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Charly Haenni, ancien arbitre de football

24 décembre 2018

-Avez-vous aimé le milieu du football?
-Oui, je l'ai adoré; étonnamment, c'est l'ambiance qui régnait en première ligue que j'ai le plus apprécié. Et pas forcément celle régnant aux étages au-dessus. En 1ère ligue, il y avait beaucoup de derbies dans la région lausannoise, en Valais et du côté de Genève, notamment. Les enjeux étaient différents de ceux d'aujourd'hui. La LNB (aujourd'hui challenge League) était l'antichambre de la LNA (Super League). En 1ère ligue, il y avait le match et l'après-match.

-Y avez-vous gardé des contacts?
-Au mois de septembre dernier, j'ai participé au 60e anniversaire du FC Savièse, où j'ai tissé des liens d'amitié. Beaucoup de gens, un peu partout, reconnaissent l'arbitre, et pas toujours le nom. Ça veut peut-être dire modestement qu'on a laissé une trace.

-Pouvez-vous citer un joueur agréable, que vous avez aimé arbitrer?
-Rolf Blättler, quelle classe chez cet homme! Chez les entraîneurs? Richard Dürr et Bernard Challandes m'ont marqué. 

-Et les joueurs les plus compliqués (mot choisi)?
-Georges Bregy et Karl Engel, deux forts caractères (doux euphémisme). 

-Avant un match, étudiez-vous les caractéristiques des deux équipes, des joueurs?
-Non. Il y a des joueurs qui ont une réputation. J'essayais de ne pas avoir d'à priori. Chaque arbitre avait son style. Aujourd'hui, il y a plus d'uniformité, les arbitres sont plus physiques. Je parle de leur condition. Avant, beaucoup d'entres eux avaient une forte personnalité. On la mettait plus en avant et on la remarquait, on n'évoquait pas leur potentiel physique. 

-Quel arbitre étiez-vous?
-Physiquement, je n'étais pas le meilleur. Je compensais ça par une prestance, une autorité naturelle. J'essayais de laisser jouer, j'essayais d'offrir aux joueurs le moyen de s'exprimer.

La faute au formatage

-Depuis de très (trop) nombreuses années, l'arbitrage suisse n'est plus représenté dans des compétitions majeures (Euro, Mondial). Le dernier arbitre à ce haut niveau fut Massimo Busacca (CM 2006, Euro 2008, notamment). Pourquoi d'après-vous?
-À mon époque, il y avait 7 arbitres FIFA, dont MM. Galler, Röthlisberger, Daina, Urs Meier, pour ne citer qu'eux. Tous des référents. Des personnalités. M. Galler n'était pas grand mais il avait du charisme, il dégageait quelque chose. Si on est absent au plus haut niveau, c'est à cause du formatage qu'on a fait des arbitres. Que ce soit au plan physique comme à celui de l'encadrement. Où ils sont un peu enfermés. De nos jours, sur le terrain, les fortes personnalités ressortent moins. Auparavant nous pouvions laisser libre cours à notre arbitrage, qui était le reflet plus ou moins de ce qu'on était. Vivait. Maintenant, il y a des caméras partout.

-Auparavant, dans les journaux, il y avait de la part de l'auteur de l'article une petite appréciation sur la performance de l'arbitre...(mauvais, médiocre, bon, très bon, etc)
-...C'était les seuls à nous "juger", avec le public bien sûr et l'inspecteur du match.  Mais on disait qu'il n'y avait rien de plus vieux que le journal d'hier. Pendant un match on discutait avec les joueurs, il y avait un échange, parfois "dangereux".

-On a le sentiment que les arbitres, pas tous, parlent trop avec les joueurs...
-...Il faut un juste milieu. Un arbitre se doit de bien maîtriser la parole, le langage, être aussi psychologue. Sa prestance? C'est 40% du travail déjà effectué. Exemple: Philippe Leuba (actuel Conseiller d'Etat Vaudois) était hyper présent. Il avait son propre charisme.

Cartons en cause

-Qu'est-ce qu'un bon arbitre?
-Celui qu'on ne voit pas. 

