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Nicole Petignat, ancienne arbitre de football

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15 septembre 2015

Nicole Petignat : elle arbitre aujourd'hui sa propre vie

Quand elle a reçu la convocation pour arbitrer NE Xamax-Bâle (30 novembre 2008), Nicole Petignat savait que cela serait son dernier match. « Je n'avais pas atteint la limite d'âge.  J'aurais pu arbitrer encore 3 ou 4 ans mais comme le premier match de LNA que j'ai sifflé avait été NE-Xamax-Bâle (en 1999),  je me suis dit que la boucle était bouclée sur ce fait du hasard », raconte la Jurassienne dans un tea-room proche de la Rue St-Hubert et de son salon de massage sportif et thérapeutique, sis à   Bassecourt. La discussion commence sur une terrasse, mais un petit vent fripon soudain nous oblige à un repli à l'intérieur. « Je n'ai rien dit à personne avant.  Ce n'est qu'à la mi-temps que j'ai informé mes assistants que je sifflais pour la dernière fois.»

Hier, le football a été sa vie. Aujourd'hui, Nicole Petignat a d'autres intérêts mais garde néanmoins un œil sur ce sport. Quand elle en parle, elle s'anime ; le regard est vif et critique, les paroles, fortes, souvent. La Jurassienne préparait ses rendez-vous. « L'arbitre donne le ton du match, doit s'adapter au contexte et pour ça, il faut sentir le jeu.» En Suisse, ils ne sont pas nombreux à avoir cette qualité-là, cette perception. Surtout en Challenge League (anciennement LNB) « On les prend trop jeune. Je trouve qu'ils arbitrent trop peu en ligue inférieure ; pour apprendre. Moi, où j'ai appris le plus, c'est en 2e, 3e et 4e ligue. Qu'est-ce que j'en ai arbitré des matches. Et cela m'a servi pour la suite. »

Durant sa carrière d'arbitre, on lui a souvent reproché – les inspecteurs surtout – son placement sur le terrain. «J'ai eu des mauvais points parce que je ne me plaçais pas là où je devais. Je ne suivais pas toujours (doux euphémisme) les directives reçues dans les cours. Physiquement, j'étais au top, pour qu'on ne me reproche pas de ne pas l'être. Quand on arbitre des hommes, quel que soit le niveau où ils évoluent, c'est une condition qu'il faut respecter et même au-delà. Mon placement ? Il était dicté (principalement) par ce que je savais des équipes que j'arbitrais,  des joueurs qui se trouvaient avec moi sur le terrain. Exemple:  « A « ne donne jamais, ou rarement, le ballon à « B » pour X raisons ; je sentais aussi le jeu ; par conséquent, je suivais mon instinct, j'anticipais et je faisais en sorte d'être le plus souvent au bon endroit (ou pas loin), là où je sentais que le ballon irait. J'ai toujours protégé les joueurs ; j'ai fait mon job. »

N'empêche : la carrière de Nicole Petignat au plus haut niveau est exceptionnelle. La Jurassienne a injecté toute sa passion dans ce travail. Elle a bossé et sué – 8 à 10 h d'entraînement par semaine, à côté de son travail – pour atteindre la cime.  Elle parle de Joseph Blatter. «C'est lui qui a poussé les femmes à jouer au foot et à arbitrer. Sans lui, le foot féminin ne serait pas ce qu'il est. » Elle raconte une anecdote. «En 1999, la Coupe du monde des dames s'est disputée à Los Angeles. Les Américains avaient dit: on veut des hommes comme arbitres. Blatter leur a répondu : si c'est comme ça, on ira la jouer ailleurs. » En prononçant ces mots - forts - il savait pertinemment que les femmes étaient aussi capables d'arbitrer qu'un homme. Il connaissait Nicole Petignat, femme de savoir, intelligente, pétrie de qualités.

Nicole Petignat a arbitré durant 25 ans, dont 9 au plus haut niveau (1999-2008).

