Bernard Pasteris, ancien grand arbitre de basket | Coopération
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Bernard Pasteris, ancien grand arbitre de basket

02 février 2016

"Pour la Gazzetta, j'ai été le nain suisse à moustache…". Un jour, la Gazzetta dello Sport, quotidien sportif de couleur rose mythique de la Botte, consacra un article très élogieux sur l'arbitre helvétique Bernard Pasteris, au lendemain d'un match compliqué de Coupe d'Europe des champions (Cibona Zagreb contre Billy Milan). «Le journaliste avait écrit que le petit nain suisse à moustache avait parfaitement maîtrisé la partie, à l'inverse de son collègue bulgare.» A l'évocation de ce souvenir, un parmi des centaines, Bernard Pasteris sourit et boit une gorgée de son breuvage qui mousse. On est à Granges-Paccot, quelque part dans la périphérie de Fribourg.

Il raconte un fait de ce match pas comme les autres, souvenir marquant. «L'arbitre bulgare a sifflé une faute contre l'Italien Dino Meneghin (légende du basket, aujourd'hui président de la fédération de basket de son pays). Dino était loin de l'action. Il portait le numéro 11 ; or pour moi c'était le 6 qui avait fauté. D'entente avec le commissaire, la décision a été modifiée. Si Meneghin avait écopé de sa 4 e faute, il aurait dû quitter le terrain (il en faut 5 aujourd'hui). Suite à cette décision, il y a eu une bronca et des jets de pièces de monnaie. J'en ai reçu une à l'oreille, qui a saigné mais je n'ai rien vu ni senti. Comme j'étais en sueur, je me suis essuyé les contours du visage qui, à cause du saignement, est devenu rouge. On me l'a dit. Je me suis inquiété mais j'ai pu me nettoyer. Le  match, qui avait été  interrompu, a pu reprendre parce que Drazen Petrovic de Cibona (autre immense joueur) a demandé au public de se calmer.»

Il préfère parler basket que de lui. Il est comme ça, Bernard Pasteris, qui vibre pour ce sport depuis plus de 70 ans, en fait depuis qu'il est sur terre. Ou presque. Au Panthéon des arbitres suisses, il est un des membres avec feu Marcel Pfeuti «Il a été le premier arbitre international au monde avec la licence 001, il a sifflé lors de 3 JO»,  Philippe Leemann (JO d'Athènes en 1986) et quelques autres directeurs de jeu. Bernard Pasteris n'a jamais arbitré dans un championnat du monde, ni aux JO. Un regret ? « Non, car c'est la vie. J'avais été présélectionné pour les JO de 1984 à Los Angeles. Vu le boycott de plusieurs pays de l'Est (une quinzaine du bloc communiste, dont l'URSS), le nombre des arbitres de basket a été réduit. Je me suis trouvé dans le mauvais wagon.»

Bernard Pasteris a joué au basket. Vu sa taille (170 cm), il était distributeur, meneur de jeu à Fribourg Basket, devenu plus tard FR Olympic. «Avec cette fusion, on s'est retrouvés quatre distributeurs. Un jour, feu André Pythoud, qui était arbitre international (notamment) m'a conseillé de me lancer dans l'arbitrage. J'ai bien fait de suivre son conseil.» En compulsant des photos disposées sur la table, il se rappelle des 50 ans de la FIBA (Fédération internationale de basketball) et même de la date (18 juin 1982 à Genève). «Il y avait eu deux matches de gala. Quatre arbitres de la planète étaient présents. J'avais eu l'honneur d'être convoqué. Dans la sélection masculine américaine évoluait un joueur issu d'une université. Il avait 19 ans et venait d'être «drafté» pour évoluer en NBA. Son nom ? Michael Jordan.»

Bernard Pasteris et le boulot

Durant toute sa carrière professionnelle, Bernard Pasteris a servi le génie civil. «De 1953 à 1983, j'ai travaillé dans des bureaux d'ingénieurs. Ensuite, ajoute-t-il, j'ai passé 10 ans de ma vie chez Losinger et les quatre dernières chez André Antiglio, Routes Modernes SA à Fribourg. J'ai pris ma retraite au mois de mai 2002.» Dans son parcours, Bernard Pasteris fut (notamment) responsable du bureau SIC (Société d'Ingénieurs Conseils), s'occupant de projets et de suivis de chantiers autoroutiers de la N9 et N1).

