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Franco Marvulli, ancien champion cycliste sur piste, médaillé aux JO de 2004 à Athènes

"Le jour de mes 40 ans, je serai à Athènes pour y courir le marathon."

27 août 2018

Entre deux courses, il a pris le temps de manger, en coup de vent, de saluer et de discuter avec des personnes amies. Du 15 au 19 août Franco Marvulli était à Aigle, speaker aux championnats du monde piste juniors, aux côtés de Max Weber, le M. Wikipédia du cyclisme. Il a aussi répondu à des questions, avec une humilité rare, souriant et charmeur. Entre deux coups de fourchette. Il était 15h10, un vendredi.

-Votre carrière est exceptionnelle et pourtant, vous n'êtes pas très connu en Suisse-romande. Avez-vous une explication?

(Il rit) - C'est la Suisse. Il y a le Röstigraben, non? Je ne suis pas Didier Cuche. Bon, c'est clair, vu ma provenance, je suis beaucoup plus connu en Suisse-alémanique.

-Pourquoi avoir choisi la piste plutôt que la route?

-J'ai pratiqué les deux disciplines en même temps. Sur la route, j'ai disputé des tours, j'ai gagné des étapes mais c'est sur la piste que j'ai eu du succès. Je suis puissant et lourd et grand. La montagne n'était pas mon truc (il sourit). En 1993, j'ai assisté pour la première fois à des Six jours, c'était à Zurich. Je suis tombé en amour et je me suis dit: c'est ça que je veux faire. J'étais fan de Graeme Obree (coureur écossais, double champion du monde de la poursuite en 1993 et en 1995). 

-Avec lequel vous avez couru, plus tard...

-...Oui, ça a été un rêve qui s'est réalisé. J'ai eu la chance de courir avec Graeme un kilomètre lancé. 

-Tous les pistards le disent: pour arriver au haut niveau, il faut travailler, travailler et encore travailler. Êtes-vous passé par là?

-Il ne faut pas avoir peur de travailler. Tu dois toujours avoir un objectif réaliste, avoir la volonté de faire bien. En vélo si tu veux devenir pro, il n'y a pas que les séances de travail, les heures d'entraînement, ça doit être ta vie. Tu dois rêver cyclisme, tu dois manger cyclisme. C'était ma vie. Quand tu gagnes, tu vis des émotions incroyables. Elles ne s'achètent pas. Il faut travailler pour en avoir, pour qu'elles arrivent. Tu peux acheter un maillot, pas des émotions.

Retraite programmée

-Vous avez mis fin à votre carrière le 28 juin 2014, après les Six jours de Berlin. Cet arrêt a-t-il été dur à prendre, compliqué à vivre?

-Non, parce que je l'avais programmé une année auparavant. Des organisateurs ont souhaité que je cours encore un an, qui a été en quelque sorte une tournée d'adieu, une manière de dire merci aux gens. Là, je ne partais pas pour gagner. Avant, oui et toujours. J'étais un compétiteur, un gagneur. C'est dans mon sang.

-Selon certaines sources, vous avez remporté 27 Six jours...

(Il coupe)...34. Les Six jours, c'est une belle course pour produire du spectacle. On est proche des gens, c'est une carte de visite. Les gens vont à des Six jours et pas forcément assister à des Mondiaux. C'est une fête du cyclisme, le niveau y est haut, c'est une aventure qui est sérieuse, mais avec moins de tension que pour une autre épreuve. 

-Le Madison a été votre discipline de prédilection, celle qui vous a permis de gagner une médaille d'argent aux JO de 2004, avec Bruno Risi...

-...J'ai aimé les courses avec élimination, où il y a de l'action. J'avais moins d'affinité avec la poursuite individuelle. Le Madison requiert un très haut niveau d'habileté, de la vitesse et de l'équilibre. Il y a de la nervosité dans les affrontements. La tactique, surtout, est essentiel. Tu peux être le plus fort mais si tactiquement tu n'es pas à la hauteur, ça risque de devenir compliqué.

Tactique et stratégie

-Est-ce à dire que vous aimiez les mathématiques quand vous étiez écolier? 

