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La réponse du psy

S'approprier son genre

18 avril 2019

Bonjour.
De manière très rapide et pour me présenter, j'ai fait tardivement une reconversion pour apprendre à faire ce que je fais aujourd'hui avec un certainement épanouissement personnel, psychopraticien. Une école il y a 15 ans qui enseignait le mariage gestaltiste-analyse jungienne. Sept années d'épreuves d'expériences et de rencontres avec les archétypes et toujours sur ma table les correspondances de Jung. 
Je me suis ensuite inscrit en faculté de psychologie. J'en suis parti au bout d'une année à me sentir submergé par un inexorable flot de tout ce que vous avez écrit dans votre livre. J'ai fui cet endroit qui voulait que l'essence masculine et le père ne soient que des inventions, des abstractions et des idéologies à but de domination de la gente féminine. Ma décision fut prise quand un de mes collègues étudiant dit devant nous tous et cela sans que quiconque réagisse, que le père finalement n'existait pas, que ce n'était qu'une invention et une idéologie. Ce fut la dernière phrase que je pouvais entendre et qui me fit sentir que je ne pourrais supporter encore plus longtemps de patauger en pleine folie. 
Si je vous écris, c'est que vous savez autant que moi les affres de la confrontation à la mère mortifère et qu'il semble bien que ce soit un combat bien présent pour notre société. Vous avez osé la démasquer et montrer au grand jour quelque chose qui est là, tapie dans le non-dit mais néanmoins d'une extreme efficience auprès de nous tous et qui fait tout pour posséder les gens et voler la capacité à exprimer et nommer. 
Je me suis souvent senti assez isolé par mes prises de position et par ce que je pense être juste et droit pour l'ordre de la vie. 
Je venais juste vous remercier de votre travail qui m'a beaucoup éclairé sur une forme d'ostracisme que je prêtais bien trop souvent à des reliquats d'attaches à des schémas familiaux pas assez travaillés. Ma fâcheuse tendance à me trop tourner vers le fond de moi et pas assez vers le dehors. Votre voix me montre que ce contre quoi j'ai pu batailler longtemps et contre lequel je me dresse encore n'est pas que du fait de mes systèmes personnels et subjectifs. 

Bien cordialement, Yvan Bendi

La réponse du psy:

Jung a beaucoup insisté sur la part féminine de la psyché masculine, ce qu’il appelle l’anima. L’individuation masculine passe par la rencontre avec cet aspect de la psyché masculine et l’analyse junguienne se propose d’y travailler, notamment à l’aide des rêves. L’apparition des figures féminines dans les rêves d’un homme nous apprennent beaucoup sur sa relation avec son anima et par là même avec les femmes. Il dépend que nous soyons en bonne harmonie avec son anima qu’un homme ait une bonne relation avec les femmes.

A travers l’archétype de l’anima, Jung a débusqué un très vieux stéréotype qui perturbait la psyché masculine : la peur de la féminité jugée dangereuse par l’égo masculin s’est répercutée sur la façon dont il a toujours mis les femmes dans une position d’infériorité.
Il semble qu’aujourd’hui nous soyons tombés dans le stéréotype inverse. Non seulement la féminité n’est plus un danger mais elle est devenue «l’avenir de l’homme». Pour bien des hommes, cette idéalisation de la féminité est inconsciemment perçue comme leur permettant de faire l’économie d’en être. Ce discours est repris par bien des psychothérapeutes qui semblent vouloir libérer le mâle de son envie d’en être un, lui donner le droit d’être faible. 
Je ne suis pas certain qu’il y ait de plus belle perspective pour un petit garçon que de s’approprier son genre étant bien entendu, qu’il ne s’agit pas de condamner ceux qui choisissent résolument de rester dans la féminité comme les transsexuels. Chacun fait ce qu’il veut mais il semble bien que le chromosome «y» impose des devoirs tout comme on se doit de respecter la nature. Certains hommes, au nom de cette harmonie qu’ils prétendent avoir avec la féminité, n’assument pas la nécessaire distance qu’il se doit de garder avec elle. Ils fusionnent en s’ajustant au discours féminin qui notamment veut supprimer le père. C’est comme si Œdipe avait définitivement gagné la bataille.
Enfant, nous avons tous baigné dans l’anima, la bienheureuse inconscience que nous avons connue dans les bras de la première femme de notre vie, la mère. On ne s’étonnera donc pas que ces hommes qui n’en sont jamais vraiment sortis, prêche l’élimination du père car c’est le père qui vient perturber cette bienheureuse plénitude. A moins que ce ne soit de tomber dans le contretransfert avec l’enfant à qui la mère suffit…
Ne vous étonnez pas que vous vous sentiez un peu seul, ces temps-ci. Toute prise de conscience donne un peu de ce sentiment.