Esther Fantys, danseuse, chorégraphe, cascadeuse... | Coopération
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Esther Fantys, danseuse, chorégraphe, cascadeuse...

23 octobre 2018

Esther Fantys: "Je me réjouis de vieillir". Esther Fantys, 46 ans, est toujours danseuse - elle enseigne aussi cet art depuis 30 ans- et chorégraphe, écriture de création pour laquelle elle a un certain nombre de projets. Avec Jan, son mari, elle est co-fondatrice de la Compagnie "Baati Legani", (Compagnie artistique aux domaines de création larges et pluriels). Elle prépare un spectacle, "L'Ordalie", qui sera présenté au Château de Morges en septembre 2019. "Je vais danser la Mort", annonce-t-elle.

Elle sourit, Esther Fantys, croque la vie à pleines dents, danse avec les mots et les gestes, passionnée. Joue avec l'espace, l'occupe où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse. Elle a été comédienne "J'ai suivi les cours Florent" mais n'est pas dans ce rôle dans le quotidien. Elle est à l'écoute de tout. Elle est toujours en mouvement, au service de la création. Si son aisance fait merveille "Je suis une bosseuse, une besogneuse", on sent, chez elle une grande fragilité, le propre des gens du spectacle, des artisans de la scène. "J'ai très envie de jouer à nouveau. Avec mon mari, on aimerait monter plusieurs pièces de théâtre."

 

Le yoga Ashtanga à 42 ans

Elle est aussi cascadeuse et escrimeuse, spécialisée en escrime baroque. A l'image de la danse, ce sont des sports "Pratiqués par des athlètes de haut niveau", dit-elle, avec conviction, naturel et vitalité. "Les danseurs ont un rapport à la douleur unique." Le yoga, Esther Fantys l'a découvert à 42 ans. "C'est Jérôme Jacquier (un triathlète) qui m'a initié et qui m'a permis de faire ma formation avec Mark Darby, un des plus grands maîtres en ashtanga. Cela a changé ma vie; il a changé ma vie. Je n'aurais jamais pensé que je pouvais être aussi souple - ou retrouver sa souplesse après son accident -,que mon corps pouvait l'être (à nouveau) autant." La méthode? Yoga Ashtanga. C'est un yoga dynamique basé sur la coordination du mouvement et du souffle, qu'il faut pratiquer, idéalement, quotidiennement. Outre son humilité et son amour de transmettre, l'enthousiasme, chez Esther Fantys, est communicatif. 

-Dans votre enseignement, une place, justement, est accordée au yoga ashtanga et vous le mettez en pratique sur des sportifs d'élite, notamment. Qui sont-ils?
-Je ne peux pas vous le dire (secret professionnel). Mais cette pratique développe plusieurs niveaux. Avec un rythme respiratoire défini. Il n'est pas forcément nécessaire de savoir d'un coup telle ou telle posture mais d'en observer 
le cheminement pour y parvenir. Il est important de trouver le bon équilibre entre la force et la souplesse. Les exercices d'assouplissement sont importants. Au besoin, j'ajuste les postures. 

 

Un corps à considérer

-Le rapport avec le corps est donc conséquent.
-A n'importe quel âge, le corps est extraordinaire, pour autant qu'on le considère et 
le respecte, avec intelligence; si on lui donne des responsabilités. Tenez: j'offre des services de coaching. Des gens viennent me voir et me disent ce qu'ils souhaitent. 
Ils me racontent leur histoire. Un jour, une dame vient me voir, elle voulait faire 
du théâtre. Aujourd'hui, elle est dans le monde du cirque et de la danse. Je suis dans le partenariat et le partage.

-La souplesse permet-elle d'éviter des blessures?
-Oui. Les footballeurs, par exemple, ne sont pas souples. Ils doivent apprendre à 
devenir plus souples en haut et en bas du corps. Dans cette méthode que j'ai créé, j'inclus des techniques basées sur le Pilates, la barre au sol et le yoga en y incorporant toutes mes années de recherche. Je travaille une partie du corps après l'autre et pas les deux en même temps. Je me base sur mes expériences personnelles, les soucis que j'ai rencontrés. Plus on est souple, plus on connait son corps, moins on a mal.

