De l’extérieur, nos cours d’eau semblent purs. Mais quand on les regarde avec l’œil d’un chimiste…

Détergents: un défi pour nos rivières

La qualité de l’eau de nombre de nos cours d’eau est mauvaise, notamment parce que nous ne savons pas nettoyer. Explications avec un chimiste.

Reto Coutalides, chimiste et gérant de Bau- und Umweltchemie AG: «Les additifs antibactériens dans les détergents? Complètement inutiles»

Reto Coutalides, chimiste et gérant de Bau- und Umweltchemie AG: «Les additifs antibactériens dans les détergents? Complètement inutiles»
Reto Coutalides, chimiste et gérant de Bau- und Umweltchemie AG: «Les additifs antibactériens dans les détergents? Complètement inutiles»

Incroyable, ce que les gens peuvent jeter dans les toilettes: mégots, litière pour chat, serviettes et tampons hygiéniques… Parfois même des couches de bébé et des vêtements! On retrouve régulièrement un peu de tout ça dans les grilles de la station d’épuration du Werdhölzli, déclare sa porte-parole, Leta Filli.

Le Werdhölzli, près de Zurich, est la plus grande station d’épuration des eaux du pays, mais pas la seule à pouvoir exposer un tel inventaire… «Dans les autres stations d’épuration, c’est du kif-kif», confirme Reto Coutalides, chimiste et gérant de l’entreprise Bau- und Umweltchemie AG, à Zurich.

Même si la vision de ces déchets est peu ragoûtante, c’est assez facile de les sortir de l’eau, car ils sont bloqués par les grilles de la station et donc éliminés mécaniquement. C’est un peu plus compliqué pour les produits de nettoyage. Les stations d’épuration modernes parviennent à éliminer sans problème les agents tensio-actifs présents dans tous les produits de nettoyage. Elles utilisent en effet des bactéries qui raffolent de ce genre de produits. Elles s’en nourrissent et les dégradent, si bien qu’à la fin, il ne reste plus que de l’eau, des sels et du CO2. Bonne nouvelle, non? «Non, ça ne l’est pas», rétorque le chimiste. En effet, outre les inéluctables tensioactifs, les détergents contiennent toute une série de composants: colorants et parfums, additifs antibactériens, azurants optiques, etc. Or les stations d’épuration actuelles ne parviennent à dégrader ces substances qu’en partie, si bien qu’elles restent dans les eaux épurées et rejoignent nos cours d’eau, avant de se retrouver dans l’eau que nous buvons. Santé!

Conséquence: «La qualité de l’eau est insuffisante, notamment dans les cours d’eau», constate Reto Coutalides. Et ce, alors même que pratiquement 100% des ménages suisses sont reliés à une station d’épuration. Ce cocktail chimique de résidus toxiques a un impact négatif sur les cours d’eau petits et moyens surtout et, lorsque le débit est faible, il peut atteindre un niveau tel qu’il provoque des effets vraiment néfastes. Les organismes vivants peuvent en souffrir, voire en mourir. Ce sont les organismes les plus petits qui meurent les premiers et la chaîne alimentaire s’en trouve déséquilibrée. La composition de la biomasse se modifie et la biodiversité en souffre. On assiste à un phénomène de mortalité rampante.

Egalement pêcheur, Reto Coutalides a observé ce phénomène en plusieurs endroits. «Pour nous, la disparition de certaines espèces est l’indicateur que quelque chose cloche.» Il y a deux solutions, selon le chimiste. On peut doter les stations d’épuration d’équipements fournissant un niveau de dépollution supplémentaire capables de filtrer ces résidus. «Mais il faudrait investir des milliards…»

La deuxième solution, nettement plus simple, serait de traiter le mal à la racine et d’utiliser moins de produits toxiques. En effet, ces résidus que les stations ne peuvent pas traiter ne sont absolument pas nécessaires dans les produits de nettoyage, explique le spécialiste. Les parfums? «Ils ne sont là que pour le nez et n’ont aucun effet détergent.»

Les colorants? «Pour faire beau et faciliter la décision d’achat. Aucun effet nettoyant.» Et les additifs antibactériens? «Complètement inutiles. Chaque être humain héberge des milliards de bactéries sans lesquelles il ne pourrait pas vivre.» Alors, avec quoi nettoyer? «Un chiffon en microfibres, un peu d’eau, quelques gouttes de détergent neutre, de l’alcool et du vinaigre de nettoyage pour enlever le calcaire.» Celui qui renonce aux détergents contenant trop d’additifs est le premier à en profiter, affirme le chimiste. «Ces substances inutiles finissent dans l’eau et sont dans l’air qu’on respire dans les logements et sur toutes les surfaces qu’on touche. La plupart des gens ont de la chance, car ils n’y sont pas allergiques. Ou peut-être pas encore.»

Produits chimiques à utiliser avec prudence

Une goutte par-ci, un «pschitt» par-là: chacun n’utilise que très peu de produits de nettoyage. Mais au total, ça fait beaucoup.

Quand on «poutze», on pollue les nappes phréatiques avec les substances non dégradables des produits chimiques ménagers. Chaque année, en Suisse, on utilise 150 000 tonnes de lessive et de produits de nettoyage. Après le passage à la station d’épuration, les résidus non dégradables sont rejetés dans les cours d’eau. Ceux-ci et les nappes phréatiques sont donc enrichis d’un cocktail de substances qui menacent les poissons et les autres organismes vivants aquatiques et qui polluent les eaux souterraines.
L’organisation Pusch (Fondation suisse pour la pratique environnementale) a lancé une campagne pour attirer l’attention sur les alternatives écologiques en matière de nettoyage.

Dans le cadre de cette campagne, elle propose un concours de vidéo: «Tu empoisonnes ou tu nettoies?» Les participants qui répondront le mieux à cette question par une vidéo de moins d’une minute pourront gagner l’un des trois nettoyages écologiques de maison ou d’appartement mis en jeu, d’une valeur de 1000 francs chacun.

Cette campagne a pour but de sensibiliser la population à l’usage précautionneux des produits chimiques ménagers. Participer au concours ou voter pour la meilleure vidéo jusqu’au 28 février sur:

www.giftlos.ch
facebook.com/giftlos.ch

Quelques trucs pour nettoyer proprement

Pour éliminer les salissures normales, il suffit d’un peu d’eau et d’un chiffon en microfibres. Pour les salissures plus tenaces, trois produits de nettoyage suffisent en principe: du savon liquide (pour dégraisser), du vinaigre de nettoyage (contre le calcaire), du savon au fiel (pour éliminer les taches).

Ceux qui ne veulent pas renoncer complètement aux détergents trouveront dans la ligne Oecoplan une alternative. La composition et la provenance des produits Oecoplan sont soumis à des normes écologiques sévères, allant encore bien au-delà des exigences de la législation et qui, en matière de protection de l’environnement, dépassent d’autres labels environnementaux. Les produits de nettoyage sont principalement composés de matières premières naturelles ou identiques et biodégradables à 95% au moins.

www.coop.ch/œcoplan
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Imagepoint, SP
Publication:
lundi 18.02.2013, 12:00 heure

Publicité