Jean-Pierre Besson, légende de la voltige aérienne | Coopération
X

Recherches fréquentes

Jean-Pierre Besson, légende de la voltige aérienne

13 décembre 2016

Jean-Pierre Besson : «Je n'ai jamais eu peur, je suis toujours dans la maîtrise…». Savoir passionner les gens et transmettre du rêve demande une grande force d'humilité. Chez Jean-Pierre Besson, qui a dessiné son existence en 3 D, elle est naturelle. Si, sur la terre, il a la tête bien sur les épaules, elle est souvent en bas quand il vole, acrobatiquement, avec des figures dites douces ou plus éprouvantes. «Ce n'est pas dérangeant, c'est notre pain quotidien.»

Aujourd'hui, il vole encore, pour le plaisir, qui est son maître-mot transmis à des générations. «Je fais encore un peu d'acrobatie, j'effectue des tonneaux et des loopings. Que voulez-vous, c'est ma passion.» Celle-ci est née, il était enfant. «A Yverdon, mes parents tenaient une boulangerie, à la Place Bel-Air. Là, je jouais souvent devant la maison. Il faut se resituer l'époque, les années 1950. Le dimanche matin, je voyais des gens passer à vélo. Ils portaient dans leur sac de touriste des ailes de modèles réduits d'avions. C'était des modélistes, c'est ce qu'on m'avait dit. Alors, je suis allé à l'aérodrome, pour voir. Pour les voir faire voler leurs modèles. C'est alors que j'ai aussi découvert les vrais avions. Ça m'a fasciné.» Les yeux de Jean-Pierre Besson brillent. «Après, quand je me suis mis à voler, j'ai voulu faire de l'acrobatie. La voltige, c'est la liberté en 3 D.»

- La voltige aérienne ou acrobatie, qualifiée de 8 e art, est-elle un sport ?

(Courte réflexion, assortie d'un sourire) – Il faut être honnête : pour moi, non, c'est ce que je crois,  ce que je pense. Bon, le corps est sollicité, assez violemment, sous forme d'accélérations ; mais je n'oserais pas me comparer à un gymnaste, à un sauteur à la perche. Ça serait malhonnête. Ils sont dans une autre dimension du corps.

- Justement, votre corps, dans l'acrobatie, comment réagit-il ?

Les fortes accélérations pourraient l'endommager ; le pousser jusque-là ne serait pas raisonnable.  Quand on fait un looping, le sang va dans les parties basses du corps comme quand on fait le carrousel en tenant un enfant par les mains. Lors d'un looping inversé, par contre, le sang va dans la tête, comme si on faisait le carrousel en tenant l'enfant par les pieds. C'est beaucoup plus éprouvant. Mais rassurez-vous, chez un voltigeur aérien, tout cela est bien maîtrisé.

- Dans votre carrière, avez-vous connu le voile noir…

Oui, de très nombreuses fois mais c'est quelque chose qu'on peut atténuer en tirant moins fort sur le manche. Par contre, si l'on exagère comme cela m'est arrivé une fois à Verdun, en 1989, lors d'un entraînement avec l'équipe nationale suisse, cela peut aller jusqu'à perdre connaissance. Quand cela arrive, il n'y a plus personne qui pilote… Dans mon cas, selon les médecins, cela a duré environ 25 secondes. En cause, une figure sur le dos suivie immédiatement d'une autre sur le ventre. C'était imposé dans le programme international de cette année-là.

- Avez-vous eu peur, au moins une fois ?

Non, jamais. Je suis toujours dans la maîtrise. Je suis d'ailleurs aussi comme ça dans la vie.

- Etes-vous soumis à des tests, à un suivi médical ?

Oui, bien sûr, on est contrôlé par des médecins, mais pas plus qu'un pilote normal, de petit avion de tourisme.

- Combien dure un vol acrobatique ?

