Joos Sutter a vécu à la tête de Coop une année «passionnante, dense et très variée».

«Notre force, c'est la variété et la qualité»

Chef de Coop, Joos Sutter évoque l'année à venir, le développement durable et les nouveaux produits, ainsi que l'importance de la Suisse romande. Interview.

Votre première année, en tant que chef de Coop, est derrière vous. Qu’en retenez-vous?
Joos Sutter. C’était une année passionnante, intense, extrêmement variée, faite de rencontres et de nouveautés. Une année au cours de laquelle je me suis souvent dit que j’avais vraiment un travail très
intéressant, avec un esprit d’équipe incroyablement fort!

Comment envisagez-vous 2013?
Le contexte économique global, de manière générale, reste fragile, et nous devrons composer avec des vents contraires, comme le franc fort notamment. Mais la Suisse résiste bien, dans son ensemble. En outre, dans cet environnement économique difficile, ces dernières années, l’immigration a certainement aidé le commerce de détail. Pour Coop, si nous faisons du bon travail, je pense que nous pouvons également réaliser une bonne année 2013.

Le tourisme d’achat va-t-il rester un sujet de préoccupation?
Oui, mais j’estime qu’on peut le maîtriser. Regardez cette année, il a plutôt augmenté, mais ne nous a pas empêchés de progresser. C’est une concurrence supplémentaire, qui sera encore là en 2013, et que nous devons affronter.

Chercher les prix les plus bas est un réflexe naturel du client, n’est-ce pas?
Bien sûr, mais la Suisse est le pays d’Europe où le consommateur dépense le moins pour les biens alimentaires, en comparaison de son pouvoir d’achat. Car la Suisse offre de bons salaires, qui entraînent des charges indirectes élevées. Ce rapport entre le pouvoir d’achat et les prix est déterminant. Nous devons donc faire en sorte que ce pouvoir d’achat soit maintenu.

Que peuvent attendre les clients de Coop en 2013?
Il y a trois points sur lesquels nous nous profilons et qui profitent à nos clients. Le premier, c’est bien sûr le développement durable, avec notamment les 20 ans de notre ligne Naturaplan. Nous présenterons à cette occasion de nouveaux produits, en collaboration avec Bio Suisse et avec nos différents fournisseurs. Nous aurons également notre «bus bio» qui sillonnera le pays pour sensibiliser la population aux produits bio. Le deuxième point, c’est la variété de notre assortiment, avec des thèmes très forts, comme Pro Montagna ou la proximité régionale, le Slow Food et bien sûr Prix Garantie. Notre force est de pouvoir proposer toute la gamme de produits, des plus exclusifs à l’entrée de gamme. Le troisième point, enfin, c’est celui de la qualité.

C’est-à-dire?
La qualité telle que nous l’entendons, ce n’est pas uniquement les contrôles de qualité. C’est une attitude permanente, c’est l’ensemble du magasin, du parking à la caisse. Cela forme un tout. La qualité, c’est aussi la formation de nos collaborateurs, la variété de l’assortiment, garante d’une vaste liberté de choix pour le consommateur.

La qualité, c’est aussi la densité des magasins...
Oui, et nous n’avons pas l’intention de réduire le nombre des petits magasins pour ne construire que des grands centres. Il faut un équilibre entre les deux, et les petits magasins sont aussi une tradition chez Coop. Nous ne cherchons pas l’expansion à n’importe quel prix. L’enjeu est plutôt d’améliorer encore la qualité et les possibilités des magasins existants.

Quel avenir voyez-vous pour les produits bio?
La thématique du développement durable, de l’environnement, et donc des produits bio, va encore gagner en importance, j’en suis persuadé. Mais ce n’est pas le seul critère qunous considérons. Au final, le bio n’a pas de sens si le goût et la notion de plaisir ne sont pas là. Etre responsable et soucieux de l’environnement, c’est important, mais il faut aussi de la joie de vivre et du plaisir.

Coop a gagné cette année en Espagne le prix Conecta, récompensant le meilleur distributeur européen, notamment pour les fruits et légumes. Que signifie ce prix pour vous?
La fraîcheur des produits est primordiale lors de nos achats et nous voulons présenter des fruits mûrs sur nos rayons. Cette exigence de qualité a des conséquences sur toute la chaîne de production, la logistique doit être plus rapide, etc. Nous avons consenti à de gros efforts dans cette direction. Le résultat est notre ligne Primagusto, qui connaît un grand succès et a contribué à notre réputation dans les produits frais. Le prix Conecta n’a jamais été une fin en soi. Ce qui était pour nous primordial, c’est la volonté de présenter de beaux fruits mûrs.

