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Chez Gump- und Drahtesel, Jean s’est découvert une vocation, et les vélos qu’il répare se révèlent très utiles en Afrique.

Recyclage: vélos suisses pour l’Afrique

L’Afrique a aussi besoin de vélos. Un projet suisse d’entraide, qui combine judicieusement un programme d’insertion et la coopération au développement, répond à cette nécessité.

Matthias Maurer, Projet «Vélos pour l’Afrique»: «Nos vélos recyclés sont qualitativement meilleurs».

Matthias Maurer, Projet «Vélos pour l’Afrique»: «Nos vélos recyclés sont qualitativement meilleurs».
Matthias Maurer, Projet «Vélos pour l’Afrique»: «Nos vélos recyclés sont qualitativement meilleurs».

Jean est Parisien. Aujourd’hui âgé de 52 ans, il vit en Suisse depuis l’âge de 12 ans. Son job? Disons que ce qu’il fabrique est utilisé en Afrique et qu’il se trouve au début d’une chaîne résolument internationale. Or, qui dit chaîne dit vélo!

En Suisse, il se vend chaque année 350 000 nouvelles bicyclettes, ce qui rend superflus de nombreux vieux vélos. Souvent encore en parfait état, ils pourraient rendre d’excellents services ailleurs. C’est justement là qu’intervient le projet «Vélos pour l’Afrique», lancé en 1993. «Nous collectons les vélos, les faisons remettre en état et les envoyons en Afrique où ils sont revendus», nous précise  Matthias Maurer, de la société bernoise de recyclage de vélos «Gump- und Drahtesel». Son entreprise combine habilement l’aide au développement et un projet d’insertion socioprofessionnelle en Suisse.

Des demandeurs d’emploi, des jeunes à la rue ou des employés aux capacités limitées remettent les vieilles bécanes en état de marche. L’assurance chômage, les offices des affaires sociales et diverses autres institutions sociales ne peuvent que se réjouir de pouvoir envoyer des gens dans un program-me d’occupation, où ils participent au rythme de travail quotidien. Ces offices et institutions prennent en charge le paiement des salaires. Les participants restent en règle générale trois mois et près d’un tiers d’entre eux trouvent un nouvel emploi durant cette période. Revenons à Jean. Il est inscrit à l’ORP (Office régional de placement) et son travail dans l’entreprise a déjà porté des fruits. En effet, même s’il n’a pas encore d’emploi en vue, il a eu une... «révélation»: «Je veux à coup sûr faire quelque chose qui est lié aux vélos», lance-t-il. Jean a travaillé presque toute sa vie comme aide-cuisinier, mais à présent, il a découvert le monde de la bicyclette. Et il a de bonnes chances de réaliser son projet, comme en témoigne Matthias Maurer: «Certains participants à nos programmes gèrent aujourd’hui leur propre magasin de vélos.»

Matthias Maurer souligne que dans les pays d’Afrique, la demande de vélos suisses reste importante. L’année passée, environ 20 000 vélos ont été récoltés, dont 13 000 (exactement 13 043) ont rejoint des pays du Sud comme le Ghana, la Tanzanie, l’Erythrée, le Burkina Faso, la Gambie et la Côte d’Ivoire. Les autres ont été démontés et servent de stock de pièces de rechange. «De nouvelles commandes nous parvien-nent continuellement, se réjouit Matthias Maurer. Il y a peu, nous avons fêté notre 100 000e bécane.» «Vélos pour l’Afrique» a pourtant connu une petite baisse des commandes en 2005, quand les Chinois ont inondé les marchés et vendu leurs vélos au même prix que les vélos suisses recyclés. Mais ce passage à vide n’a été que très passager, comme l’explique Matthias Maurer: «Quand les premières pédales en plastique se sont cassées, les gens ont rapidement saisi que la qualité de nos vélos recyclés était bien meilleure!»

Etant donné que les vélos sont en état de rouler, l’organisme suisse d’entraide ne risque pas d’être accusé d’éliminer abusivement des vieux métaux dans des pays africains. Il n’y a pas d’industrie locale dans ce domaine, si bien que Jean et les 110 autres employés de Gump- und Draht-esel peuvent continuer à réparer des vélos pour l’Afrique dans le cadre de leur projet d’insertion.

Les personnes qui participent à ces programmes acquièrent une meilleure qualification professionnelle et bénéficient en outre d’une aide dans la recherche d’un emploi ainsi que d’un soutien dans le domaine privé. En effet, bon nombre d’entre eux sont endettés, vivent peut-être un divorce ou éprouvent de la peine à gérer leur situation. «Et surtout, nous leur donnons une journée structurée qui débute le matin, les occupe et les laisse le soir avec une saine fatigue», conclut Matthias Maurer.

Informations: 031 979 70 51

www.velospourlafrique.ch

Au travail, au marché, à l’école en vélo

Michel Ducommun met l’accent sur la durabilité du projet.

Michel Ducommun met l’accent sur la durabilité du projet.
Michel Ducommun met l’accent sur la durabilité du projet.

Des vélos en fin de vie sont remis en état en Suisse et vendus en Afrique entre 50 et 100 francs. Ils y facilitent la vie des commerçants et surtout des femmes, à l’exemple de l’Erythréenne Alganesh Kidane. Depuis qu’elle a acheté un vélo suisse recyclé chez un commerçant local, les 20 kilomètres qui la séparent de son lieu de travail sont devenus une balade. «Avant, je devais faire ces 20 kilomètres à pied. En outre, ma fille utilise le vélo pour aller à l’école, faire des courses et chercher le bois de feu.»

Le projet d’entraide «Vélos pour l’Afrique» vend des vélos recyclés à des marchands et à des organisations sociales locales, qui assument le financement de leur transport maritime, puis de leur acheminement jusqu’à leur destination. Le bénéfice dégagé sert à financer des programmes sociaux (formation scolaire, formation extrascolaire et promotion féminine) et le développement des structures de distribution (nouveaux points de vente et ateliers de réparation). «C’est à cette condition seulement que toute l’opération devient vraiment durable», explique Michel Ducommun, qui accompagne le développement de structures locales en Afrique.

www.velospourlafrique.ch

Pièces de rechange gratuites

Coop soutient «Vélos pour l’Afrique», tout comme les CFF. Coop brico+loisirs met gratuitement des pièces de rechange à la disposition de l’entreprise de recyclage de vélos Gump- und Drahtesel et les CFF transportent gratuitement les vieux vélos jusqu’aux ateliers. Vous pouvez vous aussi vous associer à ce mouvement d’entraide en offrant votre vélo inutilisé. Ces vélos sont pris en charge dans de nombreux centres de collecte et dans toutes les gares disposant d’un service des bagages. Mais attention: pour que le transport soit gratuit, il faut un bon de transport.

Celui-ci peut être commandé par téléphone ou par Internet:

www.velospourlafrique.ch
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Philipp Zinniker, SP
Publication:
lundi 08.10.2012, 11:27 heure

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