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Philippe Putallaz, cavalier, champion de saut d'obstacles

TEXTE
25 octobre 2017

Philippe Putallaz: "Je suis un écorché de la vie, mais pas un faux-cul". A quelque endroit qu'il se trouve, Philippe Putallaz occupe l'espace, petit ou grand. "Enfant, j'étais turbulent et hyperactif, bagarreur. J'avais un surnom : Lippy le lion." Un lion extravagant, héros d'une série télévisée d'animation américaine, créée par Hanna-Barbera, diffusée entre 1962 et 1963. "J'étais en 2e, j'attaquais les grands. Je courais vite, j'étais sportif. Je me rappelle que le prof d'école m'avait dit : un jour, tu seras champion de Suisse, mais je ne sais pas dans quel sport."

Dans la discussion, passionnée, passionnante, Philippe Putallaz, parfois contrarié, jamais sombre, se rappelle, un geste du maître. Il s'en est inspiré. "A l'école, j'avais 14-15 ans, le prof effaçait avec une éponge ce qu'il y avait sur le tableau noir. Je me suis dit : fais comme lui, efface tout ; dans ma tête, j'essayais d'oublier ce que j'avais fait dans la journée.

- Êtes-vous rancunier ?

"Non. Prenons la succession de mes parents. Maman tenait le Café de la Treille à Vétroz. Avec mes 3 frères et mes 3 sœurs, nous avons accepté la succession. Il y avait une dette de frs 10'000.-. On a remboursé tout le monde."

- Le sport hippique s'est-il tout de suite imposé à vous ?

"Je faisais du foot, d'abord à Vétroz, puis au FC Sion. J'ai été junior B inter, je jouais avec Alain Geiger (ancien grand international). Mon premier entraîneur a été Jacques Guhl (il a créé l'école de foot). J'étais centre-avant, je marquais des buts, je courais vite."

- Comme vous couriez vite, vous auriez pu pratiquer l'athlétisme...

"...Mais l'athlétisme n'est pas du tout un sport valaisan. A Vétroz, il y a le foot et un peu le basket. Mais j'aime tous les sports. Je pratique notamment beaucoup le ski. Mon ex-femme, Sandra Rombaldi, est la fille de Bouby (ancien skieur suisse). C'est une cavalière de compétition. Je suis divorcé, mais elle est là, ça se passe bien."

- Quand a surgi votre amour pour les chevaux ?

"J'ai aimé les chevaux depuis toujours. En 1972, il y avait à Vétroz, à côté de chez moi, une écurie. Je m'occupais des box, je donnais des coups de main. Un jour, je suis monté sur un cheval, c'était la première fois, on est partis au galop. J'avais des prédispositions. Huit mois après, je m'en rappelle, c'était en 1973, je remportais un combiné junior (dressage et saut)."

- Un cheval, pour vous, c'est...

"...Une référence à des films de western, aux cow-boys, à l'étalon noir, à l'envie de galoper. Ma famille n'était pas aisée. A l'époque, pour moi, l'hippisme était un sport de riche. Je me suis construit tout seul."

-...

"J'ai perdu mon papa, j'avais 10 ans, ma maman est décédée, j'avais 17 ans. Mon frère plus âgé d'une année a été mon tuteur. La perte de mon papa m'a bouleversé, énormément marqué. J'ai vécu son départ comme une injustice totale. J'étais un enfant hyperactif, jamais tranquille. Je suis un écorché de la vie. Puis ce fut au tour de maman. Dans la vie, il y a des éléments qui vous marquent, qui font ce que vous êtes."

- Comme tout écorché, vous devez être quelqu'un d'hyper sensible, qui masquez passablement des choses, avec votre caractère ?

"Oui, mais je ne suis pas un faux-cul. Mon plus grand défaut qui est aussi ma plus grande qualité c'est ma grande gueule. Combien de nuits blanches j'ai passés pour ne pas avoir dit des choses à des personnes, qu'elles soient sponsors, cavaliers ou propriétaires. Ça a été des mauvais moments de ma vie. Dans le milieu, je sais que beaucoup de gens ne m'aiment pas. Mais beaucoup de personnes m'aiment."

- Parlez-vous à vos chevaux ?

"Peu, je parle surtout aux gens."

- Vous êtes un cavalier de saut d'obstacles, mais parlez-nous de l'épreuve de puissance progressive (six barres).

