«L'arbitrage est une libération»

Il est prof, mais aussi arbitre de foot. Yves Laplace est surtout écrivain. Il vient de publier un récit autobiographique, «La Réfutation». Ainsi qu’un ensemble de ses pièces de théâtre, «Guerre et Lumières». Passes de questions-réponses à Genève.

Podcast

Yves Laplace nous parle de la réécriture de ses livres ainsi que de ce qui le fait encore rêver aujourd'hui, un podcast à découvrir.

Interview

Coopération. Est-ce difficile pour vous, étant «en haut de la montagne», d’entrer en contact avec les gens, lors d’un dîner, ou lors de…?
Yves Laplace.  Etrange question! Je vis en plaine, au bord du lac Léman, et je n’ai pas du tout le sentiment de planer au-dessus de la mêlée. J’ai des activités très variées, je suis enseignant depuis près de trente ans, je fais de l’arbitrage de football depuis plus d’un quart de siècle; j’ai aussi une grande expérience du théâtre, comme dramaturge: j’ai donc fréquenté des milieux aussi divers que possible, et j’espère que ça durera encore. Et puis rassurez-vous: les écrivains et les intellectuels, on ne les invite pas si souvent. Surtout en Suisse, où l’on se méfie d’eux.

Vous avez écrit des essais politiques engagés: quelle cause appelle votre plume ces temps?

D’abord, un écrivain n’est pas en service commandé (cf. encadré, à droite). Je précise ensuite que ces essais, ce n’étaient pas simplement des essais politiques, c’étaient des livres d’écrivain répondant à d’autres écrivains, en me souvenant de l’exemple de Voltaire, qui d’une certaine façon donne le modèle de «l’écrivain engagé». Je n’étais pas en dehors de mon champ d’investigation impliquant la lecture, la langue, le fictionnement du monde.

Mais la politique vous a toujours intéressé. A 12 ans, vous lisiez déjà «Le Monde». Un enfant surdoué?

Il s’agissait du Monde diplomatique, que je ne lis plus aujourd’hui. (Il sourit) Je ne pense pas avoir été un enfant surdoué, mais un enfant inégalement doué, et de façon probablement anormale. (Il maîtrise un accès de rire en constatant le large sourire du journaliste) En d’autres termes, j’étais en effet très au-dessus de la plupart de mes camarades dans les domaines du français, de la littérature, de l’écriture et, plus tard, des cours de philosophie et d’histoire, mais… (très pince-sans-rire) plutôt au-dessous de la moyenne dans quasiment tous les autres domaines. Bref, j’étais un cas difficile à gérer.

Pour le petit garçon que vous étiez, c’était moins drôle.

Disons que j’ai très vite construit une sorte de bulle. Je devais présenter des traits de… (il réfléchit). Le mot qui me vient à l’esprit, c’est «autisme». Mais évidemment il faudrait des guillemets énormes! Parce que je n’étais pas un enfant autistique au sens clinique du terme. Il s’agissait d’un repli sur soi afin de construire, à travers les mots et les lectures, un monde autonome, sans doute pour me préserver des agressions extérieures. Il est vrai qu’à 11, 12 ans, j’étais déjà passionné par la chose publique: je reviens sur cet épisode dans mes livres, notamment dans La Réfutation (Ed. L’Aire bleue). J’ai commencé à écrire à ce moment-là.


Ah, la genèse d’un écrivain! De petites histoires, ou…

C’était un journal, mais il n’avait rien à voir avec un journal intime d’adolescent. Je l’avais sous-titré: «Vie de famille, sports et actualité». J’y faisais des considérations sur tout ce que je voyais, et sur l’actualité: je lisais beaucoup les journaux, je découpais des photos. Nous sommes en 1969, l’année où l’homme marche sur la Lune, nous sommes juste après Mai 68 et l’invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques. Et avant la première initiative xénophobe Schwarzenbach, en 1970 (cf. encadré, p. 105).

Je me suis perçu comme quelqu’un qui devait écrire peu après l’adolescence. Je publie mon premier roman à 19 ans. Ce n’est donc pas le monde politique qui m’a tenté de façon directe; en revanche, j’ai une tentation journalistique.

Votre regard sur le paysage médiatique actuel?

D’une part, il y a les pires excès au nom de la transparence. De l’autre, et comme tout est rendu extraordinairement présent, complexe et ramifié, et qu’on peut en deux clics avoir accès à des millions de sources contradictoires, il y a paradoxalement une volonté de simplification extrême. Il y a aujourd’hui une haine profonde de la complexité, liée à la marchandisation de la parole et à la nécessité de communiquer vite. Il y a haine de la modération, de la profondeur, de la pensée complexe, de la nécessité d’intégrer dans un raisonnement – ou dans un roman – le point de vue de l’adversaire.

Votre lien avec le monde du football?

J’évoque notamment ce lien très fort, et aussi le lien avec la posture d’arbitre, dans La Réfutation. Le foot, c’est la passion d’un enfant de ma génération, qui joue au ballon avec ses frères et ses camarades, sur les beaux terrains vagues près de la rue de Vermont. Mais j’étais un joueur très moyen parce que peu athlétique, un enfant relativement fragile. Je m’intéressais au football en tant que spectateur (cf. encadré ci-dessous). J’accompagnais mon père à Carouge et je m’identifiais, et à mon père et au club qu’il soutenait. A 5 ou 6 ans, j’étais un supporter fanatique, ce qui est d’ailleurs l’âge mental moyen des fan’s club de foot actuels. Je le dis avec toute l’amitié que j’ai pour le football.

Aimez-vous voyager?

Je suis très casanier, au fond. Mais j’aime me déplacer. Autant j’aime découvrir des villes et des paysages, autant je suis rétif au tourisme comme pur produit de consommation. Des voyages ont compté pour moi davantage que d’autres: ceux que j’ai faits dans des conditions à la fois exposées et luxueuses, celles d’un auteur invité dans une expérience artistique. C’est à ce titre que j’ai découvert la Bosnie de l’immédiat après-guerre, invité par mon ami Hervé Loichemol (ndlr: directeur de La Comédie, à Genève). Et c’est aussi en tant qu’auteur de théâtre que j’ai passé un mois au Liban avec d’autres auteurs, à l’initiative des francophonies de Limoges. Nous étions des dramaturges en voyage pour rencontrer les gens de théâtre et la société civile du Liban, avec l’objectif d’écrire chacun au retour une pièce (ndlr: le livre Les Dépossédés, réalisé avec Valérie Frey, Stock, est issu de ces voyages).

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Publication:
mercredi 23.11.2011, 10:30 heure

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