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La réponse du psy

Question d'éducation

22 février 2019

Il est vraiment nécessaire de mettre le doigt sur de graves problèmes publics, dont l'abus de traitements psychiatriques sur des gens qui présentent plutôt des carences éducatives. Et cesser le "parler mou" : quand un morveux se met à insulter tout le monde, il faut le remettre à sa place, pas le bichonner. Qu'en pensez-vous?

La réponse du psy:
Je crains hélas que je ne vais pas pouvoir éviter de passer pour le psychologue qui préconise le retour du bâton en éducation alors que ce n’est pas du tout le cas. En tant que psychanalyste junguien, j’essaye de mettre en évidence les croyances inconscientes qui influencent les mentalités. Il me semble que l’inconscient collectif est aujourd’hui fortement influencé par cette culture née d’un effet pervers de ce que nous ont enseignés les psychologues (dont je fais partie). Je n’incrimine pas les psys, j’incrimine cette culture qui s’est développée malgré eux. Cette culture, je l’ai appelée la psyrose, un néologisme qui me semblait nous mettre sur la piste de quoi il en retourne mais qui a un peu le désavantage de banaliser la gravité le problème. Les psys de ses dernières décennies se sont largement étendus sur les répercussions négatives qu’a eues la culture judéo chrétienne notamment au niveau sexuel. En combattant les vieux stéréotypes, ils n’ont pas vu qu’ils en mettaient d’autres en place, et que ces nouveaux stéréotypes avaient aussi leurs répercussions pathogènes, ce que j’ai appelé la névrose psy, le titre de mon livre. La psyrose exerce aujourd’hui une forte influence sur les rapports que les gens entretiennent avec les autres et avec eux-mêmes. 
Au vu de ce que j’ai pu observer dans les milieux éducatifs où je suis intervenu et de ce que j’ai entendu de ce que me disaient les parents des difficultés qu’il rencontraient avec leurs enfants, le problème m’a paru particulièrement important dans le domaine de l’éducation. Si j’étais réactionnaire, je dénoncerais le laxisme qui règne au niveau éducatif aujourd’hui. Ce n’est pas mon point de vue. Ce qu’il m’apparaît, c’est que les parents et les éducateurs, et les adultes en général se sentent une âme de psy dès l’ors qu’ils sont en charge d’éduquer. C’est ainsi qu’ils vont se demander pourquoi un enfant pose des difficultés, ne se sentant plus le droit d’imposer qu’il se conduise autrement. Le rapport que l’éduquant veut établir avec l’éduqué semble vouloir s’inspirer du rapport que le psy serait supposé avoir avec son client. Le fait qu’on ne peut pas exiger d’une personne qu’elle entreprenne une thérapie se répercute en éducation, par le fait qu’il est devenu interdit d’exiger d’un éduqué qu’il fasse ce qu’il n’a pas envie de faire. Avec la psyrose, « autorité » est devenu un mot connoté de violence au point que l’on peut affirmer que si les adultes manquent d’autorité, c’est qu’il leur est interdit d’en avoir. En un mot, les interdits que nous pensions avoir levés en combattant la névrose chrétienne, n’ont pas disparu, ils ont changé de camp. Je ne préconise pas un retour en arrière mais que d’essayer de libérer les parents et les éducateurs d’une spontanéité qui leur a été enlevée, celle-ci ayant été refoulée dans un fatras de recommandations venues des professionnels. Cette spontanéité n’est pas comme on essaye de le faire croire, animée que de mauvaises intentions. Un adulte qui perd patiente, c’est un adulte qui peut-être commencerait à faire juste et non pas un adulte qui deviendrait brutal.  C’est l’intervention éducative, la façon même dont les adultes s’adressent à leurs enfants qui est parasitée par la trace qu’ils ont laissé dans les mentalités.