Bio ou pas, on devrait manger au moins une pomme par jour.

Pommes bio: un projet qui a mûri

Coop investit dans des projets en faveur de la biodiversité. Mais tout projet de recherche suscite une question: à quoi peut-il bien servir? Un exemple tiré du rayon des fruits.

Il y a trois ans, on ne donnait pas cher de l’idée émanant du staff de La Salamandre… la revue des curieux de la nature. Cette idée était simple, et calquée sur celle de nos voisins français: proposer, partout sur le territoire – en l’occurrence la Suisse romande – des activités de découverte en pleine nature. Après deux éditions au succès fulgurant, voici se pointer une 3e… qui promet. Entretien.

Franco Weibel.

Franco Weibel.
Franco Weibel.

Trois fois 200 000 francs. C’est la somme investie par Coop depuis 1994 dans un projet de pommes bio. C’était un projet pionnier, «le premier projet bio auquel Coop participait financièrement», déclare Franco Weibel de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique à Frick (FiBL). Il devait contribuer à étoffer l’assortiment de produits frais dans le secteur bio en l’espace de trois ans. Bien que 600 000 francs représentent une belle somme, «pour la recherche en arboriculture, c’est très peu», tempère Franco Weibel. Ce dernier a quand même accepté le projet et la clientèle de Coop peut aujourd’hui en apprécier le résultat: le rayon des fruits présente une grande diversité de pommes cultivées biologiquement.

Franco Weibel a dû faire face a de nombreux problèmes: les pommes bio étaient ridées, elles ne payaient pas de mine. De plus, leur culture n’avait rien d’une sinécure. «En termes de marketing, on n’aurait pu choisir culture plus difficile que celle de la pomme bio», note le spécialiste. C’est que le consommateur n’achète pas simplement des pommes; il achète des goldens delicious, des idared ou des maigold. Lui faire adopter de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies ne va pas de soi. Même les responsables des achats n’en voulaient pas.

Andreas Brüllhardt.

Andreas Brüllhardt.
Andreas Brüllhardt.

«Avec les paysans, nous avons travaillé d’arrache-pied pour obtenir des pommes alléchantes, que les clients achètent par conviction et non par pitié.» L’équipe du FiBL s’est battue à tous les niveaux: protection phytosanitaire, variétés, techniques de culture et conseils aux producteurs. Franco Weibel a même revu de fond en comble le concept de vente des pommes bio. «Il a fallu travailler dur pour convaincre la clientèle, mais le jeu en valait la chandelle.» Aujourd’hui, les pommes bio plutôt sucrées portent une étiquette jaune, les pommes parfumées au goût légèrement acidulé sont signalées par une étiquette rouge et enfin, les variétés plus acidulées sont reconnaissables à leur étiquette verte. Les responsables des achats ont eu tôt fait de commander non pas des goldens delicious, mais des «pommes jaunes», et les grossistes ont fourni des jaunes, qu’il s’agisse de golden delicious ou de variétés bio inconnues comme la resi ou l’ariwa.

Au final, c’est le goût qui compte: doux à sucré dans cet exemple. «Grâce à ce concept, nous avons des pommes toujours plus goûteuses et écologiques dans l’offre de pommes bio», se réjouit Franco Weibel. Pour Andreas Brüllhardt, qui cultive des pommes bio, ce nouveau concept de vente a été une «bénédiction». Contrairement aux producteurs conventionnels, les producteurs de pommes bio doivent souvent essayer de nouvelles variétés robustes, plus résistantes aux parasites et aux maladies. Certes, l’agriculture biologique dispose de méthodes naturelles pour lutter contre les maladies et les parasites, mais elles ne sont pas aussi efficaces que les produits synthétiques chimiques. C’est pour cette raison que le FiBL teste continuellement de nouvelles variétés, dans l’espoir que leurs propriétés feront avancer l’agriculture biologique.

En Suisse, la pomme convoitée est une pomme qui résiste à la tavelure et au feu bactérien. Ces maladies sont très difficiles à vaincre en agriculture biologique. La tavelure ne représente pas un problème sanitaire, mais le handicap visuel est souvent rédhibitoire. Aujourd’hui, 41% des pommiers utilisés en Suisse pour la culture de pommes bio sont résistants à la tavelure. A titre d’essai, Andreas Brüllhardt cultive cette année la ladina. Ce fruit résiste à la tavelure et tolère le feu bactérien. Les prochaines récoltes montreront si cette variété de pomme convient à la grande culture et si elle plaît aux clients. Aujourd’hui, plus besoin du coup de pouce du Fonds pour le développement durable pour procéder à de tels essais. Les pommes bio ont depuis longtemps acquis leur indépendance.

Investir pour l’avenir

Le Fonds Coop pour le développement durable investit chaque année près de 15 millions de francs dans 60 projets.

Créé en 2003 pour les dix ans de Coop Naturaplan, le Fonds Coop pour le développement durable s’appelait à l’origine Fonds Naturaplan. Initialement destiné à la promotion des produits bio par le biais de la recherche et de la sensibilisation du consommateur, son champ d’utilisation a vite été élargi. Le Fonds a ainsi également servi à compenser les émissions de CO2 dues aux transports aériens, aux voyages d’affaires et à coop@home. Il a permis d’encourager l’innovation, en particulier pour étoffer l’assortiment des produits durables.

Chaque année, Coop investit environ 15 millions de francs dans divers projets. Il peut s’agir de questions planétaires, comme la consommation d’eau ou la surpêche, ou régionales, comme la biodiversité en Suisse et l’alimentation. Au fil des ans, plus de cent projets se sont concrétisés, dont: une filière équitable et écologique pour la production de riz en Inde et en Thaïlande, la recherche d’alternatives à la farine de poisson en aquaculture, la promotion de la biodiversité dans les fermes Bourgeon, le bœuf Baltic Grassland Beef, les marchés de plantons, les produits Pro Specie Rara et l’Umwelt Arena (arène de l’environnement) à Spreitenbach (AG).

www.coop.ch/fonds

La couleur vous dit tout

Chaque année, quelque cinquante variétés de pommes trouvent le chemin des rayons de fruits chez Coop. Pas toutes en même temps bien sûr, mais réparties sur l’année, suivant leurs qualités de conservation. Parmi elles, l’écolette, la galiwa, la rewena, la retina ou la tentation. Vous n’en avez jamais entendu parler? Vous n’êtes probablement pas le seul dans ce cas. Coop a donc choisi d’aider le client à faire son choix en fonction du goût recherché: si l’étiquette porte un carré de couleur jaune, la variété est plutôt sucrée. Un carré rouge indique que la variété est parfumée et plutôt acidulée. Enfin, le carré vert caractérise les pommes nettement acidulées.

Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Christof Sonderegger, Fotolia, SP
Publication:
lundi 15.04.2013, 10:19 heure

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