Les questions de nos lecteurs

Qui, comment, quoi, où? Parmi des centaines de courriers reçus, Coopération a sélectionné les sujets
bio le plus souvent mentionnés par nos lecteurs. Ces questions ont été posées à des experts. Voici leurs réponses.

Les produits bio peuvent-ils me nourrir à part entière ?

Question d’Annemarie Schwarz. Neuenkirch (LU): Une entreprise vendant des compléments alimentaires affirme que même si nous nous nourrissions uniquement de produits bio, le corps manquerait de vitamines, de sels minéraux et d’oligo-éléments, les sols étant tous épuisés par la pollution environnementale globale. Est-ce exact?

Réponse de Regula Bickel, responsable denrées alimentaires, FiBL: De par la planification minutieuse des assolements à l’aide d’engrais verts et organiques, les sols des exploitations bio sont suffisamment approvisionnés en substances nutritives. Les produits bio contiennent par conséquent assez de vitamines, sels minéraux et oligo-éléments. Avec une alimentation équilibrée, c’est-à-dire beaucoup de fruits et de légumes, peu de douceurs, de salés et d’alcool, notre corps s’en sort parfaitement sans aucun complément alimentaire. Les vitamines, sels minéraux et oligo-éléments naturellement présents dans les aliments sont fondamentalement mieux assimilés par le corps que ceux fabriqués artificiellement et ingurgités sous forme de pastilles. La nature sait ce qui est bon pour nous!

Des vaches bio sans cornes?

Question de Lucie Schoenenberger, Rietheim (AG): Est-il vrai que des vaches (bêtes à cornes) écornées donnent du lait bio?

Réponse de Magdalena Blonkiewicz, cheffe de produits lait et œufs, Bio Suisse : Bio Suisse salue l’élevage de vaches cornées. Les cornes sont importantes pour le comportement social, l’ordre hiérarchique et les soins corporels. En même temps, nous sommes conscients que de nombreux paysans bio font écorner leurs veaux pour éviter que les bêtes ne se blessent entre elles ou écorchent les personnes qui s’en occupent. Les vaches à cornes requièrent de plus grandes étables, chose que toutes les exploitations ne peuvent pas se permettre, principalement pour des raisons financières. Sur la question «avec ou sans cornes», les avis sont partagés parmi nos paysans bio. Or au sein d’une association démocratique comme Bio Suisse, des interdictions ne pourraient être décrétées dans ce domaine spécialisé que si une majorité le décidait. En ce qui concerne la qualité bio du lait, il n’est pas prouvé que l’écornage ait une influence sur le goût et les composants de l’élément lacté. Ce sont surtout les différents processus de transformation – réglés par des prescriptions très sévères – qui sont déterminants. La haute pasteurisation du lait, par exemple, est totalement interdite pour le lait au Bourgeon.

Le bio peut-il nourrir la planète ?

Question d’Annette Ramp, Bâle (BS): Comment Coop veut-elle nourrir le monde avec des produits bio? Ou: le bio peut-il nourrir la planète?

Réponse de Lukas Kilcher, responsable communication, FiBL: Il est exact que sous nos latitudes tempérées, le rendement par unité de surface des cultures biologiques est généralement inférieur à celui des cultures conventionnelles. Des chiffres vérifiés font encore défaut pour les régions subtropicales et tropicales. Les premières études montrent néanmoins que dans ces zones, et suivant ce que l’on y cultive, le rendement des cultures bio est approchant le même que celui des cultures conventionnelles. Les rendements bio peuvent toutefois être sujets à de plus grandes fluctuations parce que les paysans les plus pauvres doivent composer avec des engrais et des produits phytosanitaires en moins grande quantité et qui agissent aussi plus lentement. Pourtant, pour ces paysans surtout, la culture bio est une forme d’agriculture très sensée car elle stimule la fertilité du sol. Le fait est cependant aussi qu’elle représente actuellement moins d’un pour cent de toutes les surfaces agraires exploitées dans le monde. Or de nombreux paysans de régions pauvres doivent obtenir le meilleur rendement possible avec le peu de terres qu’ils possèdent – que ce soit pour leur propre consommation ou pour la vente sur le marché. Parallèlement, les matières premières diminuent et enchérissent constamment. Ce qu’il faut par conséquent c’est une «intensification écologique» telle que la prône l’agriculture biologique. Concrètement : l’agriculture repose sur des ressources locales et des connaissances librement accessibles ; les paysans bio transforment des matières premières naturelles de biomasse telles qu’engrais animaux et restes de récoltes en engrais de grande qualité ; ils tentent d’éviter des maladies et des nuisibles au moyen d’espèces et de races résistantes et en diversifiant les systèmes de culture. L’objectif de l’agriculture bio est donc de produire de bonnes récoltes et des aliments de grande valeur avec des moyens propres aux exploitations agricoles. Cela mène également à un moindre endettement des paysans et à une diminution des émissions de gaz à effet de serre dans l’agriculture.

