X

Recherches fréquentes

Chris Lukusa, champion de kick-boxing

25 septembre 2018

Chris, Super Swiss au Madison Square Garden. Il y a 5 ans, Christian Lukusa, Chris aux Etats-Unis, décida de quitter la Suisse "Sa tranquillité, son assurance, ce pays qui m'a tout donné, où j'ai tout appris", pour un rêve américain: New-York, sa démesure et sa verticalité, où le soleil peine à se faire un chemin lumineux, repoussé par des haies de buildings, tours en verre peut-être pas tours d'ivoire mais où l'on voit les reflets des autres.

Chris Lukusa habite Brooklyn. À New-York, il s'est construit un réseau, dessiné par des rencontres, liens nés de connexions diverses, qui l'ont fait connaître et avancer dans son chemin du travail. Il a rencontré notamment des tops modèles -homme et femme -, qui lui ont présenté un grand nombre de personnes; mosaïque touchant la variété (violoniste de Beyoncé), le cinéma, la TV, quelques chirurgiens du visage. "Il y a aussi le fils de Ralph Lauren, Andrew, qui demande mes services", dit Chris Lukusa. "Le personal training? (coach sportif) Ça paie mieux que certains combats, sourit-il. Cette activité est un bon complément à ma vie de boxeur." 

Anderson's Martial Art Academy

Installé dans la salle où il s'entraîne et reçoit -l'Anderson's Martial Art Academy- sise à Broadway Avenue, fourmillante, bruyante, il se dévoile; avoue avec une humilité rare qu'il ne se plaint pas de sa vie. Il l'a construite, petit à petit, point par point. Ou poing par poing. Comme il sait d'où il vient, il éprouve du respect pour ce qu'il fait et ce qu'il vit; sa trajectoire et son destin. Sa passion, façonnée, il l'a vit au quotidien. Il est allé la soustraire avec force et conviction, en franchissant des obstacles, improbables ou inévitables. "J'ai voulu ça", souligne-t-il "Mais quand je suis arrivé ici, à New-York, j'ai ramé, beaucoup. Je ne savais pas bien l'anglais. Dans un gym j'ai gagné 1000 dollars en le nettoyant tous les soirs." Après, il a commencé à être le sparring de champions. On lui a dit, sérieusement, entre quatre yeux: "C'est bien comme tu boxes." 

Sa maman, super héros 

Comme rien n'était acquis dans ce rêve avoué, il s'est rappelé les paroles dites par sa maman, émue quand il a quitté la Suisse, la cité Crissier (banlieue de Lausanne), le ton aimant mais péremptoire, jamais suppliant: "Mon chéri, si ça ne va pas où tu vas, tu reviens ici."

Sa maman? "C'est ma super héros, souligne-t-il fier. Elle est mon inspiration, elle est plus forte que Superman." Le regard de Chris Lukusa change, son sourire se fait plus grand. "C'est elle qui m'a fait venir en Suisse. J'avais 6 ans. J'ai quitté le Congo avant la guerre. Vu la situation de mon pays, je n'allais pas souvent à l'école. Quand je suis arrivé en Suisse, je ne savais pas bien lire." 

Son enfance, après, a été belle; mais modeste. "Je vivais avec ma maman dans une petite pièce. Elle a consenti à des sacrifices, surtout pour moi. Je n'ai jamais manqué de rien. Elle ne voulait pas qu'on dise de nous: ils sont pauvres. Aujourd'hui, je l'aide. Chaque mois je lui envoie des sous. Elle est très contente, reconnaissante et moi, je suis si fier de pouvoir l'aider que toutes mes semaines sont heureuses." 

Des blacks en Suisse ?

Mais au début, la vie n'a pas été simple. "Quand j'avais ma maman au téléphone, elle me demandait: "ça va? Je lui répondais: oui, ça va bien." En fait, ça n'allait pas bien, je n'avais pas d'argent. Pour en avoir un peu j'ai fait quelques petits boulots, notamment dans des restos. On me demandait très souvent d'où je venais et de quelle nationalité j'étais. Je répondais à ces personnes: "Je suis Suisse." Elles me regardaient, de façon curieuse, l'air ébahis. "Il y a des Blacks en Suisse?" 

Il reparle de sa maman, à laquelle il lui a souvent masqué la vérité d'hier, mensonge de complaisance qui ne fait de mal à personne. "Au mois de décembre, elle sera ici. Je me réjouis déjà. C'est génial de la voir, de pouvoir lui offrir ça." La roue a tourné. Mais le chemin ne sera jamais tout à fait plat. "Il faut se méfier du confortable, car il vous pousse à ne plus rien faire." Intelligent, lucide, Chris Lukusa n'est pas du genre 
à tomber dans ce panneau. 

Un anniversaire unique

Il y a peu, il a fêté ses 30 ans. Entouré de ses amis et de potes, du monde de la boxe ou pas, il a vécu un moment hyper émouvant. " On s'est retrouvés dans un restaurant. C'était mon premier vrai anniversaire. Je n'en avais jamais fait un comme ça avant." Il a quitté la Suisse parce qu'il n'a pas trouvé le chemin qui le mènerait à son rêve, vers ce à quoi il aspirait. Une autre chose l'a aussi fait réfléchir. "À l'école, se souvient-il à l'heure de midi, j'avais peur des moqueries. Quand on est gamin, petit, ça laisse des traces. Après, on m'a regardé un peu bizarrement. Je passais pour un bad boy. C'est en partie pour cette raison que j'ai décidé de partir. C'est un des meilleurs choix que j'ai fait. De plus, si j'étais resté en Suisse, j'avoue que je n'aurais peut-être pas su que faire." 

