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Lea écrit la traduction d’une phrase de base, du suisse allemand à l’allemand. Les autres élèves voient l’image de l’écran projetée au mur.


Exercice de décodage: «Hoi zäme», «Hallo zusammen», Salut à tous…

Le «Schwyzerdütsch» à Genève

Depuis l’été, 958 adolescents genevois s’initient aux dialectes et aux cultures suisses alémaniques. Leurs enseignants ont dû s’y mettre aussi. Visite dans une classe d’élèves enthousiastes, et interviews croisées.

Quand deux élèves jouent en suisse allemand le rôle d’une coiffeuse et de sa cliente future mariée, le résultat est explosif!

Quand deux élèves jouent en suisse allemand le rôle d’une coiffeuse et de sa cliente future mariée, le résultat est explosif!
Quand deux élèves jouent en suisse allemand le rôle d’une coiffeuse et de sa cliente future mariée, le résultat est explosif!

Devant leurs camarades, deux adolescentes se lancent dans un sketch en suisse allemand. Cette scène ne se déroule ni à Zurich ni à Berne, mais à Genève, plus précisément à Conches, dans une classe du collège de la Florence. Une élève joue le rôle d’une coiffeuse, l’autre celui d’une future mariée. L’assemblée applaudit, hilare…

Cette sensibilisation au suisse allemand est un ajout à l’enseignement de l’allemand dans le canton de Genève. Elle a débuté cet été dans les classes de 10e  année des collèges du cycle d’orientation, section langues vivantes. Bonne ou mauvaise idée? Les avis sont contrastés (lire les interviews en pages suivantes). Car le débat sur l’utilisation des dialectes est passionnel.


Sur Genève, ce défi s’adresse aux élèves, mais aussi à leurs enseignants
– tous ne maîtrisant pas forcément le suisse allemand. Pour se préparer, ils ont reçu du matériel pédagogique, avec des séquences audio, et ils ont pu suivre un séminaire de formation continue sur les différences culturelles entre les régions de Suisse. Au collège de la Florence, l’enseignante qui donne le cours auquel nous assistons a l’avantage d’avoir grandi à Lucerne. Ursula Brina a l’habitude de diviser la période en trois: une partie est consacrée à l’expression écrite, une autre à l’expression orale en allemand et une troisième au suisse allemand, aussi bien au niveau linguistique que sur le plan culturel. «J’étais un peu mitigée quand j’ai appris qu’on devait enseigner le suisse allemand aux élèves. Je suis épatée: ils trouvent que c’est amusant», observe l’enseignante. Les jeunes confirment. Ils évoquent leurs craintes du début – «on était un peu choqués» – effacées par la variété des leçons et le plaisir qu’ils ont à monter des sketches. Ils relèvent que des bases de suisse allemand pourraient les aider dans leurs parcours.

Lors d’une sortie scolaire, les Genevois ont visité le Marché aux oignons de Berne. «On a essayé de demander aux gens comment ça va, où trouver telle ou telle chose, ils étaient sympas», raconte Gabriela. Les barrières entre Suisse romande et Suisse allemande ne leur disent rien. «C’est quoi?», demandent-ils. «Ces jeunes n’ont pas de préjugés, c’est peut-être grâce au mélange extraordinaire d’origines qu’il y a sur Genève», analyse Ursula Brina.

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Grüezi est l’un des mots préférés des élèves»

Les mots préférés des élèves? «Grüezi» remporte la plupart des suffrages. Lea sourit et indique qu’une phrase la fait marrer, chan ich ihne helfe?, c’est-à-dire est-ce que je peux vous aider? La leçon se poursuit avec des astuces de compréhension entre bon allemand et dialecte. Chacun s’y met: «Les lettres ei deviennent ii, st devient scht.» Deux élèves présentent un exposé sur la ville de Zurich, en Hoch-deutsch. La sonnerie va retentir. «Comment dit-on au revoir?» Les réponses fusent, avec des accents en tous genres. Les élèves poursuivront cet apprentissage l’an prochain, pour leur dernière année de cycle d’orientation.