Huile de palme dans des produits bio?

Question de Werner Siegenthaler, Neuenegg (BE): Pourquoi Coop vend-elle des biscuits bio contenant de l’huile de palme ? Rien que la fabrication controversée de cette huile, à laquelle s’ajoute le transport depuis le Brésil ou l’Asie font qu’elle ne colle pas vraiment au thème durabilité/bio.

Réponse de Claudia Staub, responsable de projets développement durable, Coop : Coop est consciente que l’huile de palme est pour le moins controversée, sa production occasionnant beaucoup de dégâts et les chaînes de valeur ajoutée n’étant pas toujours transparentes, raison pour laquelle des irrégularités peuvent se faire jour. Au cours de ces dernières années, le fait de renoncer à l’utilisation de graisses hydrogénées a, d’une part, créé le besoin de trouver des produits de substitution. D’autre part, le besoin mondial en calories a augmenté et avec lui aussi les graisses. L’huile de palme est la plus appropriée pour couvrir la demande accrue en graisses non-hydrogénées. Elle offre de loin la plus grande rentabilité par surface cultivée, ce qui diminue le besoin de terre arables. De par son engagement, Coop faire en sorte que la situation s’améliore réellement. Raison pour laquelle Coop veut couvrir, au plus tard d’ici fin 2013, le 80 pour cent de ses besoins pour les produits de ses marques propres avec de l’huile de palme produite de manière durable. Cela signifie, par exemple, que cette huile ne provienne jamais de surfaces créées par le défrichement d’une forêt vierge. En ce qui concerne les produit bio de Coop Naturaplan : dans ce domaine, Coop veille non seulement à ce que toutes les matières premières et tous les ingrédients soient produits selon les directives strictes du Bourgeon de Bio Suisse mais aussi qu’ils aient les meilleures propriétés culinaires. C’est ainsi que les biscuits Naturaplan, par exemple, sont majoritairement fabriqués avec de la graisse de palme étant donné que c’est la matière qui s’y prête le mieux. Mais d’autres raisons justifient aussi l’utilisation de graisse et/ou d’huile de palme. Elle sert notamment (comme mentionné plus haut) de substitut de graisses hydrogénées auxquelles Coop renonce pour des raisons de santé mais aussi de produit de remplacement de graisses animales que Coop n’utilise pas non plus, en partie par égard pour les végétariens et végétaliens. De plus, la production d’huile de palme constitue une importante source de revenus pour les pays de l’hémisphère sud. L’huile de palme est en outre transportée par voie maritime, ce qui dans le cadre de l’écobilan global est presque négligeable. Comparativement, la production de graisses animales pèse plus lourd dans la balance.

Comment le bétail est-il transporté et abattu?

Question de Rita Mathys. Jegenstorf (BE): Est-il exact que l’on épargne aux animaux bio un long transport stressant jusqu’à l’abattoir et qu’ils sont tués le moins douloureusement possible?

Réponse de Michèle Hürner, cheffe de produit viande, volaille, poisson, Bio Suisse: Les animaux au Bourgeon sont effectivement transportés le moins possible. Celui qui mandate un tiers de transporter les animaux – que ce soit l’éleveur au Bourgeon ou le détenteur d’une licence au Bourgeon – doit s’assurer que les directives de la protection Suisse des Animaux PSA sont intégralement respectées. Bio Suisse charge la STS de procéder à des contrôles ponctuels. Le transporteur mandaté fixe le jour et l’heure de livraison avec l’abattoir, de manière à éviter de longues attentes. Lors de l’arrivée à l’abattoir, les personnes responsables veillent à ce que les animaux soient le moins stressés possibles. Ils sont en outre étourdis avant abattage. Toutes les méthodes d’étourdissement admises en Suisse le sont également par Bio Suisse pour les animaux au Bourgeon.