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Daniel Fazan.


Daniel Fazan, «Millésime», Olivier Morattel éditeur, 152 p.

Des grappes et des vignerons

Daniel Fazan publie «Millésime», roman tendre et cynique autour de l’alcool et de l’amour entre hommes.

Frileux et abstinents prière de s’abstenir: le nouveau livre de notre chroniqueur Daniel Fazan, que vous découvrirez dès maintenant en librairie, est «une histoire de sevrage et d’amour incompris», comme il ne s’en fait plus guère. Du moins, sous nos latitudes helvètes – où la majorité des écrivains pèsent tant leurs mots qu’ils en viennent à ressembler à des politiciens.  Comme si un livre, même un roman, était autre chose, au fond, qu’un exercice essentiellement autobiographique…

Fazan, lui, s’en fiche. L’homme de radio s’énerve même quand on le traite d’écrivain – c’est dire à quel point il cultive un certain recul. Daniel est de l’ancienne école: celle pas si éloignée de la beat generation, qui savait avoir moins peur de l’amour, de la poésie et du tabac, et qui savait renoncer à des expressions telles que «stratégiser» et «prioriser», afin d’injecter un peu plus d’humanité dans ses livres.

Aussi avec «Millésime» – qui met en scène deux vignerons bien de chez nous, qui découvriront leur homosexualité «en partageant leur mal-être dans cette société» – Fazan se déclare prêt, sourire béat aux lèvres, à se laisser crucifier par les lobbys de la morale. Même si sa publication, par l’éditeur Olivier Morattel – who else? –  lui a certes causé quelques sueurs froides. «Mon Dieu, mon Dieu… que va penser ma mère?»

«

Ton livre? Super, chéri… Dommage que tu en sois l’auteur»

L'épouse de Daniel Fazan.

En attendant que maman plaque son verdict, livrons celui de la délicieuse «Susie», épouse de Daniel rendue célèbre via les chroniques dans Coopération: «Ton roman?… Oh, je le trouve super. Dommage que tu en sois l’auteur.» C’est que le foisonnant et parfois cruel «Millésime», en abordant alcoolisme et homosexualité de front, est un coup de pied dans la fourmilière. Et comme il est aussi une belle louange au regard ramuzien porté sur les balcons lémaniques, je vous suggère de le lire d’une traite… Avec une bouteille de vin blanc à portée de main. C’est plus sûr.

«Un ange s’assied sur mon épaule»

A l’occasion de la sortie de son dernier roman «Millésime», publié chez Olivier Morattel éditeur, notre chroniqueur Daniel Fazan s’est prêté au jeu des questions-réponses.

Coopération. Comment arrivez-vous à concilier votre vie trépidante avec l’écriture?
Daniel Fazan. Ma vie n’est pas si trépidante que ça. J’ai un ange, qui vient s’asseoir de temps à autre sur mon épaule, et qui me dit: «Vas-y, écris.» Alors je m’assieds, et j’écris. Je me complais à lui obéir. Je peux passer 12 heures à écouter mon ange, tant qu’il est là.

Que faites-vous lorsque cet ange apparaît vers 3 heures du matin?
(Il rit) Non, mon ange ne passe pas la nuit. Il me connait bien, il sait que cela ne servirait à rien: j’ai besoin de dormir.

Quand avez-vous commencé à écrire «Millésime»?
J’ai commencé mi-février 2012, et j’ai terminé début mars. Mon éditeur n’aime pas quand j’avoue écrire aussi rapidement, mais c’est ainsi. Je suis parti sur l’idée de l’alcool, ou plutôt, du sevrage d’alcool, avec un cadre et des personnages particuliers. Mes personnages étaient dans l’obligation de goûter des vins, et de boire, mais ils n’étaient pas bien dans leur peau. Tout est parti de là. Et à force de se fréquenter, ils ont commencé à partager leur mal-être dans un cadre intime. Leur intimité est devenue sentimentale, et aussi sexuelle. «Millésime» est une histoire d’amour et de sevrage.

Quand vous écrivez, vous écrivez plus vite que votre ombre…
Oui, parce que l’ange travaille très fort. Quand j’écris, ca vient d’un jet. Avec mon précédent livre, «Vacarme d’automne», c’était encore plus rapide et violent. Un torrent de mots! Mais vous savez, tout cela n’est pas improvisé. Les choses murissent en moi à mon insu, lentement, comme un bon vin qui se prépare en fût. Une fois qu’il est prêt, ça explose. C’est là où l’ange me dit: «Vas-y». Je suis l’objet d’une écriture non pas automatique, mais «inspiratique».

Revisez-vous longtemps ce que vous écrivez?
Bien sûr. J’ai davantage polissé cette fois-ci, parce que mon éditeur, Olivier Morattel, voulait un texte parfait. Quant à moi, je tenais beaucoup à écrire un roman aussi réaliste que possible et je crois que j’y suis parvenu. Mes personnages sont si vrais qu’un jour, des cars de japonais viendront visiter les lieux afin de les rencontrer.

On dit que tout œuvre littéraire a une grande part de biographie. Quelle est la votre dans ce roman?
Stop, stop… En ce qui me concerne, j’ai une affinité «gay-friendly». Voilà tout. J’ai beaucoup d’amis gays et aussi une affinité pour ce paysage vaudois, que je traverse quatre fois par jour. J’ai eu envie de sublimer les images du paysage, sa transformation par les vignerons, leur obligation de continuer à travailler cette terre par hérédité. C’est un hommage à ce métier, à ces gens, à cette terre. Au vin. Et c’est un livre d’amour, un amour incompris.

Un amour qui vous manque personnellement?
Oh, pas du tout. C’est la description d’un amour différent. Je connais beaucoup d’hommes homosexuels qui s’aiment d’un amour plus fort et plus profond que les hétérosexuels. Et ils restent toujours et encore en marge.

La cause vous tient à cœur?
J’ai un penchant pour les problèmes pas réglés. Il y a une belle ouverture pour la cause homosexuelle aujourd’hui… mais le parlement en parle encore, il reste beaucoup de choses à règler. Mais ce livre traite d’alcoolisme aussi. Voyez-vous, on a le droit de boire 3 décis par jour, mais pas plus, si l’on ne veut pas être étiqueté d’alcoolique. Mais est-ce que l’on est alcoolique parce que l’on boit 4 décis par jour, ou cinq?… Hummm…

A qui s’adresse ce livre?
J’ai pensé à la beauté du paysage et à Ramuz, ou plutôt, à la manière de laquelle il a considéré ces mêmes paysages. Mais Ramuz n’a jamais abordé le sujet du non-amour, de l’amour incompris, de l’amour différent. Moi, je l’ai fait. Mais je ne veux pas dire par là que je me mesure à Ramuz…

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Photo:
Darrin Vanselow, SP
Publication:
lundi 08.10.2012, 14:16 heure

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