Charger la remorque et pédaler jusqu’au domicile du client: c’est ce que fait Daniel Hess cinq jours par semaine. Par tous les temps.

Achats: les commis sur le vélo

Le service de livraison à domicile à vélo, à Berthoud, ouvre des perspectives aux chômeurs. Les clients de Coop peuvent faire leurs achats en toute décontraction.

Daniel Hess pénètre avec entrain dans la tente du garage à vélos de Berthoud (BE). C’est ici que les pendulaires garent leurs bicyclettes. C’est également ici que se trouve le centre logistique du service de livraison à domicile à vélo. Les sacs remplis de commissions attendent sur des étagères. Tous les quarts d’heure, un cyclo-livreur part les chercher chez les grands distributeurs de Berthoud.

Daniel Hess zieute les inscriptions posées sur les cabas, à la recherche des adresses qui se trouvent dans son rayon de livraison. Ensuite, il charge sa remorque à ras bord. Le livreur montre une photo d’une remorque archichargée. Son record. Il n’est plus parvenu à aller au-delà: «J’aurais dû faire trois voyages, mais il était 17 h 45 et je voulais m’arrêter après cette tournée.» A 18 h, Daniel Hess termine son service, commencé à 9 h. Sur le papier. «La plupart du temps, j’arrive à 8 h 30. Il y a toujours quelque chose à faire.»

A présent, la remorque est chargée. La marchandise est emballée de façon étanche. Pas le cycliste, qui doit affronter la pluie d’été. Il n’en a cure: «Tout vaut mieux que de rester à la maison à se tourner les pouces.» Il met son vélo électrique en marche. Départ pour la tournée. Daniel Hess travaille «depuis deux hivers» auprès du service de livraison à domicile. Employé de commerce de formation, il a été au chômage deux ans et demi. «Dans ma première entreprise, ils m’ont licencié avec quarante collaborateurs. J’ai ensuite été engagé par un géant de la chimie, au service de la logistique. Mais là aussi, ils ont licencié six à huit personnes pour les remplacer d’un jour à l’autre par six temporaires», explique-t-il en secouant la tête.

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«Tout vaut mieux que de rester à la maison à se tourner les pouces»»

Daniel Hess, cyclolivreur

Mais quand il enfourche son vélo, Daniel n’a plus le temps de ressasser. Les jours chargés, il effectue plus de cinquante livraisons. «Il y a juste un truc qui m’énerve. C’est quand il faut livrer deux ou trois fois à un endroit qu’on vient de quitter.»

Les courses sont livrées à Berthoud et dans un rayon de 5 km. Daniel Hess parcourt parfois 100 km par jour. Une dépense physique énorme, malgré l’assistance du moteur électrique. Un moteur qui n’aide que jusqu’au domicile du client, car c’est à la force des bras que les cyclolivreurs portent les cabas à l’intérieur. Et cela vaut aussi pour les deux femmes de cette équipe de dix personnes.

Le tarif de base de 3 francs couvre les livraisons jusqu’à 20 kilos. Mais après s’être coltiné le transport, les livreurs serrent souvent des mains reconnaissantes. «J’apprécie tout ce qui tombe dans le porte-monnaie», se réjouit Daniel Hess. Sinon, pour son travail, il ne touche qu’un supplément d’intégration qui vient s’ajouter à l’aide sociale. Cet ex-joueur de hockey sur glace est en pleine forme grâce à tous ces kilomètres à vélo. Il est fier de n’être tombé ni dans l’alcool ni la drogue, malgré ses problèmes. «Ma copine est aussi contente! Mais elle l’est encore plus de me voir rentrer entier.»  

Notre cyclolivreur n’a jamais eu d’accident pendant son travail. «J’ai pris une gamelle une fois, mais c’était en privé.» En privé? Il n’en a donc pas marre de faire du vélo… après cinq jours de vélo? «Oui, mais une voiture, ce n’est tout simplement pas possible.»

Daniel Hess aime son job, mais il préférerait retrouver du travail dans le domaine de la logistique. Il continue donc d’envoyer des candidatures, même si, jusqu’ici, ni un service officiel ni la Fondation Intact ne lui ont proposé un emploi qui lui convienne. Mais il n’abandonne pas et continue ses livraisons. Il se sent bien dans ce service de livraison et entretient de bons contacts avec l’équipe. Toutefois, le soir, il se dépêche de rentrer: «Les autres vont volontiers boire un verre, pas moi, je préfère rejoindre ma chérie.»

Une chance de réintégration sociale et professionnelle

Le service de livraison à domicile à vélo est un succès. Le projet intéresse même à l’étranger, selon Martin Wälti, son créateur.

Martin Wälti, membre de direction de la Fondation Intact de Berthoud.

Martin Wälti, membre de direction de la Fondation Intact de Berthoud.
Martin Wälti, membre de direction de la Fondation Intact de Berthoud.

Coopération. Quel est le but de ce service de livraison?
Martin Wälti. Le service offre du travail à des personnes défavorisées et une chance de réintégration sociale et professionnelle. Nous employons des personnes qui ont atterri à l’aide sociale après une longue période de chômage.

Quelle en est l’utilité pour les clients?
C’est de faire leurs courses sans avoir rien à porter! Notre service contribue aussi à la réduction du trafic routier. Une étude a montré qu’auparavant, 21% de nos clients prenaient leur voiture pour faire les courses.
En outre, notre service est un argument pour le marketing de la ville, dont les citoyens peuvent profiter un petit peu de leurs impôts.

Quelles sont les villes qui offrent un pareil service?
Ce service a été créé à Berthoud en 1997 et a essaimé depuis dans plus de dix villes. La bonne collaboration avec de grands distributeurs comme Coop facilite le développement d’un tel projet. Par ailleurs, des groupes viennent sans cesse de Suisse et de l’étranger pour étudier le succès de notre service à Berthoud.
 lien (en allemand)
www.stiftung-intact.ch

Plus d'infos sur la page Internet de Stiftung Intact (en allemand)

Coop soutient les livraisons à vélo

La plupart des Suisses prennent la voiture pour aller faire leurs courses. On pourrait pourtant faire ses achats en étant plus favorable au climat: à pied, à vélo ou avec les transports publics. Coop favorise cette mobilité douce, en exploitant un réseau très dense de points de vente. D’autre part, elle applique plusieurs mesures du programme de «SuisseEnergie». Une de ces mesures est la promotion de services locaux de livraison à domicile à vélo, qui ont également une utilité sociale en employant des chômeurs de longue durée. Coop collabore avec succès avec de tels services à Berthoud, Zurich et dans d’autres communes. D’autres collaborations sont prévues à Bâle. Les magasins Coop avec service de livraison disposent d’un centre de prise en charge et d’un dépôt intermédiaire pour les courses à transporter.

Aperçu du service de livraison à vélo en Suisse romande

Aperçu du service de livraison à vélo avec la collaboration de Coop
Olivier Joliat

Rédacteur

Photo:
Pesche Mosimann
Publication:
lundi 20.08.2012, 12:08 heure

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