Espèces invasives: danger importé

La multiplication d’espèces animales invasives étrangères pose des problèmes aussi bien à l’écosystème qu’aux activités humaines. Eclairage avec Gian-Reto Walther de l’Office fédéral de l’environnement.

Les spécialistes par-lent de «néozoaires», ce qui signifie littéralement «nouveaux animaux envahissants». Mais ce n’est pas du loup ni de l’ours qu’on parle ici. Plutôt de l’écureuil gris, du raton laveur et de la grenouille taureau. Car «les néozoaires sont des animaux allochtones, c’est-à-dire non indigènes, qui ont été introduits par les hommes», explique Gian-Reto Walther, de l’Office fédéral de l’environnement. «Leur introduction est parfois fortuite, mais parfois aussi intentionnelle, comme dans le cas des espèces exotiques relâchées dans la nature.» Une partie de ces animaux étrangers périssent rapidement dans un nouvel habitat auquel ils ne sont pas acclimatés. En revanche, de nombreuses espèces ont une telle faculté d’adaptation et sont tellement prolifiques et dominantes qu’elles représentent un danger potentiel. Si elles se multiplient de façon incontrôlée, c’est souvent au détriment des espèces animales et végétales indigènes. De plus, elles peuvent causer des dommages économi-ques et sont bien des fois vectrices de maladies infectieuses. «C’est celles-ci qu’on appelle des espèces invasives, précise Gian-Reto Walther. En Suisse et dans les pays limitrophes, on dénombre à ce jour 51 espèces néozoaires qui nous causent  du souci.» En voici quelques-unes.

Procambarus clarkii

• Originaire d’Amérique du Nord (Louisiane). Vraisemblablement introduite en 1973 en Espagne pour la consommation de sa chair. Présente depuis les années 1990 dans les eaux des cantons d’Argovie et de Zurich.
• Espèce résistante et très compétitrice. Porteuse de la peste des écrevisses (champignon filamenteux), mortelle pour les écrevisses indigènes.
• Signaler aux autorités toute observation faite dans la nature.

* Même problème avec l’écrevisse de Californie (Pacifastacus leniusculus) et l’écrevisse américaine (Orconectes limosus), espèces introduites et maintenant présentes dans une grande partie de la Suisse.

Corbicula fluminea

• Originaire d’Asie du Sud-Est, cette moule comestible fut importée en Amérique du Nord par des immigrants chinois. Elle y a proliféré à l’état sauvage avant d’atteindre l’Europe vers la fin des années 1970, vraisemblablement via l’eau de lest de cargos. Présente dans la plupart des eaux suisses.
• Colonies denses (jusqu’à 10 000 individus par mètre carré). Supplante les bivalves indigènes et d’autres espèces. Peut colmater les conduites d’eau, les tuyaux d’aspiration et les systèmes de refroidissement et d’extinction d’incendie.
• Ne pas prélever de moules agglutinées en bordure de lac ou sur la coque de navires pour les transporter dans d’autres eaux.

* Même problème avec la moule zébrée (Dreissena polymorpha) et la moule Quagga (Dreissena rostriformis bugensis).

Harmonia axyridis

• Originaire du Japon et de Chine, elle a été introduite en Europe en 1982 comme agent de lutte biologique contre les pucerons dans les
serres. Depuis 2007, elle est répandue dans quasiment toute la Suisse.
• Supplante les coccinelles indigènes et autres insectes, comme les papillons, en dévorant leurs œufs et leurs larves. Ces insectes se glissent entre les fruits ou à l’intérieur de grains de raisin éclatés et, récoltés avec les fruits, dégradent la qualité des jus et du vin par le goût désagréable qu’elles leur confèrent. Hivernent en masse dans les maisons où elles peuvent dégager une odeur désagréable.
• Obturer les fissures et les cavités des façades de bâtiments. Equiper les fenêtres de moustiquaires.

