Une rupture est douloureuse. Le lien qui va lui succéder mérite réflexion.

Une place pour nos ex

Pourquoi nos ex conservent-ils un statut particulier dans notre vie? Quels types de rapports peut-on tisser avec eux? Les réponses d’une psychanalyste et les propos de deux femmes et d’un homme qui parlent d’eux.

Les ex sont des points d’ancrage dans l’océan fluctuant de nos vies sentimentales. Pourtant, ils n’ont pas tous le même statut. Les relations amoureuses nous marquent en effet plus ou moins: «Tout dépend de l’intensité de la relation et de la cause de la séparation», explique la psychanalyste Isabel Korolitski. Un premier amour ou LE grand amour pèsera par exemple plus lourd dans la balance de nos émotions. Peu importe qu’on choisisse de revoir ses ex ou de couper les ponts. Ils continuent à nous influencer après la rupture comme toute personne qui a compté dans notre existence: nos parents, nos amis, des profs… «Nos ex nous constituent, souligne la psychanalyste. On se trouve en tant que femme grâce à un homme et réciproquement.» En bref, nos expériences amoureuses nous forment et nous transforment…

Si l’on a des enfants ensemble, l’ex fera toujours partie de notre vie. «On n’est plus amants mais on est obligés de rester parents», résume Isabel Korolitski. Un temps de réflexion est nécessaire pour trouver la meilleure manière de conserver ce lien. «Il ne faut pas se servir de l’enfant comme d’un prétexte pour rester en relation, poursuit la psy. On peut prendre les décisions importantes à deux, être présent aux anniversaires mais on n’est pas obligé de tout faire ensemble. L’enfant a seulement besoin de se sentir désiré.»

Mais aujourd’hui, même sans enfants, il est de bon ton de continuer à fréquenter ses ex: «C’est comme si on ne voulait pas se confronter à la perte, note Isabel Korolitski. On convient de rester copains.» C’est possible avec le temps mais pas forcément tout de suite…  On peut en outre se  demander si celui qui est quitté – donc qui subit la rupture – n’accepte pas cette «amitié» simplement pour ne pas perdre complètement l’être aimé…

Ce phénomène de cohabitation avec ses ex participe à la logique marchande de notre société: «On a aussi une consommation relationnelle, analyse la psy. On remplit le vide le plus vite possible tout en conservant l’autre. Le passé et le présent cohabitent dans l’image, pas à l’intérieur de soi.»

L’ex peut aussi avoir le rôle d’un «doudou» rassurant vers lequel on se tourne dans les moments difficiles, lorsque le spectre de la solitude menace. Une sorte d’ami, voire de confident, à temps partiel. Une véritable amitié est néanmoins envisageable dans certains cas et à condition que les deux aient les mêmes attentes. Passé le stade de la passion et quand la vie de couple devient trop ingérable, on peut décider de continuer avec l’autre mais de façon différente.

Nos ex restent également des amants potentiels avec lesquels on franchit parfois à nouveau le pas: «C’est comme si quelque chose n’était pas terminé, comme une forme de nostalgie, commente Isabel Korolitski. Il est difficile de faire le deuil de la sexualité avec l’autre et de se retrouver face à lui de façon platonique.» Si ça ne pose pas de problème quand on est célibataire, attention aux situations qui génèrent trop d’intimité avec son ex quand on est en couple!

Faut-il revoir ou ne pas revoir ses ex? En définitive, il n’y a pas de règles. Il est essentiel de se demander ce que l’on ressent, de se laisser le temps de cheminer, d’apprendre de ses expériences et d’accepter l’idée du changement. Quand on est au clair avec soi-même, il est plus simple de trouver sa voie…

Line (31 ans)

«Mon ami et moi avons eu beaucoup d’histoires avant d’être ensemble. Nous avons fait les quatre cents coups et cela forme un équilibre entre nous. Nous pouvons discuter de nos ex – même si ce n’est pas forcément très agréable – car nous nous faisons confiance. Je garde une place dans mes souvenirs et dans mon cœur pour eux, même quand j’en ai bavé. J’ai d’ailleurs encore des contacts. Avec les années, certains sont devenus des amis, voire des confidents.»

Carla (40 ans)
«La séparation d’avec mon ex-mari a été très difficile. L’étape du deuil, accepter l’échec et passer à autre chose, ça a été le plus dur. Quand il est parti de la maison, j’ai été soulagée, mais il a commencé de manière presque inconsciente à utiliser notre fils pour me faire du mal. Aujourd’hui, mon ex est devenu un étranger pour moi. Notre relation est désormais strictement basée sur notre enfant, rien de plus. Pour mon fils, j’essaie d’être le plus correcte possible, en préservant l’image de son père et celle de ses grands-parents.»

Paul (bientôt 67 ans)
«J’ai partagé vingt-six ans avec mon ex-épouse. On n’efface pas autant d’années de vie commune d’un trait. Si la séparation ne s’est pas déroulée de la manière la plus cordiale, le temps a fait que les angles se sont arrondis. Je garde les bons souvenirs et j’essaie d’oublier les mauvais. J’ai refait ma vie mais il reste toujours une petite place dans ma vie pour elle, essentiellement si elle a besoin d’aide. On s’appelle aussi pour nos anniversaires, je l’ai invitée lorsque j’ai fêté mes 60 ans et elle est venue.»

Propos recueillis par Joëlle Challandes

Et si le conjoint n’est pas d’accord?

Il n’est pas toujours facile d’accepter que son compagnon ou sa compagne revoie ses ex. Est-ce normal ou maladif? «Il est naturel d’être mal à l’aise et jaloux, estime la psychanalyste. On a besoin de se sentir aimé, désiré et unique, même si l’on sait que l’autre a déjà vécu avant nous. Avoir l’ex de ce dernier sous son nez, c’est très particulier.» Bien sûr, tout est une question de degré, comme toujours. Que son ou sa chéri(e) envoie un mail de temps en temps à son ex n’est pas pareil que de devoir passer les vacances d’été tous ensemble! Cette situation peut bien entendu créer des conflits. Si l’on en souffre, le mieux est d’en parler ouvertement à l’autre et de trouver, si possible, un terrain d’entente ensemble.

Comment bien vivre avec (ou sans) son ex?

  1. Prendre le temps de faire son deuil: «Une séparation est comme une tornade, elle ne se règle pas en huit jours», insiste la psychanalyste Isabel Korolit-ski. Il faut passer par de multiples émotions: accepter d’être en colère, déprimé, au plus mal...
  2. Garder les bons souvenirs mais faire attention à ne pas idéaliser la relation passée, ce qui pourrait nous pousser à tenter de renouer tôt ou tard. Il faut s’interroger sur les raisons de la rupture pour ne pas tomber dans un schéma de répétition amoureuse, avec son ex ou un autre.
  3. Réfléchir aux rapports qu’on souhaite désormais avec son ex, à la manière dont on désire le garder: à l’intérieur de soi uniquement, au travers de nos souvenirs et de ce qu’il nous a apporté, ou aussi à l’extérieur, dans la vie quotidienne?
  4. Si l’on a des enfants ensemble, ne pas les prendre en otage ni se servir d’eux, ne pas dévaloriser son ex ou la nouvelle relation de celui-ci devant eux.
  5. Gérer les résonances: ces échos désagréables du passé peuvent surgir dans une nouvelle histoire d’amour. On a alors peur de revivre la même chose qu’avec son ex. C’est naturel mais il faut prendre conscience que son conjoint est une personne différente et qu’on a soi-même changé.

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Rédactrice

Photo:
Getty Images, SP
Publication:
mardi 05.06.2012, 16:00 heure

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