Lisa, 12 ans:
«Comprendre un peu le dialecte pour ne pas être totalement perdu, c’est bien!»

Lea, 13 ans:
«Ce n’est pas si difficile, c’est un peu comme l’allemand, en un peu plus brusque.»

Gabriela, 13 ans:
«Les cours sont amusants et, en même temps, on apprend plein de choses.»

Cyprien, 13 ans:
«Au début on se dit que ça va être nul et qu’on va s’ennuyer, mais en fait pas du tout.»

Elsa, 13 ans:
«Le suisse allemand me sera utile. Mais j’aurais aimé qu’on nous demande si on veut en faire ou pas.»

Cristina, 14 ans:
«Une nouvelle langue, même juste pour s’y essayer, c’est intéressant.»

Selena, 13 ans:
«J’ai d’abord pensé que ce serait une perte de temps. Finalement, j’apprécie d’avoir des bases.»

Cat-Vi, 13 ans:
«Si un jour je fais des études en Suisse alémanique, le dialecte me sera utile, mais pas à Genève.»

Oui au suisse allemand: Laurent Droz

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Il existe des clés pour décoder les dialectes assez facilement»

Laurent Droz (41 ans), de Penthéréaz (VD). Enseignant au gymnase, il a grandi en Suisse romande en parlant le suisse allemand à la maison. Il a traduit et adapté «Hoi! Et après… Manuel de survie en suisse allemand» (Editions Bergli).

Coopération. Votre réaction sur les cours d’initiation aux dialectes alémaniques du côté genevois?
Laurent Droz. Tout ce qui peut favoriser le dialogue et la découverte de l’autre – ou de ce que l’on croit être l’autre – est pour moi très positif. Je trouve que c’est une bonne idée, l’occasion de démystifier. Mais je m’interroge en même temps sur la pratique. Ce ne doit pas être facile pour des enseignants qui ne maîtrisent pas forcément le suisse allemand. Pour mettre à l’aise les élèves, il faut qu’ils le soient eux-mêmes.

Le suisse allemand a-t-il meilleure cote qu’il y a quelques années?
Oui, j’ai l’impression. Swatch a publié son rapport annuel en suisse allemand, c’est incroyable! On est davantage dans l’affirmation du suisse allemand comme une langue qui peut se parler et s’écrire qu’il y a quelques années. Il y a d’ailleurs plus d’émissions en dialectes à la radio et à la télé. Je pense que les e-mails et les SMS y sont pour quelque chose, tout comme la mobilité, des deux côtés du «Röstigraben» me semble-t-il. Cela dit, ce n’est pas la grande mode non plus. Je propose chaque année des cours facultatifs de suisse allemand dans le gymnase où j’enseigne et les amateurs ne sont jamais très nombreux.

Que dire à ceux qui sont irrités par la mise en avant du suisse allemand au détriment de l’allemand?
C’est clair que c’est très bien qu’il y ait l’allemand comme langue étrangère que l’on apprend à l’école. Le suisse allemand est une langue de communication. La frontière entre les deux n’est pas si grande. Avec de bonnes bases d’allemand et des clés pour décoder les dialectes, l’accès à la compréhension peut se faire assez facilement. Dans la pratique, entre Romands et Alémaniques, essayons de discuter et de trouver comment dialoguer au mieux, si possible en allemand/français, en allemand/suisse allemand plutôt qu’en anglais.    joc

Non au suisse allemand: José Ribeaud

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L’initiative genevoise est calamiteuse. C’est une offense envers nos cousins de Suisse italienne»

Né à Cœuve (JU) en 1935, José Ribeaud a été rédacteur et présentateur du Téléjournal et rédacteur en chef de «La Liberté». Il vit depuis six ans à Berlin d’où il observe la vie publique suisse. Son dernier essai «La Suisse plurilingue se déglingue» paraîtra en allemand chez Nagel & Kimche. Il écrit un blog sur le site de «Coopération»: www.cooperation-online.ch/berlin

