On rassemble du vieux papier, qu’on trie en partie à la main et en partie à la machine.

Vieux papier: une matière précieuse

Aujourd’hui le papier journal se compose jusqu’à 100% de papier recyclé. Une matière première de valeur. Visite dans une usine de recyclage.

Le camion recule et s’arrête. Le chauffeur abaisse la rampe du conteneur. Un coup d’œil suffit: «Mauvaise marchandise», commente Alain Probst, responsable Prestations de l’usine de papier d’Utzenstorf (BE). Un examen plus attentif des tonnes de vieux papier déchargées du camion confirme cette première impression: «Beaucoup de cartons, des emballages de produits congelés, des plastiques, des sacs en papier, rien d’utilisable pour la fabrication de papier.» Le camion vient manifestement d’une commune qui collecte le carton et le papier ensemble.

La livraison est tout de même bienvenue. Le responsable doit bien l’admettre: aucun vieux papier n’est pire qu’un mauvais vieux papier. La matière première est précieuse, car c’est le matériau de base du papier neuf. Le papier sur lequel est imprimé le Coopération que vous êtes en train de lire est peut-être déjà passé entre vos mains, sous la forme d’un quotidien, d’une brochure publicitaire, d’une enveloppe ou d’une facture.

Actuellement un journal à base de papier recyclé de Utzenstorf Papier est constitué en moyenne de 94% de vieux papier, certains même de 100%. Le vieux papier a donc une réelle valeur. Il constitue même le plus gros poste des dépenses de l’usine de papier. Cependant, la rémunération du vieux papier dépend de sa qualité.

on mélange le vieux papier avec de l’eau pour lui enlever ses impuretés. Cette masse est pressée et se retransforme en papier.

En ce qui concerne la livraison citée plus haut, le prix sera assez bas. C’est simple: à mauvaise marchandise, mauvais prix. Les déchets d’imprimerie sont payés plus cher: ils sont de meilleure qualité, car moins sales et à plus grande proportion de papier blanc.

Pour fabriquer du papier journal neuf, on mélange cinq parts de vieux papier ménager et une part de vieux papier d’imprimerie. On y ajoute environ 6% de bois. Les proportions du mélange dépendent de la qualité et de la couleur désirées par le client: plus le papier doit être blanc, plus il faut ajouter de vieux papier propre, et donc cher. Pour produire du papier neuf à partir de vieux papier, on doit trier et nettoyer ce dernier selon un processus coûteux. Un premier tri est effectué mécaniquement à l’aide d’un tamis vibrant et à la main. Ce qui ne peut pas être utilisé pour la production de papier neuf est mis au rebut. Parmi les déchets, on trouve des ficelles et des cartons, mais aussi des touches d’ordinateur, des boîtes de conserve, des bouteilles de vin et des morceaux de plastique… «On a du mal à imaginer ce que les gens peuvent jeter avec leur vieux papier», commente Alain Probst. Rien que les déchets électroniques retirés des 260 000 tonnes de vieux papier pèsent une tonne à la fin de l’année.

«

On a du mal à imaginer ce que les gens peuvent mettre avec leur vieux papier»

Alain Probst, responsable Prestations de l’usine de papier d’Utzenstorf (BE)

On mélange ensuite le vieux papier avec de l’eau. Cette masse épaisse va passer par plusieurs étapes de nettoyage au cours desquelles seront éliminés agrafes, trombones et éléments de plastique, et finalement l’encre d’imprimerie. Les sacs à commission en papier doivent aussi être retirés du circuit. Ils ne peuvent pas être utilisés pour la fabrication de papier journal, car ils contiennent des produits qui les rendent résistants à l’eau (et qui améliorent leur solidité lorsqu’ils sont humides). Cette propriété utile pour les sacs les rend impropres au recyclage, parque qu’ils bouchent les machines.

Toutefois, l’aversion d’Alain Probst pour les sacs en papier tient à une autre raison: «Il y a toujours le risque que ces sacs contiennent des objets qui n’ont absolument rien à voir avec du vieux papier.» Le responsable aimerait mieux voir les sacs papier recyclables bien ficelés dans un paquet de vieux papiers. La règle vaut pour tous les vieux papiers: «Un paquet bien ficelé contiendra moins de corps étrangers.»

Nouveau en Suisse: Coop sort le vrai sac en papier

Coop est pionnière: ses sacs en papier pourront dorénavant être recyclés. Une première.

Une fois usagés, les «sacs en papier», ne sont pas des «sacs pour vieux papier». Les sacs en papier habituels vendus par la majorité des grands distributeurs ne conviennent pas au recyclage. En effet, ces sacs contiennent un produit qui les rend résistants à l’humidité et qui ne doit pas pénétrer dans le circuit de valorisation du vieux papier. Or, dès cette semaine et en première suisse, Coop vend un sac en papier complètement recyclable, exempt de produit antihumidité. Il se compose à 85% de papier recyclé, alors que les anciens sacs en papier étaient faits à partir de fibres vierges. Le nouveau sac peut être joint au vieux papier. «Les clients ne verront pas de différence», déclare Carine Boetsch, responsable du projet chez Coop. «Le nouveau sac a la même capacité de charge que l’ancien.» Cependant, la responsable du projet doit encore convaincre les communes et les collecteurs de vieux papier d’accepter ces nouveaux sacs. Les personnes chargées du ramassage n’ont pas à craindre d’être obligées de vérifier de quel grand distributeur vient le sac avant de l’accepter ou non. «Nous espérons que tous les autres suivront notre exemple.»  

Recyclage: à mettre ou pas au vieux papier

A mettre au vieux papier: journaux, imprimés publicitaires, livres sans couverture, listings d’ordinateur, enveloppes, photocopies, etc.

A mettre aux vieux cartons: enveloppes en carton ou en carton ondulé, boîtes à œufs, cartons plats, cartons de fruits et de légumes (sans enduit), papier d’emballage, carton gris.

A ne mettre ni au vieux papier ni aux vieux cartons: cartons et papiers enduits, emballages de biscuits en carton composite (avec alu, plastique etc.), papier de ménage, gobelets de café, classeurs et chemises en plastique, sachets de soupe, emballages de surgelés, cartons tachés (boîtes à pizza avec restes de nourriture), paquets de lessive.

www.altpapier.ch

Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Peter Mosimann, Erhan Günan
Publication:
lundi 06.05.2013, 07:30 heure