La destruction des habitats du crapaud accoucheur met en péril les populations indigènes de cette espèce d’amphibiens.

Animal de l’année 2013

Le crapaud accoucheur est menacé. En l’élisant «Animal de l’année», Pro Natura attire l’attention sur la situation des amphibiens en Suisse.

Cette année, le crapaud accoucheur tiendra la vedette. Elu «Animal de l’année 2013» par l’association suisse Pro Natura, cet amphibien est discret. C’est à son chant, qui rappelle le tintement lointain d’une clarine de mouton, que l’on s’aperçoit de sa présence. En Suisse alémanique, on l’appelle d’ailleurs «Glögglifrosch» (grenouille clochette). «Autrefois, c’était un bruit familier, se rappelle Urs Tester, expert en amphibiens à Pro Natura, alors qu’aujourd’hui, il est devenu très rare.» Le crapaud accoucheur est couleur sable ou gris-brun.

Il a une peau pustuleuse, mais il est surtout reconnaissable à ses grands yeux aux reflets dorés et à la pupille verticale comme celle des chats. En dehors de la période de reproduction, les mâles et les femelles ne peuvent pratiquement pas être différenciés. «Après le frai, le mâle enroule les chapelets d’œufs autour de ses pattes arrière. Il les protège ainsi jusqu’à l’éclosion, afin d’assurer à sa progéniture un maximum de chances de survie. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu son nom», explique le spécialiste.

Contrairement à d’autres amphibiens de l’ordre des anoures, le crapaud accoucheur ne pond que quelques douzaines d’œufs. Bien que divers oiseaux et parfois des couleuvres à collier en fassent volontiers leur repas, il n’est pas une proie facile. «Il est parfaitement camouflé et ne reste pas longtemps à proximité des points d’eau, dit Urs Tester. De plus, il s’adapte par mimétisme aux teintes du sol au point de se fondre dans l’environnement.»

Urs Tester, expert en amphibiens chez Pro Natura.

Urs Tester, expert en amphibiens chez Pro Natura.
Urs Tester, expert en amphibiens chez Pro Natura.
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«Près de la moitié des populations ont disparu ces vingt-cinq dernières années»»

La grande menace pour le crapaud accoucheur, c’est  l’impact des activités humaines. De nombreuses zones humides ont en effet été asséchées, si bien qu’il a de la peine à trouver des habitats adaptés à ses besoins. Et Urs Tester de rappeler que «près de la moitié des populations connues se sont éteintes au cours des vingt-cinq dernières années». «Le biotope originel du crapaud accoucheur, poursuit le spécialiste, peut être défini comme un paysage de talus au sol meuble, en pente raide, exposé au soleil et situé à proximité d’une rivière ou d’un ruisseau à l’écoulement lent.»

Cette combinaison aquatique et terrestre constituait jadis son habitat de prédilection et les têtards se développaient dans les petites mares qui se formaient le long du cours d’eau. «Depuis, nos paysages ont été fortement remaniés, si bien que les petits ruisseaux ont pratiquement disparu», relève Urs Tester. Ces espaces étant devenus rares, seules les glaisières, gravières et carrières désaffectées peuvent encore servir d’habitat à cette espèce.

De nos jours, les crapauds accoucheurs se font rares. «Ils ne sont pas craintifs, mais ont tendance à se taire si des humains se déplacent dans les parages», a observé Urs Tester. L’expert de Pro Natura donne le conseil suivant: «Si l’on entend son chant, il faut s’asseoir et attendre sans faire de bruit. En général, d’autres crapauds accoucheurs se mettront à chanter. Avec un peu de chance, on pourra même en voir un ou deux. Il s’agit cependant d’un animal aux mœurs nocturnes que l’on n’aperçoit que lorsqu’il est dérangé.»

Pourquoi avoir élu un amphibien animal de l’année? «Les populations d’amphibiens indigènes sont sur le déclin parce que nous asséchons progressivement nos paysages, qui regorgent pourtant d’eau et seraient donc parfaitement adaptés», répond Urs Tester. C’est pourquoi, dans les réserves naturelles, des étangs artificiels sont aménagés pour assurer la survie de ce crapaud.

De la vie aquatique à la vie terrienne: les amphibiens illustrent l’évolution. En Suisse, on en compte une vingtaine d’espèces.

Un animal à la fois sur terre et dans l’eau

Le triton palmé est le plus petit amphibien vivant en Suisse.

Le triton palmé est le plus petit amphibien vivant en Suisse.
Le triton palmé est le plus petit amphibien vivant en Suisse.

De la vie aquatique à la vie terrienne: les amphibiens illustrent l’évolution. En Suisse, on en compte une vingtaine d’espèces.

Comme son nom le laisse entendre, un amphibien est un animal qui présente la particularité d’avoir deux «vies», l’une dans l’eau, l’autre sur terre. Du têtard aquatique à la grenouille terrienne, la vie de l’amphibien traverse les stades de l’évolution en accéléré. En Suisse, on compte une vingtaine d’espèces regroupant grenouilles, crapauds, tritons et salamandres.

Le plus grand amphibien de Suisse est la variante tessinoise du crapaud commun, qui peut atteindre 13 centimètres. La plus petite espèce, pour son poids plume, est le triton palmé. Celui-ci peut mesurer jusqu’à 8 centimètres de long, mais ne dépasse pas un centimètre et demi d’épaisseur environ. Au stade de têtard, l’amphibien est végétarien. Après s’être métamorphosé en crapaud, grenouille, triton ou salamandre, il se nourrit aussi de viande. Il existe en Suisse plus de 600 zones protégées où l’on peut observer des amphibiens.

www.pronatura.ch/decouvrir-des-reserves-naturelles


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Attention, amphibiens sur les routes

Pour leurs migrations, les amphibiens privilégient les nuits douces et pluvieuses de février et n’hésitent pas à traverser les routes. Les espèces les plus couramment rencontrées sont la grenouille rousse et le crapaud commun.

Sur les routes concernées, des panneaux invitent les conducteurs à éviter ces zones en période de migration ou à conduire prudemment. Il arrive que les animaux restent sur l’asphalte parce qu’il y fait un peu plus chaud. A certains endroits, ils sont transportés à la main hors de la zone de danger, travail que peuvent effectuer des bénévoles de Pro Natura.

Qui veut proposer son aide est prié de s’annoncer par courriel à l’adresse: mailbox@pronatura.ch

Photo:
Pro Natura, zVg, Keystone / Texte: Annina Striebel
videos:
Wikipedia.org/User: Pristurus
Publication:
lundi 14.01.2013, 14:40 heure

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