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Fernande Bochatay : une jeune dame de 66 ans

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13 avril 2012

La pratique du ski de compétition lui a permis de voyager. Beaucoup.  De se rendre là où elle n'aurait peut-être pas pu  aller autrement. Chez Fernande Bochatay, découvrir, partir à la rencontre des gens a toujours été un mode de fonctionner ; ou de vivre, tout simplement.  Dès lors, une interrogation. Et si le pouvoir des voyages, à une certaine période,  s'était-il montré plus fort que celui de skier ? Cette question l'a plus d'une fois titillée à considérer son regard parfois lointain et ce sourire légendaire si expressif.

Portrait

La carrière sportive de Fernande Bochatay a été belle. «Elle a duré de 1963 à 1969 », dit-elle après avoir rapidement ingurgité un petit café. « Oui, j'ai arrêté très jeune. A 23 ans. Car à mon époque, c'était comme ça. »  Pourtant quelque peu avare de renseignements sur sa vie privée, la citoyenne morgienne ajoute: "Je me suis mariée en 1968. Mon premier enfant est né en 1970. Deux autres    ont suivi. J'ai quatre petits-enfants. Je suis heureuse d'être en forme, de pouvoir être disponible.      Je leur consacre beaucoup de temps. J'en suis fier. »

On est au bord du lac. Soudain, elle voit un oiseau. « Regardez, la bergeronnette, là tout près de cette pierre. » Fernande Bochatay est attendrie. Le décor est superbe et les montagnes se dressent en face. «La nature est en moi. Je suis née aux Marécottes. Tous les enfants pratiquaient le ski parce que le terrain de jeu se trouvait sur place. Je vivais dehors, près des rochers. J'aimais la grimpe, les arbres, la marche. La montagne était mon domaine. » Elle montre le Mont-Blanc (4810 m). « Mon rêve serait de le gravir. Pour ça il faudrait que je m'entraîne. Le problème, c'est que je crois que je deviens un peu paresseuse. »

Le pic de forme de Fernande Bochatay s'est dressé en 1968. Aux JO de Grenoble. Cette année-là, elle  a chatouillé l'outrageuse domination du ski français en terminant 3e du géant, derrière Nancy Green (la Canadienne) et Annie Famose (la Française). C'était également l'époque des sœurs Goitschel et d'Isabelle Mir. Sans oublier le roi Jean-Claude Killy, qui remporta trois médailles d'or. «Devant deux Romands, rappelle-t-elle, Willy Favre, 2e du géant et Jean-Daniel Daetwyler, 3e de la descente. »
Une année plus tard Fernande Bochatay décida de quitter le monde du ski, une discipline où on est  seul face à la performance, quelle que soit l'entourage, et contraignante puisqu'elle requiert d'être tout  le temps au top de sa forme. « J'ai arrêté parce que j'aspirais à découvrir d'autres choses et à retrouver une certaine liberté, plutôt que de vivre encore exclusivement dans le monde du ski. Je voulais oublier aussi un peu la neige.»

Aujourd'hui, Fernande Bochatay, qui doit composer avec une rotule gauche malmenée, se rend en famille à la montagne pour des ballades en peaux, en raquettes ou skis aux pieds. A chaque fois, elle se régale au milieu de cette nature accueillante, si souvent découpée en montagnes ; paysages de rêve où l'air frais régénère. Elément essentiel pour la Valaisanne, alpine de cœur et dans l'âme.

Hauts faits

Fernande Bochatay est née le 23 janvier 1946 aux Marécottes.

Aux JO de Grenoble de 1968, elle termine 3e en géant. A cette époque, les Jeux olympiques comptant aussi pour les Mondiaux, elle est par conséquent 3e des championnats du monde.

En 1968, elle termine 5e du classement général de la Coupe du monde. Et 2e de la Coupe du monde en géant.  Elle remporte trois titres nationaux à Haute-Nendaz.

Elle compte 3 victoires : 2 en géant (Oberstaufen et Oslo) et une en slalom (St-Gervais)

En 1965, elle est 4e du slalom de l'Aarlberg-Kandahar à Sankt-Anton.

En 1967, elle est 11e du classement général de la Coupe du Monde.

