Le triomphe de la séduction

On retrouve la séduction partout dans notre société, y compris dans l’éducation des enfants. Les explications de Daniel Marcelli, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent et auteur d’un ouvrage sur le sujet.

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Comment ne pas se laisser déborder par ses enfants?

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Coopération.La séduction est devenue le moteur social universel…
Daniel Marcelli.  Il y a deux types de pouvoir sur autrui: la force et la séduction. Comme l’usage de la contrainte n’est plus acceptable depuis le triomphe de la démocratie, tout le monde se tourne du côté de la séduction pour tenter d’amener l’autre à prendre la décision qu’il souhaite. Chez les adultes, elle se manifeste au niveau de la politique et des achats. Chez les enfants, dans le domaine de l’éducation. C’est une arme plus puissante que la force, qui a quelque chose de bête, d’aveugle et de direct et qu’on parvient à maîtriser comme au judo. La séduction est beaucoup plus incertaine et ondoyante. Celui qui est séduit garde l’illusion d’agir librement alors que, d’une certaine manière, il est piloté.

Pour les parents, il est plus facile d’utiliser la séduction que de dire non!
Les parents sont de plus en plus en difficulté pour donner des limites à l’enfant. Ils craignent d’entraver ses compétences en l’empêchant de faire quelque chose. L’enfant insiste plusieurs fois, c’est fatigant, ça demande du temps et c’est compliqué. En outre, la plupart des interdits aujourd’hui ne sont plus en lien direct avec la sécurité de l’enfant, ils sont plus symboliques comme de ne pas toucher à la zappette ou de ne pas grimper sur le fauteuil… Ils sont donc aussi plus difficiles à faire respecter. Certains y renoncent, d’autres utilisent un argument qui marche très très bien pendant une bonne partie de l’enfance, la séduction. Plutôt que de s’opposer, on va négocier, rigoler, laisser faire.

Parfois, les parents disent non mais le ton n’y est pas…
Il y a ce que j’appelle un «compromis foireux» où l’adulte est ambivalent et dit non en souriant. Pour un enfant, c’est une vraie calamité car il se guide sur la mimique, et le sourire l’emporte sur le «non». Pareil pour le ton: quand on donne un interdit sur un ton affectueux, cela entraîne des confusions (il prend un ton suppliant): «Non, non mon chéri, s’il te plaît, mais non…»

A coup de supplications et de grandes explications pour le convaincre, l’enfant finit par se sentir très fort…
A force d’obtenir ce qu’il souhaite, l’enfant pense que tout est à sa disposition, d’où un sentiment de toute-puissance. Il ne supporte pas d’avoir une limite; il va donc toujours au-delà, juste pour vérifier qu’il n’y en a pas. La séduction n’est pas nécessairement nuisible durant l’enfance même si elle peut compliquer la vie des parents. L’enfant ne présente pas de symptômes négatifs. Cela peut devenir problématique quand il n’y a pas de limites en dehors de la maison ou à l’adolescence: il va vouloir n’en faire qu’à sa tête et embobiner ses parents.

La séduction mène donc à la fragilité de la parentalité.
L’abus de la séduction dans la relation éducative risque de conduire les parents comme l’enfant dans une impasse. Elle peut se révéler à l’adolescence, à un âge où le couple parental est fragilisé parce qu’avoir des enfants de 15 ans, cela signifie qu’on vit ensemble depuis longtemps. Plus un couple est fragile et plus un adolescent ne connaît que la séduction, plus ce dernier aura un comportement manipulateur avec l’un des parents, qui aggravera les tensions familiales.

Comment éviter l’excès de séduction?
L’important est d’en prendre conscience dans les moments où cela se produit et de se demander si on ne peut pas agir autrement. De temps en temps, c’est bien d’avoir un moment de proximité amoureuse avec son enfant mais pas dans les moments éducatifs comme manger, s’habiller, faire ses devoirs. La séduction n’a pas lieu d’être. Il vaut mieux avoir un style de communication plus neutre et plus serein.

Les parents ont aussi du mal à exercer de l’autorité sur leur enfant parce qu’ils ont peur de perdre son amour: «Cela fait partie du registre de la séduction parentale, explique Daniel Marcelli. Les déclarations d’amour sont aujourd’hui quotidiennes.» Les «dis-moi que tu m’aimes» ou les «je t’aime» sont bien plus fréquents qu’il y a quelques décennies! «Le discours des parents est envahi d’une «guimauve» émotionnelle et d’un langage presque amoureux constant», poursuit le psychiatre.

Oui mais pourquoi un tel besoin de déclaration d’amour? «Il est à la hauteur de l’incertitude dans laquelle se trouvent beaucoup d’adultes par rapport à leur besoin d’avoir des proches sur lesquels s’appuyer. Le lien conjugal s’est en effet fragilisé. Pour les sociologues, l’indissociabilité est passée du lien conjugal au lien filial. Les parents ont toujours la crainte qu’en cas de séparation, l’enfant choisisse de vivre avec l’autre…»

Daniel Marcelli et son nouveau livre (cette semaine en librairie)

Daniel Marcelli et son nouveau livre (cette semaine en librairie)
Daniel Marcelli et son nouveau livre (cette semaine en librairie)

Depuis toujours, Daniel Marcelli se destine à la pédiatrie. Pendant ses études, il se montre particulièrement intéressé par la pédopsychiatrie et entreprend une formation en psychiatrie. Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université de Poitiers depuis 1989, il est l’auteur de très nombreux livres pédagogiques, à l’intention des étudiants et des professionnels, d’essais scientifiques et d’ouvrages grand public. Plusieurs d’entre eux tournent autour du thème de l’autorité. Daniel Marcelli a deux enfants et trois petites-filles.

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Cynthia Jhaveri

Rédactrice

Photo:
Emanuel bovet, fotolia, sp
Publication:
lundi 01.10.2012, 10:07 heure

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