-Et les patineurs?
-Ils travaillent tôt le matin et dans le froid. Ils doivent être forts des deux côtés. Le sportif qui vient me trouver me parle, il me dit ce qu'il souhaite améliorer. J'analyse sa situation dans le but de savoir comment je peux l'aider. Si je suis convaincue par son histoire, que celle-ci me plaît, on peut travailler ensemble. S'il m'arrive de dire non? Oui, mais c'est rarissime. 

-Au début des années 2000, vous vous êtes sérieusement blessée, en dansant le French-Cancan...
-...Oui, je me suis déchirée des muscles aux deux jambes. Je ne pouvais plus bouger. J'avais 30-31 ans. J'étais hyper souple avec une bonne corporalité. J'ai pensé que ça allait guérir rapidement. Or, la guérison a été très longue. Oui, j'ai eu peur que tout s'arrête en une seconde. J'avais tellement travaillé pour devenir danseuse que ça ne pouvait pas se terminer de cette façon. J'ai réalisé que des années de bonheur et de travail acharné pouvaient précéder des moments compliqués et de souffrances. Des autres souffrances. C'est là que j'ai créé des mouvements et une méthode unique que j'applique aujourd'hui chez les personnes qui viennent me consulter, avec le yoga ashtanga en plus. Ce qui est formidable c'est que cette méthode s'adapte à tous et permet de découvrir ou de retrouver une meilleure corporalité à tout âge. 

-Et puis, c'est lors d'une Fête médiévale que vous avez fait la connaissance de celui qui allait devenir votre mari. On se trompe?
-J'ai vu des gens qui se "tapaient" dessus avec une épée. L'épée, l'escrime, ça m'a plu. A ce moment-là, j'étais courtière indépendante. Depuis le début des années 2000, j'avais en poche un demi MBA d'entrepreneure (diplôme international de second cycle et de niveau BAC+5).

Le corps avec l'esprit

-Vous vous êtes dite: "L'épée, ça me parle." Plus tard, vous avez déclaré: "Depuis que je pratique l'escrime, j'ai l'impression d'avoir acquis des super pouvoirs."
-Oui car je me suis aperçue que le corps réagissait en même temps que l'esprit. Après ce spectacle, j'ai désiré rencontrer un Maître d'arme. Pour moi, ça devait être une personne âgée. Or, j'ai vu le vrai Maître d'arme, Jan Fantys. On s'est revu à Lausanne, j'ai suivi un cours avec lui. Il m'a dit: "Comme tu ne peux plus danser, fait de la cascade." Ce que j'ai fait pour le théâtre, le cinéma et l'opéra. Ce qui est rigolo c'est qu'on s'est alors rappelés que nous nous étions déjà rencontrés, il y a 10 ans à Paris, en en "faisant" du Théâtre de rue. 

-Votre méthode, vous l'avez aussi...
-...mise aux services des cascadeurs, selon leurs besoins. 

-Que faut-il être pour être cascadeuse?
-Il faut avoir beaucoup d'humilité, de la réflexion et du recul. 

-Et être casse-cou?
-Absolument pas. En revanche, l'écoute est importante et ça requiert une attention soutenue, importante. Il ne faut pas être costaude, c'est encore une idée reçue. On double des actrices filiformes; ou des enfants. Posséder un petit gabarit suffit, et il faut être multi-tâches. Il faut faire confiance à 200% au maître de cascades. Tenez: un jour, mon mari m'a dit de sauter d'une hauteur de 10 mètres.

-Et vous avez atterri sur un matelas?
-Ça, je ne peux pas vous le dire. C'est un secret, il ne faut pas trahir la magie. Mais 
ça demande beaucoup de travail, de précision, de calcul. 

Cascades à l'opéra

-Vous avez été cascadeuse pour des opéras, notamment.
-Oui et je remercie les metteurs en scène, pas seulement pour la mise en œuvre de cascades mais parce qu'ils voulaient que l'opéra soit sublimé par les cascades. J'ai un souvenir un peu fou: en 2012, on avait "refait" Matrix sur scène, on combattait en volant. J'aime aussi le mélange danse-cascade. 

-Le temps qui passe vous fait-il peur?
(Du tac au tac)-Non! Plus le temps passe, mieux je danse. Depuis que je fais du yoga, ma danse est plus fluide. Oui, je me réjouis de vieillir. 