-Oui, la tactique, la stratégie, j'aime ça. L'analyse, aussi. J'analyse tout le temps. En course, je calculais mes points mais aussi ceux des autres, je m'adaptais en fonction de la situation. L'expérience t'amène à tout ça. La piste? Elle requiert une intelligence de course. De la vista. Tu dois avoir ça et la vivre. Le fait de réfléchir te permet de garder de l'énergie. Si tu cours sans la tête, c'est comme regarder un film les yeux fermés.

-Après votre carrière, avez-vous pensé devenir coach?

-Je ne pense pas en avoir l'âme. En revanche je peux donner des conseils aux jeunes, les aider tactiquement. Tous les entraîneurs m'ont dit: "Finalement, Franco, tu fais ce que tu penses."

-En course, vous souvenez-vous d'avoir été une fois au bout de vous-même?

-Je n'ai jamais connu ça, le fait d'être ou de finir dans un état "épouvantable". J'arrête avant. Je n'aime pas avoir mal. En revanche, il m'est arrivé de me demander si ce que je vis est bien réelle. J'ai connu l'état de grâce, où il ne peut rien t'arriver.

Go on projects

-Vous avez suivi un apprentissage d'électricien et après?

-Durant quatre ans, oui, et après j'ai été pro dans le vélo. C'est alors la passion et le succès, des voyages. J'avoue que parfois, le matin, je ne pouvais plus voir mon vélo. On peut dire que je n'ai jamais travaillé de ma vie.

-Mais maintenant, oui...

-...J'ai une société qui s'appelle Go on Projects - www.goonprojects.com - (projets scolaires et conférences, modération, événements). Je travaille sur des méthodes, des objectifs. Je travaille aussi pour la TV, comme consultant notamment, pour des organisateur. Je suis très occupé et ça me plaît.

-Et le mannequinat, à considérer votre charme, votre physique?

(Il sourit) - J'ai fait des pubs, oui, mais toujours en connexion avec le sport.

-On a entendu dire que vous vous êtes mis à la course à pied, au marathon. Est-ce exact? 

-Pour mes 40 ans, que je fêterai le 11 novembre prochain, je vais courir le marathon d'Athènes, dans la ville où j'ai gagné ma médaille d'argent à l'occasion des JO 2004. Cette année-là je n'ai rien vu, c'était aéroport, village, piste, hôtel, aéroport. C'est un nouveau sport pour moi, je n'ai pas les jambes d'un coureur à pied. J'ai participé au marathon des Sables, aux 56km de Bienne. Mon chrono? Je l'ignore. À Athènes, ce sera mon premier marathon normal. 

Palmarès

  • Franco Marvulli est né le 11 novembre 1978 à Zurich.
  • Ancien champion cycliste sur piste.
  • A participé à 3 JO. 
  • En 2000 à Sydney, 15e de la poursuite.
  • En 2004 à Athènes, il est 2e de l'Américaine (ou Madison) avec Bruno Risi.
  • En 2008, il est 11e de l'Américaine (ou Madison).
  • Il a été 4 fois champion du monde. En 2002 (Copenhague, scratch). En 2003 (Stuttgart, américaine avec Bruno Risi et scratch). En 2007 (Palma de Majorque, américaine avec Bruno Risi).
  • A remporté 34 Six jours (avec Aeschbach, Betschart, Risi, entre autres camarades).
  • Championnat d'Europe.
  • A été 2e en 1998 et en 1999, poursuite individuelle espoirs.
  • En élite, a été champion d'Europe en 2001, 2002, 2003 (Omnium), en 2004 (américaine avec Risi). En 2006 (américaine, avec Risi) et 3e en Omnium.
  • A été à 48 reprises champion de Suisse (selon certaines sources), en américaine, poursuite individuelle, kilomètre, poursuite par équipes, scratch, etc). 
  • A gagné aussi une dizaine d'épreuves de la Coupe du monde.
  • En 2004, a gagné la 5e étape du Tour du Salvador. En 2005, a gagné le contre-la-montre par équipes, la 5e et la 6e étape. Il a été un leader de ce Tour. En 2009, a remporté la 3e étape du Tour de la Nouvelle-Calédonie.
  • En 2014, Franco Marvulli est nommé membre honoraire de la Fédération de Suisse (Swiss Cycling).