«Devenir maman, c’est un tremblement de terre… c’est comme de passer par une initiation.» Mélanie Chappuis au Café du Centre, à Genève.

«J’ai adoré ça, devenir maman»

Il lui a fallu des mois de recherches bibliques avant d’écrire son 3e livre. En réinterprétant le personnage évangélique de Marie, Mélanie Chappuis exprime l’amour indicible d’une mère pour son enfant.

Coopération. Votre nouveau livre fait bien son chemin?
Mélanie Chappuis. Je ne sais pas. Apparemment les librairies sont contentes, mais je n’ai pas de chiffres et je n’en veux pas.

L’Inquisition vous a contactée, ces derniers jours?
(Elle rit) Non, non. Au contraire. Pas mal de pasteurs lisent le livre en ce moment, paraît-il. Sinon, pas de lettres ou d’appels douteux ou ce genre de choses.

J’ai l’impression que la presse a compris votre livre comme un truc biblique et provocant, à la «Da Vinci Code», alors que…
(Elle coupe) Il s’agit d’un livre métaphorique sur la maternité, et non sur les possibles événements cachés entre les lignes des évangiles canoniques. J’ai choisi Marie, mère de Jésus, pour placer cette histoire, parce qu’elle est l’archétype de toutes les mères, la mère universelle si vous voulez, celle de tous les hommes. Quand j’entends son nom, je pense à mère; je n’entends pas: sainte. Cela dit, je n’ai pas voulu trahir, ou salir cet aspect de la personnalité de Marie. Au contraire! En effet, la presse s’est plutôt intéressée à mon choix, et au possible affront que j’aurais pu faire à la religion. Le côté évangélique est très présent dans mon livre, j’ai beaucoup étudié la question. J’ai étudié l’icône de Marie, et j’ai essayé de découvrir ce qu’il y a derrière. Et les médias l’ont compris.

Si vous avez écrit ce livre, c’est qu’il y avait un trop plein quelque part. De tristesse, ou de joie?
Vrai, un trop plein de tristesse ou de joie doivent être évacués, ou exprimés, et l’écriture sert aussi à cela. Elle sert à sortir des choses violentes, qu’elles soient belles ou moins belles.

«

Je suis une angoissée. Le fait de devenir mère m’a sauvée de l’égocentrisme»

Toutes les femmes ont quelque chose à régler en devenant mères. En commençant avec le père de leurs enfants.
Ecoutez, rien que l’accouchement, et les mois qui ont suivi… je n’ai jamais rien vécu d’aussi puissant, d’aussi fort. Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne m’attendais pas à devenir aussi folle d’amour pour mes enfants. J’étais submergée. C’était presque trop. De réaliser la puissance de ces sentiments, et de ne pas savoir quoi en faire, du moins au début, cela fait presque peur. Des mois entiers se passent avant de pouvoir se réapproprier sa propre identité, des mois où tout ce que vous faites, c’est d’essayer de garder la tête hors de l’eau, avec l’enfant bien agrippé autour du cou. (Silence) Ouf!

C’est le rôle du père d’aider la femme à «défusionner»?
Oui, j’en suis convaincue. Mais parfois cela ne se fait pas, parce que l’entente, ou la complicité, ne sont pas assez forts dans le couple. Parfois l’arrivée d’un enfant est l’amorce d’une rupture. Tout dépend des personnes. Et puis n’oublions pas que l’arrivée de l’enfant déclenche parfois la jalousie, surtout si l’on avait une relation fusionnelle avec le père de l’enfant.

Qu’est-ce qui a changé en vous, depuis? On dit qu’une femme évolue énormément et surtout en devenant mère.
Voilà pourquoi j’ai écrit ce livre. Parce que toutes les auteurs que je lisais, et que j’aimais par ailleurs, notamment les auteurs féministes, parlent de la maternité en termes négatifs ou en usant d’humour noir. Elles soulignent toujours ce que la maternité enlève à la femme – en termes de carrière, de vie de couple, de féminité, de santé, de liberté – mais elles se font discrètes sur tout ce que cette maternité leur apporte. Et c’est vrai. Devenir mère, ça complique tout, ça enlève tout votre temps, ça déclenche des frustrations et met tout en danger, en commençant par le couple. Oui. Mais si je devais faire l’inventaire des côtés lumineux de la maternité, il faudrait écrire un livre de l’épaisseur d’une bible. J’ai adoré ça, devenir maman.

Et si vous deviez donner une seule grande vertu de la maternité?
Le fait de devenir maman m’a sauvée de l’égocentrisme. Je suis une angoissée, je me pose des questions, je me torture les méninges sur ce que j’aurais dû faire, dire, ne pas faire, écrire, pas écrire… et soudain, je suis devenue mère. Soudain, j’ai pris de la hauteur, voyant les choses d’en-haut. Ces choses que l’on considérait comme superimportantes sont remises à leur place. On déplace ses inquiétudes et on entre en action, ici et maintenant. Le moi, moi, moi est évacué. On y va, point. Bizarrement, la maternité m’a donné plus de temps. Elle m’a libérée de moi-même.

J’entends les féministes d’ici. Elles vont hurler…
Ne me faites pas ce reproche! Je n’ai jamais été aussi sensible à la cause des femmes depuis que je suis devenue mère. J’ai réalisé tous les combats qu’il nous reste à mener, en commençant par l’égalité salariale. Ce serait mal comprendre mon message que de l’interpréter comme un encouragement à devenir mère au foyer jusqu’à la fin de ses jours. Etre mère, c’est enfin comprendre la souffrance du monde et compatir avec lui. Avoir un enfant, c’est se battre pour l’humanité.

Portrait

Femme vraie, vrai écrivain

Née. Le 13 janvier 1976, à Bonn (D) au sein d’une famille de diplomates.

Etudes. Licenciée en lettres puis DEA à l’Institut européen de l’Université de Genève.

Professions. Mère. Ecrivain. Journaliste à la RTS. Chroniqueuse au «Temps».

Enfants. Deux enfants, Paloma (5 ans) et Quentin (6 ans et demi).

Lieu de vie. Elle a quitté sa ville de cœur (Lausanne), pour s’établir à Genève avec l’homme de sa vie (le dessinateur Zep).

C’est juste. Mélanie a obtenu en 2012 le «Prix de la relève», octroyé par la Fondation vaudoise pour la culture», qui récompense «un talent émergent».

Publications. Deux romans chez Campiche éditeur, «Frida» (2008) et «Des baisers froids comme la lune» (2010). «Maculée conception» (220 p.), est paru en février 2013, aux Editions Luce Wilquin.

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Publication:
lundi 06.05.2013, 00:00 heure

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