En 1969, elle termine 17e du classement général de la Coupe du Monde. Et met un terme à sa carrière, avec un 7e titre de championne de Suisse remporté à Villars.

Les voyages

Outre les JO de Grenoble de 1968, la Valaisanne a participé à ceux d'Innsbruck en 1964. « Je suis partie en Autriche le jour de mes 18 ans. J'étais la benjamine de l'équipe », se souvient-elle. Ses   yeux brillent..

En février 1963, Fernande Bochatay, qui a 17 ans, monte dans un avion pour la première fois. « Il y avait une course FIS à l'Etna. J'ai skié sur le volcan, incroyable, non ? Et il fumait.» Il s'est réveillé      en 1967 emportant sur son passage toutes les installations. «Elles ont été reconstruites plus tard. On peut toujours y skier. »

En 1965, elle participe à la tournée américaine. « Elle a duré sept semaines. Que de visites, nous avions faits. » En 1966, elle se rend aux mondiaux de Portillo, au Chili. « A cette époque, le billet d'avion coûtait 7000 francs. Je n'aurais jamais pu me le payer autrement. »

Quand elle ne skiait pas, Fernande Bochatay meublait ses périodes de non-neige en effectuant des stages linguistiques.  «J'en avais profité aussi pour passer mon permis de conduire.» D'avoir une vie sociale, difficilement envisageable autrement. «Aujourd'hui, et on en parle pas assez, aucune vie sociale digne de ce nom n'est possible. Car tous les 5 jours, les athlètes bouclent leurs valises et avalent des kilomètres. L'agenda est plein. Trop. Ce qui peut expliquer les résultats en baisse chez certains, le printemps arrivant, l'apparition de jeunes talents dans les classements. »

Scrabble

L'iPhone est posé sur la table ou le plus souvent dans les mains de la Valaisanne. Elle nous montre des photos de ses petits-enfants à la montagne. Fernande Bochatay pose avec eux. Puis, un bip.
«Ah ! C'est mon fils. Il est actuellement en chine pour son travail. Il est ingénieur en microtechnique. C'est à moi de jouer. »  A distance, tous deux font une partie de scrabble. « Sur mon iPhone, j'ai une application. C'est génial ! Je me suis mis au goût du jour. »  Puis, surprise : « En Chine, ce doit être le milieu de la nuit, non ? Il ne dort donc pas.»

Marielle Goitschel

Une semaine avant les JO de Grenoble, Fernande Bochatay gagne le slalom de Saint-Gervais. Après la course, Marielle Goitschel s'approche d'elle et la « chambre » tout en la félicitant : « Fernande, c'est pas cette course qu'il fallait gagner, mais la suivante où il faudra être là. »

La suivante ? Le slalom des JO, que Marielle Goitschel gagna.  Pourtant, en géant, comme en descente, la Française termina derrière la Valaisanne.  Quel exploit ! «Oui, car nos moyens beaucoup plus restreints ne nous permettaient pas une préparation aussi poussée dont les Français et les Autrichiens bénéficiaient.»

L'eau

« Mon mari est un navigateur. » C'est ainsi que Fernande Bochatay a pu connaître le monde des régates, la joie des ambiances au fil de l'eau sur de petites comme sur de  grandes étendues. «Aux  Caraïbes », par exemple.  Puis : « J'ai eu la chance de voir « Alinghi » gagner en Nouvelle-Zélande.» Avide de découvertes,  la Valaisanne avoue avoir un petit faible pour l'Amérique latine. « En 2011, j'ai  rejoints mon fils ainé, parti pour un tour du monde d'un an avec sa famille. »

Il y a quelques années, elle a suivi le Bol d'Or, sur le Léman, dans un bateau occupés par Lapp et Simon, pour une l'émission culte Aqua concert. « La bise était forte. Le lac agité. Debout à     l'avant du bateau pour son coup de téléphone, Patrick Lapp, giflé par des vagues, a tenu le coup jusqu'au bout, trempé jusqu'os. On a beaucoup ri. »

La bergeronnette n'est plus là. L'eau du lac scintille toujours. Le regard de Fernande Bochatay vogue du côté de chez lui.

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