"En hippisme, c'est un show. C'est le saut en hauteur en athlétisme. J'ai franchi un jour de 1984 à Lucerne, 2m30. Le record du monde sur le mur est à 2m35, il est de 2m47 sur les barres (en athlé, le record du monde est détenu par Javier Sotomayor avec 2m45 en plein air et 2m43 en salle). La peur chez moi n'existe pas. Le cheval sent, s'il y a une faille chez le cavalier. C'est un sport individuel à deux. Pour ce genre d'épreuve, les chevaux, qui sont des spécialistes, ont une grande force et ils sont préparés pour. Les chevaux (pour le haut niveau et quel que soit la discipline) sont des athlètes."

- Vous leur parlez peu...

"...Oui, mais je les flatte, je leur prodigue beaucoup de caresses. Je leur dit salut, c'est bien, bravo, je parle surtout avec mes yeux, avec un regard, on se comprend, un cheval sait quand il a fait bien ou mal. Je le lui montre. Il sait s'il est le plus beau ou le meilleur."

- Faites-vous de l'élevage ?

"Un peu, c'est le seul moyen de trouver un crack pas cher. Avec Jessy, mon fils, on est associés dans la société JP Horses."

- Ici, à Chavavannes-des-Bois, combien y a-t-il de chevaux ?

"35 à 40, il y a des chevaux de propriétaires et des pensionnaires, une trentaine, le reste est à nous. J'ai le statut de pro, parce que je suis prof d'équitation et cavalier de concours, et que je fais du marché de chevaux, du commerce pour m'en sortir."

- Aujourd'hui, quel est votre sentiment, ou regard, vis-à-vis du monde hippique ?

"On a voulu démocratiser ce sport. Quelle erreur ! (Mot choisi). Pour frs 35.- vous pouvez faire du cheval durant une heure, ça fait frs 140.- par mois, on met tout à disposition, y compris le prof ou le moniteur. Le problème, c'est que trop de gens n'ont pas les moyens de le pratiquer, ils sont devenus méchants et malhonnêtes. L'ambiance a changé."

- C'est à dire...

"...Des gens sont capables de tuer père et mère pour monter sur un cheval, pour faire de la compétition, prêt à faire n'importe quoi même à leur meilleur ami, pour monter un bon cheval. On donne envie aux gens, mais ils n'ont pas les moyens de cette envie. Ils se voient en Ferrari alors que c'est une 2CV qui les attend. Moi, j'ai dû lutter pour monter à cheval. On n'avait pas un franc. Alors oui, je suis fier de ce que j'ai fait, d'avoir fait du haut niveau."

- Vous approchez des 60 ans et vous êtes champion romand, titre acquis en 2016.

"Oui, je suis champion romand en titre, je vais le remettre en jeu à Sion, à la fin du mois de septembre. Je vais vous dire, ça rend jaloux ces gens. Et si je fais encore ce sport, c'est pour ces personnes-là."

- Vous arrive-t-il de signer des autographes ?

"Oui, dans la rue et ailleurs. J'en éprouve du plaisir, c'est une reconnaissance et ça fait 40 ans que ça dure. Et pourtant je n'ai jamais été champion du monde ; il y en a qui pense ça. Il n'y a rien de pire que l'anonymat, qui peut engendrer une profonde dépression car pour un sportif de haut niveau, passer de la lumière à plus rien, peut s'avérer grave."

- Et les réseaux sociaux ?

"Un jour, il pleuvait, j'ai sauté avec "Ouessant de Perhet" - il appartient à Philippe Putallaz, c'est son cheval de cœur - avec un parapluie. Une vidéo a été mise sur Facebook et il y a eu 200'000 vues. Oui, je suis plus connu maintenant qu'avant."

Palmarès

Philippe Putallaz est né le 14 mars 1960 à Vétroz.
A été champion de Suisse junior de saut d'obstacles en 1978.
A été plusieurs fois champion romand. Le dernier en 2016.
A son compteur, plus de 200 succès internationaux.
A gagné, notamment, le GP de Crans-Montana, celui de Villeneuve-Loubet, de Cagnes-sur-Mer.
A terminé 4e au GP d'Athènes. Et 4e au GP de Palm Beach (Etats-Unis).
A gagné des épreuves de puissances "Un peu partout", notamment au CHI de Genève, en 2016.
Était réserviste pour les JO de Los Angeles en 1984 (4 cavaliers pouvaient y participer, il était le 5e).

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