Son papa était Italien mais né en Suisse, et sa maman fribourgeoise. «En 1937, il y avait la crise en Suisse. Papa avait une sœur qui travaillait chez Olivetti, en Italie. Elle lui dit un jour : Viens travailler ici, ce qu'il fit. Il était peintre en bâtiment.»

A l'école (primaire en Italie et à Fribourg), secondaire à Fribourg, Bernard Pasteris, diplômé des cours ONKEN, se débrouillait et plutôt bien. «J'étais dans les suffisants, se souvient-t-il, mais lors des trois  dernières années, à l'école secondaire, j'ai fini comme distingué ; sur 6, ma moyenne était supérieur à 5. Là, j'ai pris conscience, sans que personne ne me le dise, que dans la vie, si tu n'étudies pas, si tu ne travailles pas, tu n'arriveras à rien.» A l'armée, Bernard Pasteris a été topographe. «A chaque fois, j'ai demandé à être gradé, à chaque fois, ça m'a été refusé.» Aujourd'hui, il en rit. Pour l'histoire, Bernard Pasteris est arrivé à Fribourg, il avait 8 ans. «C'était juste à la fin de la 2 e guerre mondiale.»

Bernard Pasteris et les gestes

Jusqu'en 1975, les arbitres parlaient pour dire la faute aux joueurs. Depuis, ils expriment celle-ci avec des gestes, qu'il a fallu apprendre. «Je les ai appris à la salle Belluard à Fribourg, dit-il, sans nostalgie. Je courais et pour voir si je les appliquais correctement et, avec le mouvement juste, je me regardais dans les vitres de la salle.»

Chapitre arbitrage, Bernard Pasteris, qui évalue toujours des directeurs de jeux nationaux et régionaux pour la Fédération et l'AFBB (Association fribourgeoise de basket) -  il contrôle les jeunes après leur formation -, regrette qu'on n'ait pas assez donné la chance aux jeunes, ces dernières années. «Mais aujourd'hui, souligne-t-il en gras, il y a une amélioration, parce qu'ils sont mieux formés.» Puis, il se fait un tantinet critique, avec raison : «En Suisse, il y a encore trop d'arbitres qui parlent trop, qui expliquent leurs décisions.»

Pour la petite histoire, le fils de Bernard Pasteris, Olivier, a été arbitre en LNA. A quelques reprises, ils ont sifflé ensemble. «Aujourd'hui, précise le papa très attentif, Olivier s'occupe de la formation des jeunes arbitres, au plan régional et il est aussi évaluateur national.»

Bernard Pasteris est "Pépin"

Pourquoi ce surnom ? Bernard Pasteris raconte. «Mon papa s'appelait Joseph, Giuseppe. En italien, cela donne comme petit nom «Pepino». Quand je suis arrivé en Suisse j'ai habité le même quartier dans lequel mon père avait vécu (chez ma tante, dans le quartier de Beauregard). Mes copains avaient dit : c'est le fils de «Pepino» et comme j'étais petit, je le suis resté, ils m'ont surnommé «Pépin». Aujourd'hui encore, tout le monde, mais vraiment tout le monde, m'appelle «Pépin». 

Palmarès

Bernard Pasteris est né le 4 mai 1937 à Ivrea (Italie).

A reçu en 2010 le Prix sportif de l'Etat de Fribourg.

FIBA : a été 17 ans arbitre et 18 ans commissaire (a voyagé dans l'Europe entière).

A commencé officiellement sa carrière d'arbitre en 1964. Il a été arbitre international jusqu'en 1989.

A été junior de 1951 à 1955, joueur de LNA de 1955 à 1961 (Fribourg Basket devenu FR Olympic).

De 1973 à 1988, a arbitré pour la FIBA environ 200 matches (hommes et dames), a participé à divers   championnats d'Europe toutes catégories, et a arbitré de nombreux matches de Coupe d'Europe (a sifflé une finale féminine et 2 demi-finales masculines, des tournois préolympiques).

En 1978, a été moniteur d'un stage à Budapest pour de nouveaux arbitres internationaux.

En juin 1982 a été membre du comité d'organisation du congrès mondial de la FIBA à Fribourg.

Le 17 juillet 1988, match de fin de carrière à Tel-Aviv entre une sélection européenne et le Maccabi.

De 1989 à 2007 a été commissaire FIBA, évaluateur d'arbitres. A parcouru divers pays d'Europe dont le Moyen-Orient (environ 180 matches).

A été directeur cantonal et régional (cours d'arbitres) et, entre autres présidences, président de la Commission des équipes nationales de Suisse de 2004 à 2009. Ses activités ne s'arrêtent pas là.

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