-Un match bien arbitré, c'est...
-...Bien sentir le jeu, c'est quand un arbitre laisse jouer, quand c'est possible, quand il arrive à s'imposer sans carton abusif. S'il distribue 4 ou 5 cartons ou même plus, cela veut dire qu'il n'a pas su calmer le jeu ou à le dominer. Un carton doit sanctionner les fautes sévères et apaiser le jeu.

-Alors arbitre de LNA (Super League), à combien s'élevait votre indemnité de match?
-Arbitre principal, je touchais frs 1'200.- par rencontre et, je crois, frs 300.- en 1ère ligue. Nous n'arbitrions pas en LNA tous les week-end.

-Quel regard portez-vous sur le football féminin?
-Il évolué, en très bien. Le premier match que j'ai vu, c'était à la fin des années 1980. Je n'avais pas trouvé ça terrible. Le foot féminin a énormément progressé. Je regarde des matches à la TV et je "croche". Je ne suis pas un "vieux" macho. Chez les filles, Il n'y a pas de Neymar (Il lui arrive de tricher, il aime se rouler trop souvent au sol). Les filles, elles sont vraies.

L'erreur est humaine

-Vous souvenez-vous d'une erreur (ou de plusieurs) que vous avez commise en tant qu'arbitre?
(Spontanément)- Oui, de deux. Lors de mon premier match en 2e ligue (Payerne-Moudon 1-2, derby broyard), j'avais sifflé un penalty inexistant de chaque côté. Le second penalty? Comme il y a prescription, j'avoue que j'avais compensé, ce qu'il ne faut jamais faire. C'était déjà un match assez  spécial: je suis delà région de Payerne et je travaillais à Moudon, à la Vaudoise assurances.

-Et la seconde...
-...Elle s'est produite lors du dernier match de ma vie d'arbitre: Aarau-Lugano 3-1. 
Sur le 2e but d'Aarau, il y a eu une faute de Petar Aleksandrov sur Eklund (coup de coude) que je n'ai pas vue. Après la rencontre, j'ai téléphoné à mon épouse pour lui dire qu'elle se prépare à recevoir éventuellement quelques coups de fils....Plus tard, j'ai reçu une carte postale montrant un âne avec un texte qui allait avec. Et avec cette défaite, Lugano était dans le tour de la relégation.

Le VAR en questions

-Êtes-vous pour ou contre le VAR (assistance vidéo)?
-Je suis pour à 100%. Pour définir s'il y a but ou pas but, et si le ballon a franchi la ligne de fond ou pas. Là, c'est une aide à la décision intelligente. Je suis pour qu'on discute sur le fait de savoir s'il y a penalty ou pas, en fonction de la situation de jeu dans les 16 mètres, mais pas sur la faute qui y aurait été commise. À mon avis, le VAR ne doit pas être une béquille sur laquelle l'arbitre va s'appuyer. Il ne faut pas travestir le jeu, son esprit. L'interprétation fait partie des faits de jeu. À l'instar de la mauvaise passe d'un joueur par exemple. Lors du Mondial en Russie, on n'a pas toujours fait une utilisation adéquate du VAR. Mais elle a permis d'éviter de grossières erreurs.

Président du CE du HIB

-Votre parcours professionnel a traversé le monde des assurances et vous avez été nommé cette année et pour 4 ans Président du Conseil d'Etablissement de l'Hôpital Intercantonal de la Broye HIB)...
-...Cela peut paraître atypique mais en fait, il s'agit d'un retour aux sources. Dans mon engagement politique (voir le site de Charly Haenni), j'ai toujours œuvré et milité pour une Broye intercantonale. Dans les années 1990 à 2000 j'ai participé à la création de ce laboratoire intercantonal. En  2008, appelé à la Direction de la Vaudoise, j'ai quitté tous mes comités, j'ai passé une décennie sur Lausanne et à travers la Suisse et lâché les engagements broyards.

