Comédie:
Loichemol la portera

[PODCAST] Qui est Hervé Loichemol, nommé à la tête de la Comédie de Genève en mai dernier? Entretien à la veille du démarrage de la saison de théâtre 2011-2012. En écoute: son avis sur la participation de Bertrand Cantat dans une pièce.

Au commencement était le chaos… ou peut-être était-ce vers la fin. Vers la fin d’un long mandat d’une personnalité forte à la tête de la Comédie de Genève, Anne Bisang. Hésitations, tensions, puis experts appelés à la rescousse. Médias, commentaires. Panique, peut-être. Un peu. Sur trente-deux candidatures, on n’en retiendra que treize… dont celle d’Hervé Loichemol, trente-cinq ans de carrière. Un chêne.

Le 12 mai dernier, la Comédie grouille de journalistes, directeurs de salle, acteurs. On veut entendre l’homme parler de la nouvelle saison. Son premier programme est audacieux: un marathon qui balaye 2500 ans d’histoire. Révolutionnaire ou classique, Loichemol? Plutôt homme de théâtre. Un passionné qui tiendra la barre pendant quatre ans, «et c’est tout». Mais l’homme apparaît trop sage pour ne pas se méfier des bonnes surprises.

Coopération. Le jour où vous dévoilez votre première saison, à la Comédie de Genève, la salle est bondée. En quoi le chef de la Comédie est-il si important?
Hervé Loichemol.  Le théâtre est un art vieux de 2600 ans. Il est concurrencé depuis un siècle par le cinéma, la télévision et maintenant par Internet, et pourtant: il y a quelque chose dans le théâtre qui est difficile à cerner, à dominer… et qui fait office de baromètre. De thermomètre. Il permet d’évaluer l’état d’une société.

Il dit tout haut ce que la société constate tout bas?
Le théâtre ne fait pas office de miroir tout à fait fidèle. Mais malgré son âge, son archaïsme, il comporte en lui-même comme une promesse, comme… (Il réfléchit) C’est compliqué, parce que parfois, je me dis que le théâtre est foutu. Et parfois (Il sourit)… Il ne faudrait pas croire que j’utilise la Comédie pour disséminer un message. L’esthétique, la parole, le décor… la présence des corps, tout cela est une forme de discours aussi. Je tiens à ce qu’à la Comédie de Genève on parle de théâtre. D’abord. Et donc du monde.

Vous apprenez votre nomination à la tête de la Comédie: votre réaction?
Certains amis m’ont reproché mon détachement. Mais je connais l’ingratitude liée à ce genre de poste. Ce n’est pas parce que l’on est directeur que l’on fait ce que l’on veut! Je savais que j’allais devoir m’occuper d’un service public, ce qui suppose des responsabilités, vis-à-vis d’une profession, d’une cité, d’une équipe que je respecte, et d’un public. J’étais conscient de ces charges, et aussi de l’exposition médiatique à laquelle je n’allais pas pouvoir couper court. Vous savez, il n’y a ni bâton de maréchal ni récompense suprême ici. Il s’agit d’une tâche que l’on remplit le plus honnêtement possible, et seulement pour un temps donné. C’est tout.

Certains ont dénoncé le révolutionnaire en vous, d’autres se sont dits déçus en constatant votre programmation «par trop classique». Où vous situez-vous?
Shakespeare est bien davantage mon contemporain que certains auteurs encore vivants. Contemporain, cela veut dire qu’il partage «mon temps». Autrement dit, des œuvres très anciennes véhiculent des vérités éternelles. Je peux me retrouver, et même dialoguer bien davantage avec un Sophocle qu’avec certains auteurs aux positions manichéennes et simplistes, qui ne me disent rien. Et auxquels je n’ai rien à dire.

A qui pensez-vous?
Je ne citerai personne. J’essaye de vous dire ceci: ce n’est pas parce qu’on monte Pirandello que l’on est désespérément archaïque. Tout dépend comment ce sera fait. La Comédie de Genève est une institution ancienne, elle a un siècle: c’est sa tâche de travailler le, ou les répertoires. Parce que si un théâtre comme la Comédie de Genève ne le fait pas, personne ne le fera. La comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais si la Comédie française ne s’occupe pas de Molière, qui va s’en occuper?

Un mot sur la saison qui débute fin septembre?
Je tiens à une programmation qui soit cohérente. Pour cette première saison 2011-2012, je me suis efforcé de parcourir la grande histoire du théâtre: on commence par Sophocle, Des femmes, mis en scène par Wajdi Mouawad, et on passe à Beckett, puis Lessing, Sand, Pirandello, pour aller vers des formes très contemporaines de théâtre.

Avez-vous hésité avant d’accepter la participation de Bertrand Cantat à la pièce de Mouawad?
Quand j’apprends que la distribution comprend Bertrand Cantat, je n’y vois pas de mal. J’avais déjà entendu Noir Désir, mais je ne connaissais pas personnellement cet homme. Je constate qu’il a tué sa compagne. Qu’il a commis un crime, mais qu’il n’est pas un assassin. Je constate qu’il a été jugé par des professionnels qui, en leur âme et conscience, ont fixé une peine donnée.  Il est allé en prison, et il a bénéficié d’une remise de peine. Moi, je ne suis ni juge, ni moralisateur, ni législateur: je n’ai pas à refaire le procès de cet homme. Ni à lui infliger vingt-cinq ans supplémentaires. Vous me voyez demander le casier judiciaire des acteurs? C’est absurde. J’ai vu Cantat sur scène. Sa prestation était extraordinaire.

Podcast

Portrait express Hervé Loichemol

Origine. Le metteur en scène franco-genevois Hervé Loichemol est né à Mostaganem, en Algérie. Il revient en France en 1962.

Formation. En 1973, il termine sa formation de comédien à l’école du Théâtre National de Strasbourg. Comédien jusqu’en 1976. C’est l’année qui le voit devenir assistant de P. Heymann et A. Steiger.
Il devient metteur en scène à Genève, à Lausanne et aussi en France. Quatre ans plus tard, à partir de 1980, il enseigne aux Conservatoires de Lausanne et de Genève.

Directeur. De 1999 à 2002, il est administrateur du Château de Voltaire et directeur artistique de l’Auberge de l’Europe à Ferney-Voltaire, lieu de création artistique où il s’occupe entre autres d’une résidence d’auteurs en exil.

Juin 2011. Hervé Loichemol est nommé directeur de la Comédie de Genève, il occupe ce poste depuis le 1er juillet.

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www.comedie.ch

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Publication:
mardi 20.09.2011, 12:14 heure

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