Coopération. Pourquoi êtes-vous pour le maintien de l’enseignement du bon allemand dans les écoles de Suisse romande?
José Ribeaud. Parce que c’est la langue maternelle parlée et écrite de cent millions de locuteurs. Et parce que les Alémaniques font partie de l’aire linguistique germanophone. Tous les grands écrivains alémaniques, de Gottfried Keller à Adolf Muschg en passant par Dürrenmatt, Frisch et Robert Walser, ont apporté une contribution remarquable à la littérature allemande. Peter Bichsel dit qu’il est écrivain allemand et citoyen suisse. Le grand-père de Christoph Blocher, le pasteur Eduard Blocher prétendait que la Suisse alémanique était une province culturelle allemande. Il exagérait car il était un germanophile fanatique. Aujourd’hui, la droite populiste et nationaliste élève un mur d’incommunicabilité avec l’Allemagne par un usage exagéré du dialecte. Une manière d’exprimer son aversion pour langue allemande et un rejet d’ouverture à l’Europe.

Les recettes pour une meilleure compréhension linguistique entre Suisses romands et alémaniques?
Que les Alémaniques réservent l’usage du «Schwyzertüütsch» à la sphère privée. Qu’ils s’expriment en bon allemand qu’ils prétendent savoir et que les enfants romands apprennent toujours plus tôt et toujours mieux, quand ils sont en présence d’«étrangers», nous compris. A commencer par les émissions d’informations et la météo à la radio-télévision alémanique. L’initiative genevoise d’apprentissage d’une version bâtarde du «Schwyzertüütsch» est calamiteuse car elle autorise les Alémaniques à renoncer au bon allemand qu’ils détestent et au français qu’ils méprisent. Et qu’ils relèguent en fin de scolarité obligatoire, comme à Zurich. Ce masochisme genevois est une offense et une trahison envers nos cousins de Suisse italienne dont nous négligeons la langue qui véhicule une des plus prestigieuses cultures européennes.

Les Suisses alémaniques se convertiront-ils un jour à la pratique orale du «Hochdeutsch» à large échelle?
Aucune chance. Depuis quarante ans, la Suisse quadrilingue se déglingue. Son déclin s’accélère même. Quand nous serons contraints de parler un «Schwyzertüütsch» dénaturé ou un anglais primitif avec nos compatriotes alémaniques, une des plus précieuses conquêtes de la Suisse moderne sera définitivement morte. En se mutilant, la Suisse se sera appauvrie et enlaidie.         dw

Le «TJ» dans la langue du voisin

Ce jeudi 21 mars à 19 h 30, les téléspectateurs romands découvriront un «TJ» inédit. Le journaliste Urs Gredig, l’actuel présentateur de la «Tagesschau» de la télévision alémanique (Schweizer Radio und Fernsehen – SRF), prendra la place de notre Darius Rochebin national et proposera aux Romands, depuis les studios genevois de la RTS, un journal entièrement réalisé par des journalistes alémaniques et présenté en français par leurs soins.

Simultanément, le présentateur de la RTS Olivier Dominik s’adressera aux téléspectateurs alémaniques en allemand, depuis Zurich, pour leur servir les sujets du jour choisis par les journalistes romands, dans la langue de Goethe. Au total, une vingtaine de collaborateurs des deux chaînes échangeront ainsi leur poste, l’espace d’un téléjournal. A l’origine de la démarche, Bernard Rappaz, rédacteur en chef de l’actualité TV de la RTS. «Je cherchais depuis un certain temps une idée permettant de capter le regard des Alémaniques sur la Romandie», explique-t-il. Et de poursuivre: «L’idée a tout de suite plu à nos collègues zurichois!» Reste à voir comment le public réagira à cet audacieux pari.             td

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 18.03.2013, 17:03 heure

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