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Doris Stierli (ex-joueuse de volleyball): une femme formidable

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14 janvier 2013

Cela fait plus de 25 ans, peut-être 30 tout rond, que Doris Stierli se dit qu'elle a de la peine à dire non. C'est une femme d'engagements. « Je déteste les conflits. Je ne veux pas que les gens soient déçus.» Elle ne dit pas «les décevoir.» A Cheseaux, elle est professeure de sport. Stagiaire en 1975, elle ne devait faire qu'un an. L'année suivante, elle était nommée. Doris Stierli est restée dans cet endroit accueillant. Elle est connue comme la louve blanche. «Ici, durant 10 ans (1975-1985) j'étais  la seule prof de sport. J'avais tous les élèves de Cheseaux.» Depuis, ils sont quatre, professeurs car trois hommes sont venus la rejoindre. «L'un d'eux a été mon élève. Je l'ai eu comme stagiaire ;  et maintenant c'est mon collègue. »

Portrait

Au départ, Doris Stierli aurait voulu être musicienne. « J'ai suivi, dit-elle, à l'âge de 14-16 ans, des cours de direction au Conservatoire de Lausanne (direction d'orchestre). Mais mes parents n'ont pas voulu que je continue car être soliste n'est pas un métier.» Elle avait des prédispositions pour l'accordéon. «Quand tu maîtrises bien un sujet, tu as envies de te projeter dedans. »

En 1971, elle entre au gymnase à Lausanne  et pratique diverses disciplines sportives, avec facilité.  Doris Stierli est née avec un talent pour le sport: aviron, volley, basket. Mais le volleyball l'attire. Il sera sa passion. « Je trouvais tout génial. » Jouer ensemble, transmettre et partager sont pour elle des  ingrédients vitaux, sources de joies et de reconnaissances.

Doris Stierli aime faire plaisir aux gens. C'est dans sa nature, riche et belle. Combien de fois a-t-elle joué de l'accordéon pour faire plaisir, justement. Entre autres milles choses à Cheseaux, elle donne des cours de gym pour les grands-mamans. « Quand tu sens que tu apportes quelque chose, dans quelque domaine que ce soit, après c'est dur de dire non. »

Dans son vocabulaire et le dictionnaire qu'elle compulse souvent, elle a rayé les mots égoïsme et égoïste. « Je ne suis qu'un moteur dans tout ce que je fais», ajoute-t-elle. « Et il est fatigué.» Aveu. Un autre. « Si «mes » filles, aujourd'hui premières de la LNB, ne montent pas en LNA à la fin de la saison, j'arrête.»  Le savent-elle ? «Oui.» Ça fait 2 ans qu'elles tutoient les meilleures de la division. Elles vivent avec leurs émotions. «A Cheseaux, il n'y a pas d'argent. Ce qu'on fait, on le fait à fond pour un super niveau. Si on accède  à la LNA – où des structures financières sont nécessaires -, tout ça sera-t-il suffisant ? »

Les marches

Doris Stierli possède une ferme et cultive les produits du terroir. A plusieurs reprises – il y a 7 ou 8 ans -, elle a « fait » le marché de Noël à Morges. «Comme on avait pas mal de raisinée, on s'est dit« Et si on faisait un marché ? » Sitôt dit, sitôt fait. «On a vendu 10 francs la bouteille de raisinée. çaa tellement bien marché – c'est le cas de de le dire – qu'on en a écoulé 300. On avait créé une gamme d'étiquettes. C'était vraiment bien. » Sur l'étal, il y avait aussi des fruits, du sirop, de l'huile de noix, un mélange de légumes, une spécilaité, entre autres bonnes choses. «Tu apprends plein de choses quand tu donnes dans ce domaine. » Justement, la soif d'apprendre a toujours habité Doris Stierli qui avoueun peu de fatigue, mais pas de lassitude ; pesanteur d'un ressentiment différent.

Le rôle d'entraîneur

« Le rôle est magnifique mais il n'y a pas que du bonheur », lâche-t-elle en luttant contre les mots fragiles. « Le grand problème, c'est n'est pas forcément de faire des heureux, mais des malheureux en donnant une chance à un (ou une) et pas à l'autre. De ne pas bien voir, déceler, sentir un talent, un potentiel, des aptitudes. Il m'est arrivé de mal voir. En fait, ça m'est arrivé tout le temps. Dans la vie, on passe sûrement à côté de plein de gens qui ont du talent.» Ses filles Oriane et Marine jouent au volleyball, évoluent dans cette équipe qui bouscule tout ou presque sur son passage,

Et Doris Stierli de parler de ce qui lui est arrivé, comme pour bien faire comprendre la fragilité du  rôle d'entraîneur. «Alors junior en 1974, on m'a viré de l'équipe nationale au motif que j'étais trop petite (164 cm). Quelques temps plus tard, je recevais une convocation pour rejoindre l'équipe de Suisse élite. Je lui ai consacré 10 ans de ma vie (1975-1985). »

Un entraîneur ne l'a plus voulue ; un autre a reconnu sa valeur, son talent. Lui a fait confiance. La frontière est ténue qui sépare le succès de l'échec. La chance fait partie aussi du jeu du savoir.

Le temps

Elle sait, Doris Stierli, océan de gentillesse, qu'elle en fait beaucoup et qu'il lui est difficile, voire impossible aujourd'hui, de dire non. Mais viendra un jour où tout sera un peu différent.

«Je souffre d'avoir toujours quelque chose à faire», avoue-t-elle. «De plus, je panique lorsque je    vois que j'ai trop de trucs agendés. » Puis: «Quand je sens que je ne peux plus, je suis obligée de   dire non. Et si je ne me rends pas à un endroit, c'est que j'ai autre chose à ce moment-là. »

Alors, Doris Stierli aimerait avoir le temps d'avoir le temps, de pouvoir se dire : « Qu'est-ce que je  vais faire aujourd'hui? » Un luxe. Elle aimerait aussi avoir le temps de tricoter, de croiser des mots, de participer à d'autres jeux. C'est une joueuse. Une gagneuse. Tout le temps, partout. Dans la vie. Dans son sport, même aux entraînements.

« J'aimerais aussi créer un orchestre folklorique. J'aime le folklore suisse-allemand. Quand une youtze est tip top, ça te prend là, c'est beau.» Bien qu'une fatigue se soit logiquement installée    dans sa tête, Doris Stierli n'a pas fini de vivre des passions ni de partager des émotions. Deux de     ses moteurs de vie.

Palmarès

Doris Stierli est née le 1er septembre 1955 à Orbe. En plaçant un point entre le 1 et le 9 et entre le 9 et le 5 de 1955, on trouve le jour et le mois de sa naissance. Premier signe d'un destin hors norme.

A pratiqué le volleyball (passeuse).

115 fois internationale (de 1976 à 1986).

A disputé 3 Universiades entre 1977 et 1983 (Sofia, Bucarest et Edmonton).

A créé le LUC en 1975 (Lausanne Université Club, ex Cité-Lausanne, qui a connu de multiples promotions).

A introduit le volley dans le village de Cheseaux.

A Cheseaux depuis 1975, comme entraîneur, tout en jouant au LUC.

Avec le LUC et Cheseaux, a remporté plusieurs titres (nationaux et régionaux) et a gagné plusieurs Coupe de Suisse.

Entraîne actuellement les filles du VBC Cheseaux (1ères en LNB) et est responsable du secteur technique. Elle est aussi un des entraîneurs du mouvement élite juniors.

En 1986, est à la base de la création des camps d'été pour le volley.

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