Certains continuent de penser que les marges de Coop sont trop élevées. Que leur répondez-vous?
Il y a toujours eu et il y aura toujours des gens pour dire que les marges sont trop hautes, quels que soient les prix que vous pratiquez. Coop gagne moins de 2 francs par 100 francs. Si vous estimez que les marges sont trop hautes, cela signifie aussi que les coûts sont trop élevés. Si l’on veut réduire les marges, il faut donc également réduire les coûts. Et dans une coopérative, le rapport marge-coût doit être correct, par rapport à la productivité, par rapport aux prix. J’estime que c’est le cas pour Coop. Nous ne cherchons pas la maximisation du profit à tout prix. Nous travaillons sur le long terme, dans une perspective de développement durable et de responsabilité sociale. Nous avons également entrepris une réorganisation logistique, au travers de deux gros projets, qui nous permettra de réduire fortement nos coûts. Pour les clients, cela se traduira par des prix plus bas encore.

Où en est le projet de payer avec son portable?
Nous sommes au début d’une phase de tests. Cela prendra encore un certain temps, probablement au-delà de 2013. De nombreuses questions techniques restent encore ouvertes, auxquelles s’ajoute celle du financement.

Quelle perception avez-vous de la Suisse romande?
Au cours de mes précédentes fonctions chez Coop, notamment comme responsable des ventes nationales d’Interdiscount, ainsi que de la division Trading, j’ai eu l’occasion de développer de nombreux contacts en Suisse romande. Je pense donc la connaître assez bien. J’aime y aller et je m’y suis toujours bien senti. Je trouve qu’il y a une certaine liberté intellectuelle et qu’on y rencontre de fortes personnalités, par exemple certains gérants de magasins. J’apprécie beaucoup cette attitude de patron, qui correspond à une autre manière de diriger.

Y a-t-il des produits qui marchent mieux en Suisse romande que dans le reste du pays?
Le poisson se vend mieux en Suisse romande. Le buffets de poissons ont beaucoup de succès. Il y a des différences au niveau des vins étrangers. Les Alémaniques sont sensibles aux vins italiens, les Romands davantage aux vins français, sans parler des fromages, du canard. Il y a de nombreuses différences, et c’est tant mieux! Nous sommes au cœur de la notion très subjective du goût et du plaisir, de la variété culinaire du pays!

Avez-vous un produit préféré?
Pas directement. Disons que de manière générale, j’aime bien la cuisine du Sud, comme un bon risotto ou un bon salami.

Quelles sont les régions où vous voyez un gros potentiel de développement?
Zurich et la Suisse romande, c’est là que nous devons le plus progresser par rapport à notre principal concurrent. Mais ce sont aussi deux régions où nous avons gagné des grosses parts de marché ces dernières années. La région de Fribourg et de Bulle est très intéressante, avec un gros potentiel. Nous allons d’ailleurs agrandir et réaménager notre centre commercial du Câro, dans le courant de 2013. Je vois également des possibilités dans le canton de Vaud, quand bien même nous y sommes déjà très bien implantés. Nous sommes bons sur tout le bassin lémanique, à l’exception du bout du lac, Genève, où nous devons monter en puissance.

La famille compte beaucoup pour vous. Avez-vous encore du temps pour elle?
Oui, le week-end. Dès que j’ai un moment, je le consacre à ma famille. J’aime aller marcher avec ma femme et mes enfants dans le Jura, où le vent et la nature me rappellent les Alpes grisonnes. Sinon, j’aime faire des choses simples, comme aller aux champignons. Il y a quelques bons endroits, là où j’habite, à Schüpfen! (Rires)

Et le ski, en bon Grison? Vous faites même du snowboard, non?
Oui, j’en faisais beaucoup mais j’ai arrêté quand sont arrivés les enfants. A ce moment, j’ai ressorti les skis. C’était quand même plus simple pour leur apprendre,  lorsque vous les avez entre les jambes sur les pistes! J’aime bien le carving aussi.

Un message aux consommateurs pour 2013?
La santé, bien sûr, mais aussi croire en la Suisse et ses forces, être confiant et positif en l’avenir.

Joos Sutter est né le 13 avril 1964 à Thusis, dans les Grisons, où il a grandi. Il est marié avec Daniela et père de trois enfants, Jan, Elia et Noa. En 1990, il obtient sa licence en sciences économiques à l’Université de St-Gall (lic. oec. HSG), complétée  par un diplôme d’expert-comptable. En 1991, il rejoint le cabinet de réviseurs Coopers & Lybrand, à Zurich.

Sa carrière chez Coop démarre en 1996, en tant que responsable des finances chez Import Parfumerie. En 1999, il passe chez Interdiscount, dont il gravira tous les échelons de la hiérarchie, avant de prendre la tête de la division Trading et d’intégrer ainsi la direction de Coop. En mars 2011, le conseil d’administration le nomme président de la Direction générale. Il entre en fonction le 1er septembre 2011.

La famille occupe l’essentiel du temps libre de Joos Sutter. La marche, la cueillette des champignons, la pêche à la mouche, le ski et le snowboard complètent ses loisirs.

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Thierry Délèze

Rédacteur en chef

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 31.12.2012, 07:59 heure

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