C'est en grandissant que cette inquiétude s'est matérialisée."A New-York, mon esprit s'est ouvert." Peintre à ses heures, il a exposé ses oeuvres dans une galerie. Et il a également œuvré dans le monde du design "Pour des vestes." Aujourd'hui, fort de ses expériences diverses, il s'appuie sur une maturité solide et une philosophie de vie intelligente. Le discours est sain. L'âge mûre, Chris Lukusa, développe un positivisme communicatif.

Alain Coppey l'a encouragé

C'est Alain Coppey, ancien champion du monde de kick-boxing et patron à Lausanne d'un Institut près de la patinoire de Malley, qui a encouragé Chris Lukusa à tenter sa chance aux Etats-Unis. "J'ai "fait" du sparring chez lui. Il m'a décelé des qualités. On a beaucoup discuté. Je lui suis reconnaissant. J'ai toujours eu beaucoup de respect  pour Alain." 

"Glory" est la plus prestigieuse division de kick-boxing de la planète. Chris Lukusa en fait partie. Que faut-il faire pour y adhérer? "Il faut gagner, pour qu'on parle de toi." Il sourit encore. C'est aussi sa marque de fabrique. Il s'est produit à trois reprises au Madison Square Garden à New-York. Dans ce lieu mythique, il a gagné trois fois. "Je suis le seul Suisse à m'y être produit." On le surnomme: "Chris, Super Swiss."

En octobre à Wall Street

Son prochain combat? "En octobre, je vais boxer à Wall Street." La bourse n'est pas encore connue. "En jeu, la ceinture WBC." À coup sûr on va parier sur lui, comme au Madison Square Garden. Chris Lukusa montera sur le ring porteur d'une cape au dos de laquelle figure le drapeau suisse. Ce soir-là, à enjeu, il aura encore peur. "Tout le monde a peur. Même après 50 combats, Mike Tyson avait peur. Avant le combat, tu parles à tout le monde. Tu es entouré. Quand tu te retrouves sur le ring, tu te parles 
à toi-même, tu es tout seul, avec un adversaire. Il faut du courage. Tout le monde ne peut pas monter sur un ring. Quand j'y suis allé pour la première fois j'ai senti que ça allait me mener quelque part."

Avoir 30 ans, c'est l'âge (minimum) de la maturité dans un sport de combat. "Mon travail est quotidien. Tous les jours, je progresse d'un pour cent. J'ai constaté ça." Chris Lukusa est bon avec les pieds mais il est plus performant, plus fort avec les mains. "Ma droite est redoutée." Il rit, montre quelques vidéos. En effet, sa droite 
part rapidement et elle fait mal. 

Des projets sociaux

Chris Lukusa a de beaux projets. "J'espère avoir assez de notoriété pour aider les enfants." Le premier? "J'aimerais ouvrir un gym à New-York ouvert à tout le monde. Des partenaires se sont déjà manifestés. Les deux autres sont prévus pour un peu plus tard: un gym et une école en République démocratique du Congo. Et un gym uniquement pour les enfants en Suisse. À Crissier, à Renens, ou alors ailleurs, dans 
la banlieue du grand Lausanne. Là où la densité multiculturelle est prononcée. "Les gamins ne sont pas mauvais mais ils ne savent pas que faire. J'aimerais les inspirer. Le kick et la boxe ont des pouvoirs "canalisateurs". Deux activités de vie qui sont de vraies écoles." 

Avec un zeste de précocité, Chris Lukusa aime se projeter dans l'avenir. "Mais je vis au jour le jour. Je fonctionne comme ça. Souvent je me dis que trop penser à l'avenir empêche de réfléchir au présent. De résoudre ce qui s'y passe." Avant de se quitter, on parle de foot, allez savoir pourquoi. "Mais j'ai joué au foot. J'ai été junior à Renens, Crissier, à Yverdon, à Neuchâtel. J'étais milieu de terrain, avec le numéro 6."

Prochainement, il va se lancer dans la boxe, le noble art, un complément au kick où Chris Lukusa excelle. Ses prochains adversaires n'ont qu'à bien se tenir. Debouts, si possible.

Palmarès

  • Chris (Christian) Lukusa est né le 15 juillet 1988.
  • Champion de Kick-boxing.
  • Poids légers: 70kg
  • Né au Congo (République démocratique du Congo), il est au bénéfice d'un passeport suisse.
  • En Suisse, il a disputé une vingtaine de combats amateurs.
  • Il a été champion de Suisse de kick-boxing en 2013.
  • Chez les professionnels, il a disputé 15 combats (13 victoires dont 7 par k.o, deux défaites).
  • Aux Etats-Unis, il a disputé 11 combats, dont 3 au Madison Square Garden à New-York (3 succès).
  • Son prochain combat aura lieu en octobre, à Wall Street, pour une ceinture WBC.