Le cabillaud MSC de Coop est pêché au large des côtes islandaises.

MSC: le combat des petits poissons

Les Suisses aiment consommer du poisson, et de plus en plus. Pas n’importe quel poisson, mais celui qui est élevé dans des conditions saines, de préférence sous un label. Pas facile d’en trouver.

Marco Märsmann, responsable Achats/Ventes chez Bell Seafood: «La clientèle suisse est très sensible à la question de la durabilité».

Marco Märsmann, responsable Achats/Ventes chez Bell Seafood: «La clientèle suisse est très sensible à la question de la durabilité».
Marco Märsmann, responsable Achats/Ventes chez Bell Seafood: «La clientèle suisse est très sensible à la question de la durabilité».

Pour la plupart des pêcheries européennes, nous sommes des poissons trop petits», constate Marco Märsmann, de Bell Seafood. En disant «nous», cet acheteur de poisson pense aux autres membres de sa profession, les acheteurs suisses de poisson destiné au marché helvétique, en pleine expansion.

Ces acheteurs exigeants veulent des poissons issus de populations en bonne santé, de préférence munis d’un certificat (MSC par exemple) indiquant qu’ils ont été pêchés par une entreprise certifiée durable et satisfaisant aux critères d’une pêche respectueuse des réserves halieutiques, c’est-à-dire non destructrice. La clientèle suisse est à l’avant-garde, «très sensible à l’aspect durabilité», constate l’acheteur, alors que la prise de conscience est récente en Allemagne et quasi inexistante en France. Mais ces deux pays sont loin devant nous en matière de consommation de poisson: près de 16 kg par habitant/an en Allemagne, 35 kg en France. En Suisse, elle n’a atteint que 9,3 kg par habitant en 2011.

Cette position de pionnier, si elle est louable, pose des problèmes d’approvisionnement. Pour proposer du poisson de cette qualité, une entreprise de pêche doit satisfaire aux critères de MSC, le label le plus connu en matière de pêche de poissons sauvages. Or la certification prend du temps et coûte de l’argent. «De nombreuses pêcheries ne s’y intéressent pas, car elles estiment la demande de poisson MSC trop faible au niveau européen. Elles n’ont, au mieux, qu’un sourire condescendant pour les quantités commandées par Bell Seafood. Trouver des partenaires est par conséquent difficile», relève l’acheteur de Bell. Difficile oui, mais pas impossible! Bell Seafood, qui fournit la plus grande partie des produits de la mer vendus par Coop, cherche à obtenir des partenariats commerciaux avec des pêcheries et à maintenir des relations durables avec elles.

«Nous y sommes très bien parvenus pour le carrelet et le cabillaud.» Le carrelet de Coop est pêché dans l’Atlantique Nord par Ekofish, entreprise néerlandaise avec laquelle Bell – donc Coop – travaille depuis 2006. Ekofish, aujourd’hui certifiée MSC, fournit à Coop du poisson MSC. Quant au cabillaud MSC, il vient de populations en bonne santé pêchées au large des côtes de l’Islande, pays qui est également aux avant-postes dans le domaine de la durabilité. Mais ici, un autre problème s’est posé aux acheteurs. «Une grande partie des pêcheries islandaises arrêtent leur activité en juillet-août pour les vacances. Or nous avons besoin de poisson frais plusieurs fois par semaine, en été aussi. Ces problèmes sont résolus car les pêcheurs islandais sortent aussi durant l’été pour fournir la Suisse en cabillaud», explique Marco Märsmann.

«Dans son assortiment, Coop a aussi des espèces comme la lotte, qui figurent sur la liste orange du guide WWF, c’est-à-dire qu’il existe un risque de surpêche, fait remarquer Urs Weingartner de Coop. Ces espèces sont autorisées à la vente mais les entreprises de pêche doivent veiller sur le long terme à exploiter ces stocks de poissons de façon durable et plus respectueuse. Pour ces espèces, Coop renonce aux actions. «Pour rester crédibles, nous renonçons à encourager davantage la vente de ces poissons», annonce Urs Weingartner.

Le résultat de cette politique, c’est que l’assortiment de Coop provient à plus de 98% de ressources halieutiques que le WWF estime capables de supporter les prélèvements effectués. «Toute notre marchandise ne porte pas encore le label MSC, mais nous sommes en bonne voie», se réjouit l’acheteur. Par exemple, même non labellisé, le thon à nageoires jaunes que Coop vend frais à l’étal provient de populations saines des Philippines. «Les pêcheurs de cette région sont en train d’obtenir leur certification MSC avec le soutien de Coop et de Bell Seafood.»

Coop et le WWF favorables à la consommation durable

Mariann Breu est experte en poisson au WWF Suisse.

Mariann Breu est experte en poisson au WWF Suisse.
Mariann Breu est experte en poisson au WWF Suisse.

Coop collabore avec le WWF Seafood Group et a fortement augmenté son assortiment de poissons et fruits de mer de sources durables.

Coop et le WWF favorables à la consommation durable Coop collabore avec le WWF Seafood Group et a fortement augmenté son assortiment de poissons et fruits de mer de sources durables. Coopération. La collaboration avec Coop permet-elle au WWF d’œuvrer plus efficacement?
Mariann Breu. L’impact des activités économiques sur l’environnement est grand. Pour empêcher sa destruction, le WWF veut faire bouger les marchés. Les entreprises comme Coop sont importantes dans le développement de l’offre de poissons et fruits de mer durables. En effet, elles insistent dans leurs demandes de renseignements et donnent ainsi un signal fort sur le marché. Partenaire du Seafood Group, Coop ne vend pas de poissons d’espèces menacées, retire les espèces surpêchées de son assortiment et augmente continuellement sa part de produits de labels recommandés et certifiés par des organismes indépendants, comme le label MSC pour le poisson sauvage ou Bio pour le poisson d’élevage.

Que pensez-vous de l’assortiment poissons/fruits de mer de Coop?
Coop a réussi à être le premier détaillant suisse dont 98% de l’assortiment proviennent de sources durables – des produits soit certifiés, soit issus de sources que le WWF ne classe pas en dessous de jaune (acceptable).

L’engagement de Coop pour le label MSC a-t-il un impact?
Oui. En 2007, en Suisse on a vendu 1400 tonnes de poisson MSC, contre 8500 tonnes en 2011. Le poisson sauvage et des fruits de mer portant le label MSC représentent les deux tiers de l’assortiment de Coop.

Qu’est-ce que le label MSC?

Environ 80% des espèces marines sont surpêchées ou en passe de l’être. Si nous voulons continuer à manger du poisson, nous devons privilégier les labels de pêche durable. Coop, membre fondateur du WWF Seafood Group, s’engage depuis 2007 pour une pêche responsable. Les produits de la mer certifiés MSC (Marine Stewardship Council) sont issus d’une exploitation durable. Chez Coop, 64,8% du poisson sauvage sont MSC et 36,5% des poissons d’élevage sont bio.

www.msc.org
www.coop.ch/poisson
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Yannick Andrea, SP
Publication:
lundi 05.11.2012, 10:53 heure

Publicité