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La nature dans toute sa splendeur: le Lai Grond (le grand lac), patrie du dragon de Macun et… cadre idyllique pour les visiteurs.








Le Parc national: griserie en altitude

Au pays des lacs et des glaciers, des nains et des dragons, on sait estimer la nature.

Rien. Pas un mot. Tout le monde reste bouche bée. Le panorama qui entoure le géologue Hans Lozza et l’équipe qui l’accompagne sur le plateau lacustre de Macun est d’une beauté à couper le souffle. Encore une dernière crête à passer, puis un paysage splendide constellé de lacs s’offre soudain à la vue des randonneurs à quelque 2600 mètres d’altitude. Les glaciers rocheux progressent tels de gigantesques Tatzelwürmer vers la vallée à raison d’une cinquantaine de centimètres par an. C’est le pays des chamois, des marmottes, des campagnols des neiges, des nains et d’un dragon. Les nains et le dragon ne sont pas la trouvaille d’une agence de tourisme. Ils font partie depuis toujours du patrimoine, au même titre que le bouquetin qui a donné son nom à cette partie du Parc national: Macun.

En gravissant les pentes depuis Zernez, on constate vite que le Parc national suisse (PNS) est plus qu’une simple réserve pour bouquetins & Cie. Hans Lozza, naturaliste employé au PNS et véritable encyclopédie ambulante, montre une renoncule naine, qui en Suisse ne pousse que sur le plateau de Macun. Il attire aussi l’attention sur un saule herbacé, qui au cours de l’évolution s’est adapté aux conditions extrêmes: 90% de la plante se trouve sous terre. «Depuis la création du parc, nous travaillons selon trois principes: protéger, étudier, informer», explique Hans Lozza. Les règles de protection sont strictes: les visiteurs (chiens interdits) ne doivent pas quitter les sentiers, ne doivent rien ramasser, rien changer. Ici, des chercheurs de diverses universités étudient des sujets aussi variés que le changement climatique, l’importance économique du PNS ou l’impact sur la forêt quand on l’abandonne à elle-même. «Autrefois, on disait que seule une forêt bien entretenue était une bonne forêt», se souvient Hans Lozza. Aujourd’hui, les forestiers viennent de presque partout en Europe pour constater avec étonnement qu’une forêt abandonnée à elle-même présente une grande diversité écologique.

Les 100 000 visiteurs du PNS, eux, ne viennent pas seulement d’Europe, mais du monde entier. Nombre d’entre eux prennent le chemin des lacs de Macun en partant de Zernez, qui se trouve au centre des Alpes, à mi-chemin de Vienne et de Nice, gravissent le Munt Baselgia d’où ils ont une vue plongeante sur le Spöltal et ils se croiraient presque au Canada: des forêts vierges s’étendent jusqu’au bas de la vallée. Il n’est pas rare qu’un visiteur ait la tête qui tourne, probablement en raison de la raréfaction de l’oxygène en altitude. Mais peut-être les visiteurs originaires des plaines sont-ils aussi grisés par la vue sur l’Ortler, le massif de la Bernina, le Piz Buin et tous les pics alentour, ou encore par les couleurs de la gentia­ne, de la soldanelle des Alpes, de l’a­­némone soufrée et de la linaire des Alpes. Toutes ces fleurs apparaissent à la fin du printemps, puis disparaissent au début de l’automne. Toutefois, pendant la courte période qui leur est dévolue, elles resplendissent de couleurs en dilapidant tout leur avoir; mais s’agit-il vraiment d’un gaspillage insensé? Comme si Hans Lozza avait lu dans nos pensées, il ajoute: «Dans le Parc national, de nombreuses personnes côtoient une véritable nature vierge pour la première fois.» Elles ne sont pas les seules à se réjouir de la présence des fleurs. Les papillons aussi. Il existe 97 espèces différentes de papillons diurnes dans la région du PNS, que l’on trouve parfois jusqu’à 3000 mètres d’altitude. Soit autant d’espèces que dans les années 1920 à 1940, comme le démontre une étude comparative. A quoi bon, pourrait-on dire en plaine, où un mètre carré de terre disparaît chaque seconde sous le béton et où les papillons qui volettent de fleur en fleur sont quatre fois moins nombreux. En fait, il s’agit là d’un raisonnement à courte vue. «Pour la pollinisation, les papillons sont aussi importants que les abeilles», explique Hans Lozza.

Il ne s’agit nullement ici d’inculquer des préceptes aux visiteurs, que ce soit en randonnée ou à la Maison du parc. «Ce que l’on veut, c’est communiquer le plaisir de côtoyer la nature et faire comprendre ses mécanismes. Notre but n’est pas de faire la morale», corrige Hans Lozza. Le rapport avec la nature était déjà important pour nos ancêtres de l’Engadine. Pour preuve, l’histoire des nains de Macun. Selon la légende, ils transformaient les feuilles dorées en étoiles scintillantes et s’entendaient bien avec les hommes de la vallée. Mais un jour, ces derniers sont devenus cupides et impitoyables et ont acquis le mauvais œil, qui leur a donné la faculté de transformer les nains en marmottes. Depuis, quand une marmotte aperçoit un humain, elle pousse des sifflements perçants pour prévenir les derniers nains survivants. Quant au Dragun da Macun, le dragon, il a fait ses bagages.

La randonnée Zernez-Macun-Lavin est l’une des 20 excursions proposées à l’intérieur du parc. C’est l’une des plus longues, puisqu’elle dure 8 heures (possibilité de raccourcir le trajet de 2 heures avec la navette Macun–Shuttle, tél. 079 103 20 20), et des plus difficiles. Quelques randonnées sont guidées. Avant toute sortie ou en cas de mauvais temps, il est conseillé de se rendre à la Maison du parc, construite avec le soutien de Coop. Coop est aussi l’un des trois principaux sponsors des célébrations qui marqueront, en 2014, le 100e anniversaire de la fondation du parc.

Pour plus de renseignements: www.nationalpark.ch

Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Yannich Andrea
Publication:
lundi 13.08.2012, 12:21 heure

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