Patrick Kinigamazi, champion de boxe | Coopération
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Patrick Kinigamazi, champion de boxe

10 mai 2016

«Je n'aime pas la boxe, mais j'aime sa philosophie». On a retrouvé Patrick Kinigamazi, 33 ans, dans un bistrot, distant de deux épaisseurs de gants de la salle du Club pugilistique de Carouge. Son club, là où des hommes l'ont vu grandir et accompagné dans sa démarche. Il combat toujours mais dernièrement, il s'est glissé dans la peau d'un organisateur (ou promoteur) d'une soirée dédiée à la boxe, au cours de laquelle il est monté sur le ring. «J'ai gagné et je tiens à remercier le patron du Garage Citroën aux Acacias, M. Picard, qui a transformé le lieu, pour nous», raconte Patrick Kinigamazi, bien calé dans son coin. Face à lui, il y a son entraîneur, Giorgio Costantino, fidèle parmi les fidèles. «Il y avait 600 personnes (le 22 avril dernier), c'était plein et les gens ont été ravis. Les combats ? Ils ont tous été d'un haut niveau.»

Les comptes sont en train de se boucler. «Le seul truc que j'ai demandé, c'est de pouvoir organiser la soirée de A à Z, avec de l'aide bien sûr», souligne ce combattant-compétiteur de classe, qui avait déjà mis sur pied des soirées musicales. Quel genre ? «Du hip-hop.» Il ajoute : «Quand on se lance dans une organisation, on connaît la liste des factures mais on ne sait pas si on aura des sous en suffisance. Là, je n'ai pas perdu d'argent.» Patrick Kinigamazi a enchanté le public, gratuitement, parce qu'il ne s'est pas payé.

«Léman Bleu», la télé était présente, il a fallu modifier la sono et la lumière engendrant des frais supplémentaires. La soirée a été belle et réussie. «Il y en aura d'autres. Le but aussi, dans ce genre d'aventure, c'est d'aider des jeunes, de les montrer au public. J'ai eu cette chance, il est normal de renvoyer l'ascenseur.» Au bord du ring, il y avait son fils. «C'était la première fois qu'il me voyait boxer ; j'avoue que ça m'a mis une pression supplémentaire. Il est plutôt foot, mon fils est à moitié portugais. Il ne jure que par Ronaldo. Mais après le combat il m'a dit : «papa, je veux commencer la boxe.» Patrick Kinigamazi, charmeur et touchant, a le regard qui brille.

Patrick Kinigamazi et…

…la boxe. «Je n'aime pas la boxe», lâche-t-il, sincère et d'une manière surprenante. «J'aime bien la philosophie qui se dégage de ce sport, fair-play où les coups se donnent en face. On se tape dessus, mais il y a du respect. Après, on se retrouve au bar pour y boire une bière.»

Boxe ou plutôt kick-boxing, discipline où Patrick Kinigamazi a aussi brillé, voire excellé. «Je n'ai pas de préférence.» Il a commencé les sports de combat, tardivement. Il avait 17 ans (Académie de karaté de Genève). Kung-Fu, puis kick. «Il fallait que je canalise mon trop plein d'énergie. Mon frère faisait de la boxe. Pour m'améliorer dans cette discipline, je suis allé à Carouge. Un jour, on m'a proposé de participer aux championnats romands. C'était en 2004, j'ai gagné et l'année suivante, aussi.» Patrick Kinigamazi s'entraîne tous les jours. «Il y a la boxe et le plaisir. Je marie les deux et ça se passe bien. Quand on pratique un sport, il faut que le plaisir soit là. C'est très motivant et enrichissant. Il y a les copains, le plaisir de se retrouver, de déconner ensemble.»

Avant de monter sur un ring, Patrick Kinigamazi jouait au basket, à Bernex. Il était meneur de jeu. «C'était mon sport. A la télé, je ne regarde jamais la boxe, sauf si c'est un grand combat. Mais le basket, la NBA, je suis fou de ça. Je passe des nuits devant mon écran. Le foot, aussi, m'intéresse beaucoup.» Jeune, il n'aimait pas le sport, sa pratique. Il détestait ça. « Mes frères, eux, allaient s'entraîner, moi, je préférais rester au lit. J'étais le seul non-sportif.» Depuis, les choses ont bien changé et ce changement, pour Patrick Kinigamazi, est inexplicable.

Patrick Kinigamazi et…

…l'avenir. « Je pense encore boxer deux ou trois ans.» Cette année, Patrick Kinigamazi envisage de demander la nationalité suisse. Il est arrivé à Genève, il y a 18 ans. «Je suis Genevois, et très fier de l'être.» Pourquoi la Suisse? «Parce que toute ma famille a étudié ici.» Il a quitté le Rwanda à cause du génocide et il ne veut pas parler de son pays.

Ses divers titres lui ont rapporté un peu de sous. «Tout est déclaré !» En novembre, il devrait boxer pour un titre de la francophonie et de champion d'Afrique. Le fait qu'il n'ait pas le passeport suisse lui ferme la porte d'un titre européen (WBC ?). «Dans sa catégorie – super-plume, poids, 57 kg –, il est numéro 2 ou 3, affirme Giorgio Costantino.» L'objectif, le rêve avoué, c'est de se donner un jour la possibilité de combattre pour un titre mondial.

Plus tard, Patrick Kinigamazi aimerait créer deux ou trois écoles de boxe, en Afrique. Ça passe par la construction de salles. «J'y pense depuis longtemps. Pour être crédible, il faut être là-bas, sur place. C'est du sérieux.»

Palmarès

Patrick Kinigamazi est né le 2 mars 1983 à Gisenyi, au Rwanda.

Vit en Suisse depuis 1998.

Pro en boxe depuis 2006.

26 combats, 24 victoires, dont 3 par KO et 2 défaites.

Champion de Suisse des poids légers en 2007.

Kick-boxing : a été 4 fois champion d'Europe (2007 et 2008) et a été 2 fois champion du monde (2009 et 2010). Il a arrêté le kick-boxing, il y a 4-5 ans.

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