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Un buteur à la vie riche

TEXTE
02 juillet 2012

Sur l'image, Franco Cucinotta, chez lui à Villeneuve au bord du lac, tient fièrement deux trophées. A gauche, celui remis au meilleur buteur du championnat. « Avec Zurich, lors de la saison 1976-1977, j'avais marqué 28 buts. » A droite, ce petit globe est grand par son importance. « Lors de la même saison avec 5 buts, je me suis trouvé en tête des meilleurs marqueurs de la C1 (Coupe d'Europe des clubs champions, aujourd'hui Champions League). Avec moi, il y avait un certain Gerd Müller.»

Portrait

Né en Italie, Franco Cucinotta est arrivé en Suisse avec ses parents en 1960. Il avait 8 ans. «J'ai vécu la fameuse loi Schwarzenbach, le phénomène de rejet. » Sa carrière de footballeur, il l'a faite ici, de Montreux (2e ligue) à Sion en passant par le LS, Zurich et Servette. «En 1976 sauf erreur, Vonlanthen était entraîneur de l'équipe de Suisse. Il m'avait dit : Franco, naturalises toi, je te prends avec moi. » Mon passeport était italien mais la licence, suisse. J'étais pro à Zurich. Je touchais environ 200 000 francs par année. La libre circulation n'existant pas encore, j'aurais dû me réamateuriser, jouer une année dans un club amateur de mon pays (La Rondinella, près de Florence), perdre et c'était ce que je pensais une année pour être à nouveau un amateur au niveau de la licence. Je ne l'ai pas fait et pourtant mon rêve était d'évoluer dans mon pays. A la même époque Barberis et Ponte ont suivi le un chemin différent. Ils ont pris la nationalité suisse. La Lazio de Rome et l'Inter s'étaient intéressés   à moi (il montre une coupure de presse). Il n'y a pas eu de suite. Finalement, je ne regrette rien. »

Droitier, Franco Cucinotta était un joueur rapide, vif, doté d'un nez de buteur. Il n'a pas perdu de sa vélocité, de sa joie d'être là, de communiquer, gestes à l'appui, de transmettre ses passions. A la fin de sa carrière (1985), il a travaillé dans les assurances, à l'Helvétia-Patria à Sion « spécialisé dans les prêts hypothécaires.» Puis il est parti en Afrique. Il sortait d'un divorce. « Au FC Sion, j'avais connu Ahmed Ouattara, un magnifique joueur, un attaquant racé, présentement dans le staff de l'équipe nationale de la Côte d'Ivoire. Il m'avait dit : « Franco, si tu veux te changer les idées, viens chez moi, en Afrique. » J'y suis resté. J'étais parti en 1998. Je suis revenu en Suisse il y a 5 ans. » Et d'avouer:   « Si je ne m'étais pas séparé d'avec ma femme, jamais je ne serais allé sur le continent africain. » Destin.

Aujourd'hui, Franco Cucinotta travaille chez Interiman, dont le patron est Raymond Knigge, un ancien footballeur ; plus justement chez Interibat, qui est un partenaire du groupe. «Mon job ? Délégué commercial indépendant. Je cherche des sociétés susceptibles de travailler avec nous, avec Interiman.» Il aime ça. Franco Cucinotta est un homme de contact. Sur un terrain, il faisait tout pour les éviter.

Afrique

En général, quand un entraîneur européen débarque en Afrique, rien n'est simple. «Il faut leur dire qui tu es, leur dire aussi que les diplômes, on ne les achète pas dans la rue ou dans un kiosque, que tout ce que l'on fait, on le mérite» raconte Franco Cucinotta, homme humble mais pas modeste dit un jour un journaliste africain.  « Eux, ils vivent au jour le jour ; nous, c'est différent. »

En Côte d'Ivoire, il a travaillé dans 3 clubs : le Satellite, l'Africa Sport et au Stade d'Abidjan. Franco Cucinotta a aussi entraîné en Algérie, au Mouloudia Olympique de Costantine et à Dakar (Sénégal). « Ce sont tous des clubs de 1re division. Je n'ai pas de titre mais j'ai toujours terminé 2e. Lors de ma première saison en Côte d'Ivoire, au Satellite, j'ai été élu entraîneur de l'année. »

A Abidjan, il a vécu deux coups d'Etat, en 1998 et en 2000. « Je suis resté enfermé un mois chez moi. C'était terrible, il y avait des morts dans la rue. »

Minsk

Dans les années 1990, Franco Cucinotta a baigné dans le monde des Miss. « Mon épouse tenait une agence de mannequins. A mon compteur, j'ai quelques élections de Miss Suisse, Miss Valais et Miss Suisse-romande. »

En 1992, Franco Cucinotta a organisé – il en était également l'initiateur -, avec l'aide de la Fondation François-Xavier Bagnoud, un match Suisse-Monde, au stade de Tourbillon à Sion, en faveur des enfants de Tchernobyl. Des stars mondiales étaient là. Si le résultat est anecdotique, cette soirée a permis de récolter 270 000 francs suisses.

A Minsk, une maison de repos, de convalescence, accueillant des enfants de ce drame à leur sortie  de l'hôpital, porte son nom. « Je me suis rendu là-bas. Je n'oublierai jamais ce que j'y ai vu. »

L'avenir

Franco Cucinotta dit qu'il va prendre sa retraite à 63 ans. Donc, encore trois ans de boulot. Après ? « J'ai un appartement à Dakar. Et j'ai un projet avec l'aide, j'espère, d'un grand club de Suisse avec lequel j'ai gardé des souvenirs à vie et d'excellents contacts. » S'il n'articule pas son nom mais nous  le devinons Cucinotta parle de ce plan à venir qui le tient à coeur : « Il s'agit de la construction d'un centre de formation avec une école. »

Pour l'ancien buteur, renard des surfaces, le footballeur africain, à l'image des athlètes par exemple, est extraordinairement doué physiquement. «En leur apportant notre rigueur, une culture tactique, de la pédagogie et une méthodologie, c'est un plus pour ces footballeurs au talent naturel, qui ont besoin d'une autre culture pour progresser, grandir, pour peut-être un jour évoluer dans des clubs étrangers de renom. Un moyen pour eux de vivre. » Ou de survivre.

Palmarès

Franco Cucinotta est né le 22 juin 1952 en Italie.

A joué au Montreux-Sport (2e ligue), puis au LS (1970 à 1973), à Chênois (1973-1974), à Sion (1974 à 1976), à Zurich (1976 à 1978), à Chiasso (avec le grand Argentin José Altafini, 1978-1979), à Servette (1979 à 1981), à Sion (1981 à 1985).

Champion de Suisse avec Zurich en 1976-1977.

Coupe de Suisse avec Sion en 1982.

Coupe de la Ligue avec Servette en 1979.

Toute compétition confondue, il a marqué environ 200 buts, dont 150 en LNA.

En bas, accroupi, 3e depuis la gauche.

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