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Maurizio Bittarelli, ancien boxeur

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16 mai 2017

"Maurizio,   vous êtes un jeune homme!"  Il porte une barbe, il "fait" prof de philo ou écrivain latin. "Je me suis laissé pousser la barbe pour cacher mes rides", dit en souriant Maurizio Bittarelli, ancien boxeur italo-suisse de renom, qui s'est produit un peu partout en Europe. "Grâce à mon sport, j'ai pu voyager en avion."

Il est arrivé en Suisse un samedi de 1963, avec ses parents. "Et le lundi, je suis allé à l'école. "D'abord aux Croix-Rouges, où ça a été dur, puis à Saint-Roch." Il raconte et l'émotion est encore palpable. "Aux Croix-Rouges, on m'a insulté, traité de charogne d'Italien, de magut. J'étais un peu bronzé." C'était l'ère James Schwarzenbach auteur d'une initiative contre l'emprise étrangère, rejetée le 7 juin 1970. "Ces insultes, elles m'auront marqué à vie. Je suis resté ici, parce qu'on trouvait du travail, parce qu'on vivait mieux. J'aime la Suisse et l'amour que je lui porte a grandi en moi. Je suis très content d'être là, j'apprécie cette chance, d'y avoir 5 petits-fils merveilleux. Mais, je   ne me suis jamais naturalisé. Jamais. La faute sans doute à ce traumatisme, que j'ai vécu jeune." Ce racisme qu'il abhorre.

Il chante Barzotti: "Je suis Italien et je le reste." Maurizio Bittarelli ajoute: "J'étais un peu bronzé, un teint de Latin. Le premier homme Noir que j'ai vu dans ma vie, c'était à Lausanne, dans le quartier de Beaulieu. Auparavant, j'en avais déjà vus, mais à la télévision." La Suisse, il s'y sent bien, Lausanne, il aime. "Le 1er mai, j'ai fêté mes 54 ans, ici." Il a deux frères, qui sont retournés en Italie. "Je suis le seul à être resté." Il pourrait aussi chanter Piaf: "Non, rien de rien, je ne regrette rien."  

À cause de la guerre, sa famille a vécu des drames. "Mon grand-père est décédé en 1915, pendant la première guerre. Mon papa ne l'a pas connu." Il poursuit, gravement. "Mon papa a passé 5 ans en Allemagne, de 1939 à 1944 (2e guerre mondiale). Il était prisonnier ; et en 1944, ma grand-maman est morte. Une bombe a explosé devant la maison." Tous ces événements, ces drames, Maurizio Bittarelli les racontera à ses 5 petits-fils. "Il faut qu'ils sachent. Il faut savoir d'où on vient si on veut savoir où on va." Pour l'heure, seul le plus grand, qui a 16 ans, est au courant. "Les autres sont un peu plus jeunes. J'attends encore un peu."

Maurizio Bittarelli est un fan d'astrologie. "Avant de mourir, j'aimerais savoir s'il y a des êtres humains ailleurs. S'il y a une autre vie que sur la terre." En 1969, il a assisté aux premiers pas d'un homme sur la lune (Neil Armstrong). "Je me trouvais au camping de Vidy, à Lausanne au bord du lac. Il y avait une télé." Il se demande, ou s'interroge: "Depuis, personne n'y est retourné. Pourquoi ? Était-ce une mise en scène? N'y a-t-il plus rien à trouver là-bas, à découvrir?"

Dans sa vie, riche en expériences qui l'ont nourri, en rencontres, Maurizio Bittarelli a été livreur de fleurs, mécanicien sur autos : "J'ai passé mon diplôme à Lausanne", puis a vécu dans le monde du commerce de voitures. "J'ai posé les plaques – quoi de plus logique et naturel – à 65 ans, le jour de mon anniversaire." Dans la foulée, il a posé le paquet de cigarettes. "Du coup, j'ai aussi soigné mon hygiène de vie. J'ai perdu 14 kg. Aujourd'hui ma balance indique 88 kg, auparavant, 102. Et je me sens bien. D'ailleurs, mon médecin qui me suit m'a dit l'autre jour après un contrôle: "Maurizio, vous êtes un jeune homme."

