Oltingen, un charmant village de la campagne bâloise. Les pruniers haute-tige contribuent à façonner le paysage.

Pruneau: une bouffée de printemps

Le pruneau de Bâle, ou quetsche de ménage, est de plus en plus rare. Reviendra-t-il en force? C’est au consommateur d’en décider.

Le printemps a enfin fait son apparition dans le Jura tabulaire bâlois. La route semble se perdre dans la vaste étendue de la campagne bâloise. Entre le Schafmatt, Wenslingen et Anwil, la vue plonge soudain vers la cuvette abritant le village d’Oltingen et ses deux mille pruniers haute-tige en fleurs. Il y a dix ans, Jürg Gysin ne donnait pas cher de ces pruniers. «Autrefois, le village vivait du pruneau et pour le pruneau», raconte ce paysan-arboriculteur. Mais depuis une trentaine d’années, la situation du fruit violet s’est sans cesse dégradée. Et pas seulement à Oltigen, coquet village de cinq cents âmes niché au cœur d’un paysage préservé.

Les raisons de ce manque d’intérêt? Tout d’abord, les consommateurs. Ils n’ont soudain plus voulu que de gros pruneaux au détriment des quetsches de ménage bâloises, plus petites mais plus fines. Ensuite, les entreprises de la transformation comme Hero se sont mises à importer. Enfin, la consommation d’eau-de-vie de prune s’est mise à baisser. «Quand le prix du kilo a passé en dessous de la barre de 30 centimes, la limite du supportable a été atteinte, se rappelle Jürg Gysin. Le marché des pruneaux haute-tige s’est peu à peu détérioré: en 2000, on livrait encore 235 tonnes de pruneaux de Bâle à l’industrie alimentaire, 130 tonnes en 2004, puis plus rien.» Les années suivantes, la fédération Fruit-Union Suisse a même fini par renoncer à fixer un prix pour ce fruit.

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Le pruneau de ménage indigène est bien meilleur que le pruneau importé»

Jürg Gysin, paysan-arboriculteur.

Une lueur d’espoir pointe cependant à l’horizon. Aussi fragile que les pétales des fleurs de pruniers d’Oltingen, elle représente néanmoins un réel progrès. L’impulsion est venue de Stephan Durrer, directeur de l’organisation de certification Hautes-Tiges Suisse: «Les distillateurs de spécialités se tournent à nouveau vers le pruneau de ménage indigène, de bien meilleure qualité que le pruneau importé.» Les consommateurs sont aussi arrivés à cette conclusion. Et aujourd’hui, la consommation d’eau-de-vie de prune est en train de prendre l’ascenseur. Mais il n’y a pas que le schnaps: avec les nouvelles tartelettes Posamenter commercialisées chez Coop dans l’assortiment Slow Food, ainsi que les pruneaux secs et les chutneys, les paysans d’Oltingen ont trouvé un nouveau débouché pour leurs pruneaux.

L’avenir est donc prometteur, même si la plus grande percée reste à faire: «Coop a testé divers pruneaux pour le yogourt aux pruneaux et à la cannelle, ainsi que pour un autre type de pâtisserie. Les pruneaux indigènes haute-tige ont terminé largement en tête», se réjouit Stephan Durrer. Le yogourt existe déjà, le biscuit doit être lancé cette année. Une certaine euphorie règne donc ce printemps chez Hautes-Tiges Suisse ainsi que chez Jürg Gysin et ses collègues détenteurs de vergers de pruniers haute-tige: grâce aux nouveaux produits de Coop, leurs pruneaux sont de nouveau recherchés. Les prix sont bien remontés, ce qui rend la culture de ces superbes arbres fruitiers à nouveau rentable.

Quand on se promène parmi les 420 arbres haute-tige de Jürg Gysin, on reste émerveillé: plus de trente espèces d’oiseaux chantent dans son verger, dont des rares comme le rouge-queue à front blanc ou le gobemouche noir. Les vergers haute-tige leur fournissent tout ce qu’il faut pour vivre. Reste à espérer que les arboriculteurs pourront eux aussi entonner bientôt des chants de joie! «Tout dépend des consommateurs, souligne Stephan Durrer. Pourquoi planter de nouveaux arbres ou entretenir les vieux s’il n’y a pas de débouchés assurés pour les fruits?». Il garde toutefois bon espoir: «Les choses pourraient se passer comme pour les pommes!» (voir encadré)

Les hautes-tiges remontent doucement la pente

Réjouissant: les vergers haute-tige connaissent un nouvel essor.

Après de longues décennies, le creux de la vague semble passé. Il y a toujours plus d’arbres fruitiers haute-tige.

A une époque pas si lointaine, on payait des primes pour l’abattage des arbres haute-tige. Bien que cette époque soit révolue, les effectifs de ce type d’arbre fruitier n’ont cessé de diminuer ces vingt dernières années. Et cela malgré les mesures d’encouragement.

Stephan Durrer, directeur de Hautes-Tiges Suisse: «Les pruneaux indigènes haute-tige ont terminé premiers lors des tests de Coop».

Stephan Durrer, directeur de Hautes-Tiges Suisse: «Les pruneaux indigènes haute-tige ont terminé premiers lors des tests de Coop».
Stephan Durrer, directeur de Hautes-Tiges Suisse: «Les pruneaux indigènes haute-tige ont terminé premiers lors des tests de Coop».

«Il semble toutefois que nous ayons aujourd’hui réussi à inverser la tendance», déclare satisfait Stephan Durrer, directeur de Hautes-Tiges Suisse. Et ce dernier d’illustrer ses propos par des chiffres: «De 2010 à 2011, le verger suisse a augmenté de 20 000 unités; on en est à 2 235 000 arbres haute-tige.»

Le directeur attribue cette évolution à l’augmentation de la demande de certains produits. C’est le cas, par exemple, pour le jus de pomme de vergers haute-tige vendu chez Coop. «Quand il y a de la demande, on plante de nouveaux arbres. Coop a participé au financement de 2000 hautes-tiges», rappelle Stephan Durrer.

Journée des arbres fruitiers haute-tige

Le 27 avril, Hautes-Tiges Suisse et l’Association suisse de protection des oiseaux ASPO/BirdLife Suisse vous invitent à fêter la 10e journée nationale des arbres fruitiers haute-tige. Ce 10e anniversaire sera célébré par de nombreuses actions et animations dans toute la Suisse. Le programme de cette journée sur:

www.hochstamm-suisse.ch

Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Marius Born, Fotolia, SP
Publication:
lundi 22.04.2013, 10:12 heure