Nicole Petignat et la…

…musique. Jeune, Nicole Petignat a fréquenté le Conservatoire jurassien de musique. « A 12 ans, je jouais du hautbois. Un jour, le professeur m'a dit : j'arrête de t'enseigner parce que je ne peux plus rien t'apprendre. Il est vrai que j'en savais autant que lui.» Aviez-vous un don ? «Non, c'est parce qu'il n'était pas fort (elle sourit). En fait, il n'était pas prof, il jouait dans une fanfare. Bon, si j'avais  eu à faire à un vrai professeur – sa sœur jumelle, Dominique, en avait un vrai, elle a joué de la flûte traversière-, peut-être aurai-je fait carrière dans la musique. »

Footballeuse puis arbitre de haut niveau, Nicole Petignat fait partie de la légende de son sport. Et si un jour, elle devenait dirigeante d'un club ? «J'ai été approchée par le HC Franches-Montagnes et les SR Delémont. Pour quel poste ? Celui de présidente.» Si la Jurassienne connaît très bien le milieu de ces deux sports (celui du football bien sûr et surtout), elle aimerait, avant de s'engager, si elle décide de s'investir, suivre une école de management (administration et marketing), pour savoir comment cela fonctionne. «J'y réfléchis, j'étudie le pour et le contre. Ça peut prendre un certain temps. Je n'ai pas fermé la porte. »

Nicole Petignat et le…

…sport. A Alle, où elle a  vécu son enfance, Nicole Petitgnat a joué au football et a appris à l'aimer. « Pourquoi ce sport ? Parce qu'à Alle, il n'y avait pas de piscine, pas de piste d'athlétisme, rien. » La Jurassienne se rappelle avoir participé à un tournoi des écoliers. « Dans l'équipe des garçons, il manquait 2 joueurs. Avec ma sœur, on y est allé gaiement. C'était sympa. Tout a commencé là. « A Renens (1983-1985), elle a aussi pratiqué ce sport. Avec sa maman, elle habitait à Lausanne. « Avec le FC Renens, je jouais au milieu  du terrain. Avec Lausanne, j'ai également joué au hockey sur glace. J'étais en défense. » Etonnement. « Mais j'aime tous les sports, vous savez… »  

En parallèle à l'arbitrage, domaine dans lequel Nicole Petignat a été rémunérée comme les hommes, elle a travaillé dans le domaine qui est le sien encore aujourd'hui. A l'époque elle a suivi des cours de massage et de physio. « Je tiens un salon de massage sportif et thérapeutique à Bassecourt et à Watt (canton de Zurich). Je donne aussi et notamment des conseils pour tout ce qui a trait à l'alimentation. Ici, j'ai des joueurs du FC Bassecourt qui viennent me trouver, parce qu'ils sont blessés. Souvent, les blessures surgissent à cause d'un problème nutritionnel. La motivation, un souci psychologique et les émotions peuvent aussi engendrer une blessure. Je soigne, on parle de tout ça ; la vie est simple et il est important de la considérer comme ça. A quoi ça sert de la compliquer. Même le président du club est venu me trouver. »

La Jurassienne, qui ne s'est jamais aussi bien sentie physiquement, lit beaucoup. « C'est la vie qui m'intéresse, on se doit d'être en santé et bien dans son corps et dans sa tête. » Elle conseille les gens, parle d'un bracelet (elle le montre): à la moindre petite contrariété ou pensée négative, elle le transfert à son autre poignet, histoire de la chasser, de ne plus y penser. Elle conseille aux personnes de ne plus se plaindre, de ne plus voir le négatif des choses, de se poser les bonnes questions. «C'est un travail sur soi. Le but : c'est qu'il dure 21 jours, non-stop.»  

Et de conclure avec un trait d'humour parce que Nicole Petignat le cultive aussi : « Je devrais en donner un à Christian Constantin. » (Président du FC Sion)

Palmarès

Nicole Petignat est née le 27 octobre 1966 à La Chaux-de-Fonds.

Ancienne arbitre de football.

A joué au football avec Renens (1983-1985) et avec le FC Alle (Jura).

Elle est la première femme arbitre à avoir dirigé un match (masculin) de l'UEFA : AIK Solna (Suède)-Fylkir (Islande) le 14 août 2003. Nicole Petignat est entrée dans l'Histoire.

En juillet 1999, elle arbitre la finale de la Coupe du monde des dames à Los Angeles (Etats-Unis-Chine).

En septembre 2000, elle arbitre lors du tournoi féminin des JO de Sydney.

Elle arbitre la finale de l'Euro féminin 2001.

Elle arbitre lors de la Coupe du monde féminine en Chine en 2007.

Aux JO de Sydney en 2000 et ceux de Pékin en 2008, elle arbitre deux demi-finales féminines.

En Suisse, elle a arbitré 91 matches en LNA (masculine). Le 1er en 1999 (NE Xamax-Bâle) et le dernier le 30 novembre 2008 (NE Xamax-Bâle, 2-0)

A arbitré une finale de la Coupe de Suisse masculine, Lucerne-Bâle (0-1, expulsion du portier lucernois Zibung), le 28 mai 2007.

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