Maurizio Bittarelli et la boxe

Son premier combat amateur, Maurizio Bittarelli s'en rappelle, comme si c'était hier. "J'avais 16 ans, c'était   à Yverdon. D'entrée, j'ai pris deux tartes. Je me suis alors dit: "Maurizio, qu'est-ce que tu es venu foutre là."   En poche, il avait une licence suisse juniors.

Il avoue: "J'ai passé trop vite pro. Déjà à cette époque, j'avais un entraineur plus un manager." Maurizio Bittarelli était un boxeur très technique. "La bagarre, ça ne me plaisait pas. Les coups? Très peu pour moi. Durant ma carrière on m'a mis K.O. J'ai aussi gagné par K.O." Il explique : "La boxe, c'est comme l'escrime, c'est un toucher,   ce n'est pas "tuer" l'adversaire. Au départ, la boxe c'est ça. Je regarde encore mon sport, seulement si la boxe est bien faite."  

Il a boxé en Italie, dans son pays. "En Italie, le niveau était 19 fois supérieur à celui de la Suisse. Pourquoi ? Parce qu'il y a des boxeurs de 19 régions qui s'affrontent." Dans son pays, Maurizio Bittarelli était au bénéfice d'une licence pro. Il ajoute: "Quand je gagnais, j'étais un Italo-Suisse et quand je perdais, un Italien." Des mots entendus ici.

Ça rappelle le tennisman Yannick Noah. Quand il gagnait, il était Français et quand il perdait, il était Camerounais. Le monde du sport nationaliste est parfois impitoyable.

Il se rappelle, Maurizio Bittarelli de son combat contre Louis Acariès qui allait devenir champion de France, puis d'Europe. "Il avait 5 kg de plus que moi. C'est énorme. On m'avait demandé de l'affronter parce que j'étais bon techniquement et parce que je n'étais pas un puncheur. C'était une sorte de combat d'entraînement. Je l'ai perdu."

 

Après la rencontre disputée à Paris, (Maurizio Bittarelli avait touché FF 5000.-), le restaurateur où tout le monde s'est retrouvé pour manger, lui a offert 2 bouteilles.

"Ce Monsieur m'a donné deux bouteilles de 1936, en disant que j'avais été meilleur techniquement que Louis et que je méritais bien ça. Sans me vanter, je n'ai jamais affronté un adversaire plus fort que moi, techniquement."

Il faut le croire. "Dans ma vie – elle n'a pas été un fleuve tranquille –, je n'ai eu peur de rien. Je dis ce que je pense, il y a une manière de dire les choses. Dans ma vie, j'ai toujours détesté le mensonge. Il n'y a que la vérité qui compte."

Il inculque ça à ses petits-fils. "Trois jouent au foot, dont deux avec les M10 et M12  

du LS (Lausanne Sport)." Son fils, Benny, a joué aussi au LS! En première division en 1989-1990. "Il occupait le poste de demi-offensif."

Palmarès

Maurizio BITTARELLI est né le 8 septembre 1950 à Perugia (Italie).

A pratiqué la boxe. Poids welters (limite 67 kg). Droitier.  

A été licencié au Club lausannois de boxe (CLB).

Tout en étant de nationalité italienne, il a boxé à 5 reprises avec l'équipe de Suisse.

S'était qualifié pour les JO de Munich de 1972. Mais il aurait dû prendre la nationalité suisse (un boxeur Suisse qualifié pour y aller). "Même si j'avais été Suisse, ils auraient envoyé un Suisse-Allemand. C'est ce qu'ils ont fait mais il n'a pas fait long..."

A été 4 x 2e lors de championnats nationaux amateurs (3 fois en Suisse et une fois en Italie).

Chez les amateurs, Maurizio Bittarelli a disputé 75 combats. "Je n'en ai pas perdu beaucoup." Deux ou trois. Le premier, il avait 16 ans (14.10.1966 à Yverdon).

Chez les professionnels, il a disputé 23 combats, 17 victoires, 2 nuls et 4 défaites.

Le premier en 1971 "Ou en 1972."

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