Rana catesbeiana

• Originaire d’Amérique du Nord, elle a été introduite en Allemagne dans les années 1930 pour la production de cuisses de grenouilles. Dans les années 1980-1990, les têtards de cette grenouille, qui mesure 20 cm et pèse près d’un kilo, étaient même vendus dans les animaleries et jardineries. Elle n’est pas encore répandue en Suisse, mais on craint une invasion prochaine.
• Elle est très vorace et menace la biodiversité animale indigène. Elle engloutit amphibiens, poissons, oiseaux, souris, rats, écrevisses, serpents, chauves-souris et nombre d’autres petits animaux.
• Signaler aux autorités toute observation faite dans la nature.

Sciurus carolinensis

• Originaire d’Amérique du Nord, il a été introduit au XIXe siècle dans les îles Britanniques, où il a en de nombreux endroits supplanté presque complètement l’écureuil roux d’Europe. Il existe quelques populations dans le nord de l’Italie (Piémont, Gênes, Lombardie). Il est à
craindre qu’il ne s’installe en Suisse à brève échéance si des mesures adéquates ne sont pas prises.
• L’écureuil gris est plus grand et plus fort que son cousin indigène et possède un spectre alimentaire plus large. Il peut être porteur d’un virus parapox mortel.
• Signaler aux autorités toute observation faite dans la nature.

Tadorna ferruginea

• Originaire du sud-est de l’Europe, d’Asie et d’Afrique du Nord, cet oiseau d’ornement autrefois prisé a été lâché parfois volontairement à partir des années 1960. En Suisse, la population de tadornes casarca, qui compte une vingtaine de couples nicheurs et 400 individus, est la plus grande en dehors de l’aire de répartition naturelle de l’espèce.
• Espèce agressive et très compétitrice qui évince les autres oiseaux d’eau indigènes, surtout en période de nidification, en occupant leurs nids/terriers.
• Signaler aux autorités toute observation faite dans la nature.

Aedes japonicus

  • Originaire du Japon, de Corée et de Chine. Introduit principalement avec des marchandises importées. Signalé pour la première fois en 2008 en Argovie. Présence attestée depuis 2009 dans les cantons de Zurich, Soleure, Lucerne et Bâle-Ville.
  • Espèce de moustique agressive diurne. Contrairement au moustique tigre*, il n’a pas encore été prouvé qu’il soit vecteur de virus dangereux, comme le virus du Nil occidental, de la dengue ou du chikungunya.
  • Les fûts, soucoupes, abreuvoirs à oiseaux et autres récipients à eau situés en plein air sont des sites idéals de prolifération des moustiques. Il convient donc de les obturer, de les garder à sec ou de les enlever.


* Même problème avec le moustique tigre (Aedes albopictus). Répandu depuis 2003 au Tessin.

Trachemys scripta elegans

  • Originaire d’Amérique du Nord. Introduite comme animal exotique domestique. Est encore aujourd’hui relâchée illégalement dans la nature parce qu’elle peut atteindre une taille respectable et vivre jusqu’à un âgé avancé (30 cm, 80 ans). Se rencontre dans pratiquement toute la Suisse.
  • Est vorace et menace la biodiversité. Détruit le frai et les larves d’amphibiens, de poissons, d’insectes et dévore les œufs d’oiseaux. Évince la cistude indigène.
  • Ne jamais la lâcher dans la nature, mais la confier à un centre de sauvegarde des tortues, comme l'Association Protection et Récupération des Tortues (PRT) (www.tortue.ch).
  • Signaler toute observation faite dans la nature aux autorités.


* Même problème avec la tortue à tempes jaunes (Trachemys scripta scripta).

Procyon lotor

  • Originaire d’Amérique du Nord. Importé en Europe, surtout en Allemagne, par des éleveurs d’animaux à fourrure. Premiers individus retournés à l’état sauvage vers le milieu des années 1930. Répandu dans l’est, le nord et l’ouest de la Suisse.
    Prédateur tapageur, actif durant la nuit et au crépuscule, emménageant volontiers dans des maisons inhabitées, des granges ou des combles et pouvant y causer des dégâts matériels. Bien qu’il lui soit reproché de piller les nids, le raton laveur ne semble pas représenter un grand danger pour la diversité des espèces animales indigènes.
    Signaler toute observation faite dans la nature aux autorités.