Les lapins sont mignons mais restent des animaux de rente. Plus nous soignons ce que nous mangeons, meilleur ce sera...

Lapins: la Suisse en prend soin

Le rôti de lapin, c’est délicieux. Et grâce à quelques pionniers, on peut de nouveau le savourer sans remords.

Pattes sanguinolentes, grillages souillés, cages trop petites, regard triste d’animaux ne voyant jamais la lumière du jour, maltraitance… Il y a encore quelques années, on ne connaissait que ça dans l’élevage industriel des lapins. Les animaux étaient torturés. Une cinquantaine d’éleveurs suisses prouvent qu’on peut faire autrement.

L’un d’eux, Thomas Wüthrich, habite le Fricktal, à Bâle-Campagne. Bonjour les lapins, lance-t-il en entrant dans l’étable. Couchés sur une épaisse couche de paille, les lapins blancs font une sieste et ne daignent pas se déranger. «Mais quand ils se réveilleront, vous aurez l’impression d’être à la foire», prédit l’exploitant.

Thomas a dû trouver une solution pour survivre dans l’agriculture. L’idée de se lancer dans l’élevage de lapins lui est venue de Felix Näf. Pionnier suisse dans le domaine de la détention de lapins respectueuse des animaux, ce dernier a développé des installations d’élevage en collaboration avec la Protection suisse des animaux (PSA), l’Office vétérinaire fédéral (OVF) et Coop. «Les lapins m’ont toujours fasciné et je ne vois pas pourquoi on devrait les élever et les détenir dans des conditions qui les font souffrir», confie Felix Näf. D’autant plus qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir: la viande aussi en pâtit. C’est ainsi qu’un type de détention unique en son genre a vu le jour en Suisse: comme dans la nature, les lapins vivent «en famille» et mangent surtout du foin et des céréales. Mais ce qui est révolutionnaire dans ce type de détention, c’est la place réservée aux familles: chacune est logée dans une espèce de maison à plusieurs étages tapissés de litière. Tous les animaux disposent de caches et de zones pour se retirer. Les mères mettent bas dans un nid protégé. Les jeunes ont de la place pour jouer et ils peuvent rendre visite aux autres familles.

Entre-temps, dans l’élevage de Thomas Wüthrich, la sieste est finie. Les jeunes vont et viennent à vive allure dans les maisons, jouent avec des rameaux de saule et de la paille. Ils sont vraiment adorables. Comment peut-on manger des animaux si mignons? Felix Näf connaît bien cette question: «Autrefois, le lapin était la source de protéines des pauvres. Jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, chaque famille de paysans et d’ouvriers avait un clapier. C’était la seule viande qu’ils pouvaient se permettre.»

Les élevages modernes selon la méthode Wüthrich sont de loin préférables aux formes de détention cruelles des élevages industriels à l’étranger, mais aussi à l’isolement des animaux tel que pratiqué autrefois. Les consommateurs n’y sont pas indifférents. Les deux éleveurs reconnaissent que le lapin de production indigène coûte plus cher que celui d’importation. Leur méthode de détention est beaucoup plus coûteuse que la détention en cages. En outre, les animaux ne grossissent pas aussi vite que leurs congénères qui végètent dans le noir et un espace confiné. «La viande de nos élevages est en revanche à considérer comme une viande délicate.» Et elle est proposée en exclusivité dans les magasins Coop.

Cette forme d’élevage respectueuse des besoins du lapin est nouvelle et unique au monde. Felix Näf et ses collègues n’ont pas de manuel, ils font leurs essais. Ils sont épaulés par la PSA, l’OVF et l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL). «Les lapins sont des animaux de rente comme les bovins et les porcs. Jusqu’à ce qu’on les mange, offrons-leur tout de même des conditions de vie convenables.»

Du lapin? Oui, mais seulement du suisse!

Pour plusieurs raisons, les magasins Coop proposent exclusivement de la viande de lapin suisse.

Depuis une quinzaine d’années, Coop collabore activement avec d’autres partenaires pour améliorer les méthodes de détention en groupe des lapins destinés à l’élevage et à l’engraissement. «Nous avons réussi à développer un nouveau mode de détention respectueux de l’animal. Nous répondons ainsi aux attentes des consommateurs, qui nous le rendent bien puisque les ventes sont chaque année en forte augmentation», explique Hansjörg Benz, responsable chez Coop des achats de viande de lapin.

Les producteurs sont contrôlés à l’improviste par la Protection suisse des animaux. «Cela permet de s’assurer que les élevages sont conformes aux directives et que tout est fait pour le bien-être des animaux.» Les directives fédérales sur les systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux (SST) sont aussi respectées. «A ce jour, nous n’avons pas trouvé de producteurs à l’étranger qui répondent intégralement à tous nos critères. Pour cette raison, et parce que Coop veut épauler
les paysans suisses, nous ne proposons plus de viande de lapin provenant de l’étranger dans nos magasins.»

Détention respectueuse: pour le bien-être de l’animal

Si les exigences de la législation sur la protection des animaux sont impératives pour tous les éleveurs, le programme de systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux (SST) est facultatif. Celui-ci est nettement plus sévère du point de vue des exigences en matière de bien-être animal. Le programme SST implique ainsi des prestations supplémentaires de la part du détenteur: plus grandes surfaces de détention, travail supplémentaire à fournir, et aussi dépenses plus élevées en matériel, notamment en litière.

Franz Bamert

Rédacteur

Publication:
lundi 26.03.2012, 13:37 heure