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La réponse du psy

La question de la fessée

04 janvier 2019

    Je suis moi aussi partisane convaincue de la fessée spontanée au moment du
    «méfait». Elle marque immédiatement le point pour l'enfant, soulage
    l'énervement du parent, ne fait mal à personne (sauf parfois un peu au
    poignet de celui qui la donne!). Et c'est tellement plus simple que de
    devoir inventer une punition: par exemple être privé de dessert (et être
    obligée d'en créer un sur le pouce lorsqu'on n'en avait pas prévu).
    J'ai fessé mes quatre enfants, et ensuite mes dix petits-enfants (qui sont
    maintenant trop grands en taille et en âge pour que je puisse encore le
    faire), sans qu'aucun n'en ait souffert. J'ai été aussi exigeante avec eux
    qu'avec mes propres enfants, j'ai quelquefois dû punir lorsqu'ils avaient
    manqué aux règles de la maison, et malgré cela, l'un d'entre eux a paraît-il
    dit à sa mère qu'il aimait venir chez nous parce que je n'étais pas sévère !
    
    Et à l'école, on nous tapait sur les doigts et on nous tirait les oreilles
    sans que cela crée en nous d'horribles troubles psychologiques.
    
    Par contre, je n'aime pas la gifle, qui a un petit côté insultant. Ma mère
    nous giflait occasionnellement. La dernière en date m'a été donnée lorsque
    j'avais dix-sept ans: au moment où je l'ai reçue, sans réfléchir et par
    reflexe pur, je l'a instantanément rendue à ma mère… nous nous sommes
    regardées avec stupéfaction, avons fondu en larmes, et sommes tombées dans
    les bras l'une de l'autre!
    
    Je regrette comme vous le manque de direction et de sévérité des parents
    modernes. Qu'avons-nous peut-être fait, en tant que parents «vieux jeu»,
    pour expliquer un pareil revirement dans la façon d'élever les enfants?
    Regrettable, d'autant plus que les enfants se sentent mieux lorsqu'ils ont
    un cadre clair de comportement et de principes bien définis (et
    raisonnables).                                                     Annette W.

La réponse du psy

On peut être contre la gifle tout en affirmant qu’une gifle n’a jamais traumatisé personne. Le dire, ce n’est pas non plus prôner le retour du châtiment corporel ou de la violence éducative. C’est reconnaître aux parents leur droit de déraper. Vivre, ce n’est pas seulement se contrôler, c’est aussi déborder, déborder d’impatience ou d’affection. Quand des personnes des générations où l’on ne coupait pas les cheveux en quatre parlent des « torgnoles » qu’elles ont reçues, elles disent toutes la même chose, que ce n’est pas arrivé très souvent. Inutile de vouloir instaurer une « via sicura » de l’éducation, le danger n’est pas le même que sur la route.  
Qu’est-ce donc que cette perversion qui veut faire des parents des monstres de placidité raisonnables et raisonnants ? L’initiative contre la fessée est une initiative de « pisse-froid » qui semble s’inspirer de la neutralité du psychanalyste. A moins que ce ne soit celle d’un enfant-roi qui craint de perdre ses privilèges. La faute à des professionnels de l’éducation trop dans leur tête qui prennent à la lettre ce que leur ont dit les psys sur les risques de traumatiser l’enfant. Ce n’est pas un geste qui est malsain, c’est un esprit. Une gifle donnée avec du cœur peut être bien plus saine qu’un massage thérapeutique. Il n’y a pas que ce qui nous fait du bien qui peut être bénéfique.   
Le danger de cette initiative qui veut faire de la gifle un délit punissable par la loi, c’est qu’elle «jette l’eau du bain et le bébé en même temps». 

Du côté des parents, elle participe de cette tendance que l’on a aujourd’hui de punir les parents et jamais l’enfant, créant chez les premiers des autocensures qui les paralysent. Citons ici l’exemple de ces parents qui sont allés suivre un séminaire de communication non-violente après que leur fille ait violemment frappé sa mère ! Si le corps éducatif manque à ce point d’autorité, c’est qu’il leur est interdit d’en avoir. Une telle initiative ne fait qu’accroître cet interdit.

Du côté de l’enfant, faire de la gifle un délit punissable par la loi, c’est lui laisser entendre qu’il ne va pas pouvoir la supporter. Du même coup, on lui fera croire qu’il ne va pas supporter non plus d’autres brimades qui lui tomberont forcément dessus. Si la Suède est toujours citée en exemple de «bienveillance éducative», n’oublions pas qu’elle est aussi le pays qui a le taux le plus élevé de suicides. Si on est censé être traumatisé à vie par une gifle, on ne s’étonnera pas que l’on ne se sente pas la force de vivre. D’autres brimades bien plus graves nous attendent.