En compétition, entre 6 et 8 minutes. Par contre, avec un passager, cela pourra être un peu plus long car on va lui laisser le temps de respirer entre les figures. J'ai effectué d'innombrables vols de passager, quel plaisir cela a été pour eux de découvrir qu'avec un bon accompagnement ils pouvaient supporter ce genre de vol sans être indisposé. Une femme qui ne m'avait pas dit qu'elle était enceinte et plusieurs handicapés sont les passagers qui m'ont peut-être fait le plus plaisir. Il n'y a pratiquement rien qui s'oppose à danser dans l'espace avec des figures douces bien commentées. C'est magnifique de pouvoir vivre et partager un moment aussi extraordinaire.

- Combien coûte une heure de leçon de voltige aérienne ?

Je vous donne un ordre de grandeur : entre frs 500 et frs 700.-. Il faut savoir que dans une leçon, la voltige ne dure jamais plus de 15 à 20 minutes, car il y a des pauses. Avec le vol, il y a une partie théorique ; après le vol, un débriefing. Le temps consacré est très important par rapport à la pratique. Le moniteur ? Il n'est payé uniquement pour la durée du vol ; c'est donc un apostolat.

- Qu'en est-il de l'alimentation ?

Chacun a la sienne. Avant une compétition, ça peut paraître paradoxal, il faut avoir l'estomac rempli car un estomac rempli ne bouge pas dans le corps. Il est calé. Conséquence : le risque d'être malade est minime. Je demandais toujours à mes passagers s'ils avaient mangé. Ils me répondaient souvent non et je devinais pourquoi ; alors je leur faisais manger du pain avant de décoller. J'en avais toujours avec moi.

- Dans une compétition, combien y a-t-il de programmes ?

Ils sont au nombre de 4. Il y a un programme imposé annuel  (une douzaine de figures), il est le même pour le monde entier, un programme libre,  on peut le composer soi-même avec des contraintes réglementaires. Il y a aussi un programme inconnu qui est transmis au pilote la veille au soir. Et un programme dit intégralement libre, «le 4 minutes», sans aucune contrainte au niveau des figures. La voltige a lieu seulement par temps clair et à vue. Le vol se fait dans un volume de 1km 3 , avec un marquage au sol, pour se repérer (il existe principalement dans les compétitions internationales).

- Dans le monde de la voltige aérienne, vous êtes une légende. Ça doit vous faire plaisir…

C'est ce que disent les gens. Ma réputation, c'est surtout dans les meetings qu'elle s'est faite. Je n'étais pas le meilleur au monde, mais j'ai participé à des championnats du monde et d'Europe, en terminant au milieu des classements, mais là, j'ai beaucoup appris. Les meilleurs compétiteurs ne sont pas toujours les meilleurs pilotes. En meeting, c'est du cirque que l'on fait, mais cela fait plaisir au public.

- Pourquoi n'avez-vous jamais été champion du monde ?

C'est simple : je n'avais pas ni les moyens financiers ni la hargne du compétiteur. Je n'avais pas ce profil. Etre le premier n'a jamais été un but en soi. Si j'ai participé à des mondiaux, c'était prioritairement pour apprendre, beaucoup, dans le but de pouvoir enseigner. Toute ma vie, j'ai enseigné. L'enseignement est ma passion. Dans la voltige, c'est dans l'enseignement où je me suis senti  le plus à l'aise.

A l'endroit

Sur la tête !

Jean-Pierre Besson…commentateur

Jean-Pierre Besson a été le premier à parler au public lors d'une démonstration d'acrobatie. «Pendant le vol depuis mon avion, je parlais aux gens. J'avais bricolé un système depuis ma radio de bord branchée au sol sur la sonorisation. Je suis un homme de communication. En vol, je décrivais les figures et celles que j'allais faire, absolument tout. Parfois ma voix  se modifiait en fonction des figures et de la tension sur les cordes vocales. J'ai commencé ce type de présentation vers 1983. Cela avait beaucoup de succès. Hélas, cela ne se fait plus.»

