Mary Hopkin en 1968) ou Empire State of Mind (Alicia Keys, en 2011) échappent à toute logique.

La formule magique pour prédire un tube
(p1 × c1) + (p2× c2) + … + (p23× c23)
Selon les chercheurs de l’Université de Bristol, le succès d’un tube peut être prédit à 60% par une formule mathématique. Ainsi «P» (poids) représente l’importance donnée à chacun des 23 critères «C». Par exemple, on donne une pondération de 10 au critère «rythme» et seulement de 2 pour «harmonie».

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Il faut toujours être à l’affût de nouvelles tendances»

DJ Antoine (41 ans), auteur de «Ma chérie» et «Welcome to St. Tropez»

DJ Antoine (41 ans), auteur de «Ma chérie» et «Welcome to St. Tropez»

Le poids des mots

Avant les Anglais, en 2005, les scientifiques de Hewlett Packard pensaient avoir trouvé le secret en analysant les mots. Ainsi, les termes typiques de musique heavy metal – langage grossier et insultant – et ceux de la musique new age sont rédhibitoires. À l’inverse, mais sans que cela soit flagrant, les mots qu’on retrouve le plus souvent dans les tubes de l’été sont yeah, girl, baby et oh. Et l’espagnol se taille la part du lion.
Bref, composer un hit, ce n’est pas comme suivre la recette des lasagnes; en effet, des paramètres aléatoires entrent en ligne de compte. «Si j’avais la recette pour écrire des succès, je serais sur une plage ou je commercialiserais mes idées à travers le monde, sourit DJ Antoine. Il faut être au bon endroit au bon moment avec la bonne musique.» Ça a l’air simple, mais ça ne l’est pas du tout. Je m’en suis aperçu avec mon single Ma chérie, qui a mis du temps avant de devenir un hit.»
Le DJ et producteur bâlois insiste sur une qualité indispensable: l’originalité. «Avec la musique, il faut toujours être à l’affût de nouvelles tendances. Par exemple, en 2011, j’ai apporté quelque chose de neuf avec Welcome to St. Tropez. Quand ça marche, tout le monde essaie de copier jusqu’à ce que le filon s’épuise.»
Pour cet été, il a concocté London. «Avec le rappeur russe Timati, nous avons transformé une vieille chanson folk en un hymne dance. Le résultat est surprenant, avec des voix fortes et des mélodies faciles à retenir.»

Le succès. Et après?

Toute la difficulté réside à prolonger le succès d’un tube dans une carrière musicale. Beaucoup de chanteurs se sont évanouis dans la nature après avoir écrit la chanson de l’année.
En 1983, Righeira, un duo électro-pop, fait bouger toute l’Europe  et la Suisse, où il est N° 1, avec Vamos a la Playa. Le refrain («Vamos a la playa oh oh oh oh»: du latino et des oh, une explication du succès?) s’est transformé en hymne à chanter à tue-tête. «La chanson a été écrite en 1981, dans le style new wave, plus sombre, et le texte est situé dans un futur post-apocalyptique, raconte Stefano Righi, alias Johnson Righeira. Ensuite, les frères La Bionda, de célèbres producteurs de disco, ont inventé un arrangement plus rapide et dansant. Et cela a été un triomphe, qui a changé notre vie et… la leur.» Righeira réitère l’exploit en 1985 avec L’Estate Sta Finendo, avant de disparaître de la circulation. La version originale de Vamos a la Playa ressortira bientôt pour fêter ses 35 ans.

Le meilleur hit de chaque décennie

Richard Anthony: «J’entends siffler le train» (1962)
Richard Anthony a fait de l’adaptation de mélodies populaires américaines en français sa carte de visite («Nouvelle vague», «Écoute dans le vent»), et surtout ce titre en 1962, sorti sous le nom de «Five Hundred Miles» aux États-Unis. «J’entends siffler le train» paraît en pleine guerre d’Algérie et fait écho au départ des soldats par train puis par bateau. Le titre se vend à 1,5 million d’exemplaires et devient le premier tube de l’été.

Laurent Voulzy: «Rockollection» (1977)
Ce titre recense les refrains qui ont bercé la jeunesse de Laurent Voulzy.
Il a été chanson N° 1 de 1977 en France. En Suisse, il est resté seize semaines au hit-parade. Pourtant, il a bien failli ne jamais sortir, puisque les droits d’auteur ont été bloqués durant trois ans et, selon les pays, certains extraits ne sont toujours pas autorisés. Plus tard, l’artiste a ajouté de nouveaux couplets et de nouvelles références. La version de 2004 dure ainsi 21 minutes.

Kaoma: «Lambada» (1989)
La «Lambada» a fait danser toute l’Europe en 1989, où elle a été N° 1 dans douze pays. En France et en Italie, elle a même été sacrée chanson de l’année. Cinq millions de galettes ont été vendues. Et pourtant, le groupe franco-brésilien Kaoma a passé en justice pour violation du droit d’auteur pour cette chanson écrite huit ans plus tôt par Los Kjarkas. En 2011, Jennifer Lopez enregistre une nouvelle version de ce tube, sous le nom de «On the Floor».

Los del Rio: «Macarena» (1996)
Aujourd’hui encore, la «Macarena» fait danser sa célèbre chorégraphie dans toutes les soirées. Écrite en 1993 sous le nom de «Magdalena», elle est adaptée à plusieurs styles (rumba, flamenco, pop) avant de trouver son public en 1996. La chanson reste plus d’un an au hit-parade américain et a été vendue à onze millions d’exemplaires. En Suisse aussi, elle est disque d’or et sacrée chanson de l’année (36 semaines au hit-parade!).

DJ Bobo: «Chihuahua» (2003)
La chanson du musicien argovien est aussi une reprise, celle d’un mambo de Luis Oliveira et les Bandodalua Boys, dont il a écrit les paroles en anglais. En Suisse (38 semaines au hit-parade), en France et… en Hongrie, elle va tourner en boucle tout l’été 2003, grâce à son clip en dessin animé technicolor, mais aussi à Coca-Cola, qui en a fait la bande-son d’une campagne de publicité.

Psy: «Gangnam Style» (2012)
Non content d’avoir fait danser la planète, Psy peut surtout se targuer de posséder le record de vues sur YouTube, avec plus de 2,6 milliards de clics pour son clip pop acidulé et d’avoir raflé toutes les récompenses. En Italie, 30 000 fans ont exécuté simultanément la chorégraphie, un autre record. De quoi ça parle? Des relations entre hommes riches et des jeunes filles, dans le quartier bling-bling de Gangnam, à Séoul.

Chiffres de vente: les plus grands succès commerciaux

Source wikipedia; Infographie Niki von Almen

Pour cet été, Coopération lance les paris: Enrique Iglesias avec Duele el corazón et Alvaro Soler avec Sofia côté latinos; Justin Timberlake avec Can’t Stop the Feeling pour sa chorégraphie; David Guetta avec This One’s for You, l’hymne de l’Euro qui pourrait jouer les prolongations; Sia et Sean Paul avec Cheap Thrills. Donnez votre avis!

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texte:
Diego Perugini et Mélanie Haab
Photo:
Lena Maria Thüring, DR, Getty Images, Alamy
Publication:
lundi 11.07.2016, 14:30 heure



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