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«Un artiste est un rebelle de par nature. Il vit avec son époque, son milieu, il refuse la langue de bois.»

Ivan Moscatelli (68 ans), à Wavre (NE): «Avoir des amis, c’est bien. Mais avoir des ennemis costauds… qu’est-ce que c’est stimulant!»


«Appelez-moi Il Bandito…»

L’artiste peintre Ivan Moscatelli est arrivé d’Italie en Suisse avec son papa, ancien résistant, et une valise. Le reste est courage, travail et… génie.

Coopération. Qui êtes-vous?
Ivan Moscatelli. Je suis un rebelle honnête, un artiste subversif au cœur de chair. Tu peux m’appeler… Il Bandito.

Cette renommée en exaspère plus d’un, par ici. L’étiquette date de…?
Elle date de quelques mois avant ma naissance, quand ma mère, enceinte de moi, a failli être fusillée par les fascistes italiens. Je suis issu d’une famille communiste, mon père et mon oncle Cino faisaient partie de la résistance italienne, et c’est comme si j’avais tout ça inscrit dans mon ADN. Ma mère et moi avons été sauvés in extremis par un bon prêtre. Alors Viva la revolución! (Il rit) Choqué?

Tout vrai artiste est un peu provocateur. Gentleman aussi, je suppose?
Et fier de l’être. Mais artiste? Je suis plus artisan qu’intellectuel. Je suis un bon prolétaire de souche italienne qui croit en Jésus et la Vierge Marie. Sans elle, je ne serais plus de ce monde.

C’est votre ange gardien qui a créé toutes ces belles œuvres autour de nous?
(Silence) Oui, c’est lui. Et il a un humour mordant. Et il dénonce l’orgueil et la bêtise partout où il les voit. C’est lui, l’artiste peintre.

Fils de communiste et chrétien… la contradiction fait-elle partie du caractère d’un peintre?
Elle est mon pain de tous les jours. J’ai un plaisir intense à faire savoir à mes amis, et à mes ennemis, que j’ai l’intelligence de changer d’avis, et ce de manière assez féroce. C’est un pouvoir, accompagné de la faculté d’adaptation. Je m’adapte facilement.

C’est ce qui a permis au petit immigré clandestin, qui arrive en Suisse avec son père et une valise, de devenir le grand Moscatelli?
Grand, c’est toi qui le dis, fratello… Dans ma vie, j’ai dû me battre pour survivre. Sans vouloir faire étalage de drames à la Zola, et encore moins de mes deux divorces, j’ai vu la mort en face plus d’une fois. En 1991, on m’a annoncé que j’étais atteint du cancer et que je n’avais plus que huit mois à vivre. J’ai aussi été victime d’une erreur médicale grave, qui a failli me coûter la vie. Et puis il y a eu mon bégaiement, qui a commencé dans des circonstances tragiques.

Lesquelles?
J’avais 5 ans, c’était à Venise. J’ai assisté à la mort de trois personnes, un fait divers assez connu à l’époque. Ce choc m’a rendu bègue pendant quarante ans. Je m’en suis débarrassé moyennant une psychothérapie profonde… et grâce à un carburant spécial: un mélange d’autodérision et de courage. J’admire les gens courageux. Je rends hommage au petit garçon que j’étais. Il me permet de me regarder dans la glace aujourd’hui et de me dire: tu l’as fait…

Oui, vous êtes devenu un peintre coté. Comment expliquez-vous ce succès?
Par le fait d’être souvent allé à contre-courant. A une époque où il fallait montrer patte blanche par rapport à certains académismes, c’est-à-dire commencer par une peinture figurative, et s’y tenir pendant sept ou huit ans, je me suis très vite tourné vers le non-figuratif. Pourquoi? Parce que j’avais envie de rendre une atmosphère au lieu d’une image. Au moment où, finalement, j’aurais pu commencer à vivre de mon style non figuratif, qui s’est construit et confirmé durant les années 1970 et 1980, je me suis soudain senti prisonnier, pris dans un carcan. Je ne voulais pas finir comme d’autres confrères, qui à partir du moment où ils acquièrent le soutien des galeristes, réchauffent le même plat jusqu’à la fin de leurs jours.

Votre méthode à vous?
Une fois qu’une exposition est terminée, je passe à autre chose. Je passe du minimalisme au conceptuel, de l’humoristique à l’introspection, du milieu naturel au milieu urbain, de la toile à la sculpture. La vie n’a pas de prix.

Sans oublier l’humour noir et l’érotisme soft. Est-ce aussi le fait de faire le pitre qui énerve les pontes?
C’est le fait de refuser la langue de bois, le refus de me prendre au sérieux. J’insupporte surtout ceux qui se prennent pour des demi-dieux, mais qui ne sont en fait que des coincés de la braguette, des égocentriques et des avares. Beaucoup d’artistes suisses sont si infatués qu’ils attendent que le public vienne à eux pour les aduler, alors que l’artiste est un être de chair et de sang qui se doit d’être ouvert, généreux, engagé, combatif. Ce n’est pas l’habit qui fait le vrai peintre, ni son compte en banque, ni son blabla pseudo-intellectuel. C’est son œuvre.

Pourquoi avoir pris la nationalité suisse?
Par choix. J’ai renoncé à ma nationalité italienne pour des raisons politiques. Ils m’en veulent toujours… Ce qui n’est pas bien grave. Je me suis intégré avec mes atouts, ma culture. Vive la Suisse! C’est un cri du cœur.

Ivan Moscatelli

Toile de fond. Ivan est né le 15 février 1944 dans la Valsesia au Piémont, d’une mère vénitienne et d’un père d’origine toscane, qui participera activement à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Après la séparation de ses parents, Ivan arrive dans le Pays de Neuchâtel en 1958, avec son père. Il deviendra boulanger-pâtissier. Il commence à peindre à 21 ans, alors qu’il est déjà marié et papa d’une fille. Il aura encore un fils lors d’un deuxième mariage.

Peinture. Premières expositions dès 1968. A partir de là, cet infatigable créateur à l’humour acide et engagé ne s’arrêtera plus. Ses expositions, en Suisse et à l’étranger, sont de véritables événements. Peintre extrêmement rigoureux et précis, il explore librement tous les styles et toutes les formes d’art.

Vie et atelier. Atelier à Wavre (NE), où il partage sa maison avec sa troisième épouse, Sandra, et leur fille.

Ne manquez pas le très bel entretien filmé (2006), de Laurence Périgaud.

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Photo:
aldo ellena/arkive.ch
videos:
Forum Suisse pour l'Etude des Migrations et de la Population / Institut d'Ethnologie de l'Université de Neuchâtel / www.dailymotion.fr
Publication:
mardi 21.08.2012, 12:00 heure

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