Jean-Pierre Besson, homme attachant est une mémoire vive, instruit et avec lequel il fait bon partager des passions. Il se situe dans la catégorie des instructeurs et pilotes de meeting. «J'aime faire le spectacle et pour ça, il n'y a pas forcément besoin de présenter des figures difficiles. Plus c'est compliqué et moins le public comprend.» La satisfaction du pilote, outre de faire plaisir au public et de le combler de rêves, c'est de se dépasser. Il boit une gorgée d'eau et ajoute : «Pour être instructeur, il faut être altruiste. Pour être champion du monde, il faut être égoïste.» Comme dans le sport.

Et si, finalement, la voltige ou l'acrobatie était un sport, aérien ?

Jean-Pierre Besson et l'avion électrique

Depuis cette année 2016, il existe un avion électrique – après la voiture – pour l'acrobatie. «Il s'agit d'un prototype», précise Jean-Pierre Besson. «Je ne l'ai jamais essayé, mais qui sait. L'avion électrique ? C'est une piste, pour le futur.»

Professionnellement, la formation de base de Jean-Pierre Besson s'est située dans l'électricité. Puis, il a enseigné durant 3 ans, à l'Ecole professionnelle d'Yverdon. «J'ai toujours été un homme qui donne des cours partout et dans diverses matières.»

Il a été chef du personnel à la Compagnie vaudoise d'électricité (devenue Romande Energie). «J'y ai passé une bonne partie de ma carrière. Puis, j'ai été à mon compte durant 28 ans. J'ai voulu faire par moi-même.» Il a été conseiller d'entreprises (consulting).

Fréquemment, il rencontre des personnes qui lui disent : «J'ai été votre élève.» Parce qu'il a enseigné à différents endroits et même dans les airs, il  leur demande, parfois : «C'était où et quand ?» Et quand on lui répond : «j'ai volé avec vous, vous avez été mon instructeur», ça le ravit, parce qu'on se souvient toujours de son premier instructeur.

Surtout au moment du lâcher seul, quand l'élève dans le ciel se retrouve pilote, tout seul.

Palmarès

Jean-Pierre Besson est né le 12 septembre 1940 à Yverdon.

Formation : ingénieur électricien.

Activité : conseiller d'entreprises.

Brevets : pilote privé en 1962, voltige en 1965. Instructeur en 1973, professionnel en 1973, voltige à basse altitude en 1978.

Heures de vol : 4950 h et 18'000 atterrissages comme pilote, 2560 h et 11'100 atterrissages comme moniteur, 1610 h et 4'890 atterrissages en voltige.

Instructeur chargé de cours à la Swiss Aerobatic Association (SAA)

Expert à l'Office Fédéral de l'Aviation civile (OFAC), pour les brevets de pilote.)

De 1988 à 2009, mandaté par l'OFAC, pour la formation centralisée des instructeurs d'acrobatie. *Ce cours donné d'abord sur Bücker (avec 2 ailes, avion poétique et historique) puis sur Cap 10 où l'instructeur et l'élève sont côte à côte. »

Participation à de nombreuses compétitions aux commandes de l'Acrostar, du Cap 20 L et du Pitts Special, dont depuis 1978 les championnats de Suisse (10 fois), la Coupe Tara, la Coupe Mudry.

Championnats du Monde de voltige

South-Cerney (GB) en 1986, Red-Deer (Canada) en 1988, Yverdon-les-Bains en 1990, Cap Town Afrique du Sud en 1995.

Championnats d'Europe : Toulouse en 1991.

Membre de l'équipe de Suisse de voltige de 1986 à 1995.

1 er en catégorie Promotion à la Coupe Tara de 1980. 2 e en catégorie Promotion aux championnats de Suisse en 1980. 3 e en catégorie Elite aux championnats de Suisse de 1985 et 3 e en catégorie Elite aux championnats de Suisse de 1989.

A arrêté la compétition à la fin des années 1990.

A été président de l'Aéro-Club Yverdon.

Quiz

  01
sur
 

Article précédent Ellen Sprunger, heptathlète et responsable pour la Suisse romande de la plateforme de crowdfunding «I believe in you» Article suivant Yves Platel, ancien grand nageur