-Qu'est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
-Le fait d'être passionnée et vivante, d'avoir des projets extraordinaires dans la tête, de partager le même univers artistique avec mon mari. D'entreprendre et de créer ce qu'il me plaît en espérant que cela sera apprécié. 

De retour en Suisse bientôt

-Vous avez beaucoup d'activités, y en a-t-il une qui a votre préférence?
-La danse, la création, la chorégraphie. 

-A quel âge avez-vous commencé la danse?
-Tardivement, à 16 ans. J'étais un peu enveloppée (elle sourit). Lors du 3e cours, j'ai entendu la "Nocturne" de Chopin. C'était si beau, le moment était tellement beau que je me suis dit: "C'est ça que je veux faire, danser." Le prof ne m'avait pas encouragée, disant que j'étais trop âgée et que je n'avais pas le corps pour la danse. Mais je suis une opiniâtre, une perfectionniste et je sais riposter quand j'encaisse des choses en pleine figure. 

-Le perfectionnisme se manifeste comment chez vous?
-Je répète un geste jusqu'à ce que je parvienne à le réaliser. Et si je n'y arrive pas de jour, je le répète la nuit, je le travaille dans mon subconscient. Et ça marche. Je peux alors passer au suivant.

-Où vous voyez-vous dans 10 ans, dans 20 ans?
(Esther Fantys sourit). -Cet espace temps n'est pas le même. Quand j'aurais 56 ans, j'espère avoir mis au monde, avec mon mari, de belles créations (tous deux forment un couple de passeurs).

-Outre d'innombrables projets artistiques, dont "l'Ordalie" (l'ordalie ou "Jugement de Dieu" est une forme de procès à caractère religieux) n'en n'existe-t-il pas un autre un peu plus conventionnel? 
-Oui, celui de m'établir à côté de Genève, ma ville natale car nous avons beaucoup 
de projets artistiques à concrétiser. Dès qu'on a, Jan et moi, trouvé un logement, je quitterai Nice.

Palmarès

  • Esther Fantys est née le 30 mai 1972 à Genève.
  • Elle est Maman de 4 garçons de 24, 23, 21 et 9 ans!
  • Elle a fréquenté, notamment, La Sorbonne (grec ancien) et le Collège Calvin à 
  • Genève (classique).
  • Elle est toujours danseuse et chorégraphe, comédienne et cascadeuse, chanteuse "Durant trois ans (de 15 à 18 ans) j'ai chanté au théâtre musical de Genève". 
  • Elle a été danseuse au sein de la Compagnie nationale de danse "BAT DOR", en 
  • Israël.
  • A été notamment, et entre beaucoup d'autres choses, chorégraphe et danseuse soliste sur l'opéra "Il Trovatore" de Verdi pour le Festival d'Avenches en 2006. 
  • En 2011, a été cascadeuse (combat d'épée) sur l'opéra "ROMÉO ET JULIETTE" de Gounod à l'Opéra de Lausanne. Et danseuse, cascadeuse et chorégraphe sur l'opéra "RIGOLETTO" de Verdi pour le Festival d'Avenches.
  • Elle combat et a été cascadeuse pro pour le théâtre, des productions télévisées et cinématographiques. 
  • En 1992, reçoit le 1er prix de chorégraphie et d'interprétation.
  • Est co-directrice avec son mari Jan de l'Ecole lémanique d'armes anciennes (ELAA) et gère la direction artistique de la Sté de spectacles et de cascadeurs pros suisses "XTREM FACTORY". Et est co-fondatrice, toujours avec son mari, de la Compagnie "BAATI LEGANI".
  • A déjà à son actif plus d'une dizaine de créations chorégraphiques. Travaille actuellement à la création de son premier ballet "Broken Souls" (titre provisoire).
  • A été durant 4 ans présidente et fondatrice du Cerise Festival (un festival de danses contemporaines basé sur des thèmes précis: exemples, l'absurde et le sacrilège avec des chorégraphes et danseurs internationaux). Événement qui a eu lieu durant 2 ans à Sévelin et deux ans au CPO (Centre Pluriculturel et Social d'Ouchy). Le Cerise Festival? "C'est en attente", dit-elle, avec l'espoir de trouver un nouveau lieu atypique à ce festival hors du commun.
  • Habite à Nice, mais a vécu également à Genève, Paris, Los Angeles, New York et Jérusalem. 

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