-Et puis, en 2014...
-...La Conseillère d'Etat fribourgeoise Anne-Claude Demierre, responsable de la Santé, m'a contacté afin que j'intègre le Conseil d'Etablissement de l'HIB (chiffres d'affaires: 100 millions de francs et 750 collaborateurs). J'ai bien sûr accepté.  Cette année (2018), j'ai pris une pré-retraite. Ayant du temps devant moi, j'ai décidé d'en consacrer beaucoup à ma nouvelle tâche (occupation 60% au minimum). Le monde socio-sanitaire m'intéresse. La région m'ayant énormément donné et régulièrement élu, je me devais de m'engager à nouveau, de lui rendre un peu de ce que j'ai reçu. L'hôpital représente un élément très important pour son développement régional. Les défis sont énormes.

-Le plus gros, c'est...
-...D'arriver à construire un réseau sanitaire très performant, un réseau de soins où la prise en charge du patient est assurée à l'endroit le plus adéquat, qui n'est pas toujours l'hôpital. Je fixe comme ambition à la Direction générale d'en faire l'hôpital de référence où le réflexe du citoyen broyard est de se rendre à l'HIB pour des pathologies qu'on est en mesure de soigner. En clair: augmenter la patientèle de Moudon à Cudrefin, de Cheyres à Léchelles et, de facto, de l'activité médicale.

Etablissement à construire

-Dans ce contexte, l'autre défi passe par la...
-...Construction d'un nouvel établissement, tout en gardant il va sans dire l'actuel, qui serait rénové. La stratégie aujourd'hui c'est de mettre en place les conditions cadres pour que l'HIB offre des soins de qualité à la population broyarde. L'opérationnel est pris en charge par le Comité de direction.

-"La politique, ce sont des relations humaines", a déclaré un jour Alain Berset. Êtes-vous d'accord avec ses paroles?
-Oui, et ensuite c'est essayer de défendre des idées pour le bien de la collectivité. ça demande énormément de patience. J'ai été 18 ans au sein d'un exécutif communal et 18 ans dans un législatif; dans ce dernier, on y conçoit des lois pour l'organisation du Canton. Là, j'ai appris ce qu'est la patience et la négociation. On reste un pays de consensus et c'est tant mieux. La démocratie directe vaut la peine qu'on s'engage. Oui, ça vaut la peine de servir et pas de se servir. C'est utile de le rappeler, par les temps qui courent.

-Vous appartenez au Parti radical. Auriez-vous pu en envisager un autre?
-Non. Je ne me suis jamais posé la question du choix. Je suis un radical humaniste, du moins c'est ainsi qu'on me qualifiait. Je défends clairement la liberté en général, tout en respectant l'être humain. Je suis issu d'une famille de 5 enfants. Notre papa était maréchal ferrant et arrivait de la Suisse alémanique. Il avait instauré au sein de notre famille une certaine rigueur avec un esprit contestataire, dans le sens de la remise en question. Nous n'avions pas la TV. Nous étions abonnés à la Feuille d'Avis de Lausanne (devenue 24 Heures). Il nous obligeait à la lire. A 10 ans, je la lisais. La famille était protestante. Une famille réformée dans un canton catholique. On habitait Vesin. J'en suis devenu le Syndic à 26 ans et mon mandat a duré 14 ans.

Palmarès

  • Charly Haenni est né le 28 novembre 1956. 
  • Son parcours est à découvrir sur son site: www.charlyhaenni.ch
  • S'il faut soustraire 3 engagements parmi les innombrables qui ont jalonné sa carriere? Charly Haenni a été Syndic de Vesin durant 14 ans. Il a été député durant 18 ans. Et Président du Grand Conseil fribourgeois en 2003. 
  • A été arbitre de 1978 à 1992. En 2e ligue en 1982. En première ligue en 1983. En LNB (aujourd'hui Challenge League) en 1986. En LNA (aujourd'hui Super League) en 1990. Jusqu'en 1992. 
  • A été footballeur en 4e Ligue au FC Ménières (aujourd'hui FC Fétigny-Ménières). "J'ai été un mauvais footballeur, rouspéteur et souvent averti."
     

 Les trois frères de gauche à droite : Charly, Willi et Adolphe