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Michel Patry, ancien champion de saut en hauteur

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03 juillet 2018

"Mes patients ont la hantise que j'arrête..." Il n'a esquivé aucune question, il est vrai jamais polémiste, a souvent glissé quelques détails, le regard dans le passé ou admirant le présent, son jardin, parc de verdure où seules bruissent les feuilles par milliers en ce jour de petite bise. Ancien champion de Suisse de saut en hauteur, Michel Patry, 65 ans, médecin interniste généraliste (FMH) se détend dans cet havre de paix oxygénant entre deux permanence de travail. Celle du matin est derrière lui. "Je me lève quotidiennement à 05h00." L'autre concerne les après-midi, réservées surtout aux visites chez des patients âgés qui l'attendent avec impatience. "Ils ont la hantise que j'arrête."


Dans sa famille, il y a pas mal d'avocats. Lui, Michel Patry, a choisi médecine. "Mon papa était médecin." Ceci explique-t-il cela? "Pourtant, j'avais toujours dit: papa est médecin, je ne serai pas médecin." Il sourit et poursuit. "J'avais fait un peu le tour de ce que je pouvais faire: avocat? Non. Banquier? Non. Peintre? Je n'étais pas doué." Alors, ce fut médecine. "J'en ai bavé. Je dois être masochiste. Tout a commencé en 1972."

1972, année olympique également. À Munich. Michel Patry s'y trouve. Il a 19 ans. En égalant le record de Suisse de Michel Portman en franchissant 2,15m le Genevois se trouve avec les meilleurs de la planète saut en hauteur. Un de ses genoux lui causait des soucis. Durant un mois, il n'avait pas pu s'entraîner. "Ce jour-là, il pleuvait et cela a modifié quelques paramètres. J'étais faux dans les marques. La mesure des angles avec deux chevillères des 2 supports verticaux a été changée et la barre, aussi. J'ai franchi 2,09m, fait l'impasse à 2,12m et j'ai échoué à 2,15m." Pour la petite histoire, le concours a été gagné par Tarmak (URSS) avec 2,23m, 2e Junge (RDA), 2,21m et 3e Stones (USA), 2,21m.

Septembre noir

Deux jours auparavant, le 5 septembre 1972, des membres de l'équipe olympique d'Israël avaient été pris en otage et assassinés par des membres de l'organisation "Septembre Noir." Il y avait eu 11 morts (plus un policier Ouest-Allemand), 5 des 8 terroristes ont été tués et 3 capturés. "C'est affreux ce qui s'était passé", poursuit Michel Patry. " L'ambiance était lourde, elle n'y était plus. La moitié des dirigeants suisses voulaient partir." Les JO? (à cette époque?). " À moins d'être une pointure, on était un peu perdus. Dans la cité satellite, il n'y avait pas grand chose à faire. On
se trouvait à environ 500m de l'endroit où logeait la délégation israélienne touchée, où le drame s'est produit." Et la cérémonie d'ouverture? "On avait été parqués, ça a duré 2 à 3 heures, en plein cagnard. Il fallait marcher droit, le problème, c'est que je ne savais pas marcher au pas de l'oie."

Le Fosbury naturellement

A cette époque, Michel Patry avait les cheveux longs. Et même plus. C'était la mode. Ils n'étaient pas tenus ou serrés par un bandeau. "Pour sauter, ça ne me gênait pas."

Il avait reçu une ou deux lettres pour stigmatiser sa chevelure. "On a dit que j'étais un langhaariger Dackel, un teckel à poil long." Le Genevois possédait de la détente, une explosivité qui lui a permis d'assimiler "Ou d'apprivoiser, naturellement" le Fosbury (sauf en rouleau dorsal, popularisé puis perfectionné par l'athlète américain Richard Douglas Fosbury, dit Dick Fosbury, champion olympique aux JO de Mexico en 1968). "Ce saut, ce style, il faut le travailler. Je ne le travaillais pas", avoue Michel Patry, qui l'aimait bien. "Je ne pouvais pas sauter si cela ne comptait pas. J'étais un gagneur et un compétiteur. J'ai gardé ces deux traits de caractère. Mon objectif? Améliorer mes centimètres en hauteur. J'étais agacé quand la barre tombait après avoir tremblé sur ses taquets. Elle est souvent tombée comme ça."

Bon dans la petite école

Il a commencé la médecine en 1972. "La première année, on ne parle pas médecine." Plutôt physique, chimie et biologie. Les éliminations sont importantes, parce que les aulas sont pleins et qu'il manque de place de stage dans les hôpitaux. "A l'école, dit-il, j'aimais bien le calcul mais moyennement les maths modernes. J'étais bon dans la petite école, tellement que j'ai "sauté" des classes -il s'est retrouvé avec des élèves beaucoup plus âgés que lui-. Mais dès qu'il a fallu bosser, je m'intéressais plus aux résultats du meeting de San Diego qu'à apprendre les verbes en allemand."

Genou et études

Michel Patry a commencé l'athlétisme tardivement. "A 14-15 ans." En quelques mois, il s'est retrouvé meilleur genevois, puis meilleur Romand dans sa discipline. "Si je me souviens bien, à un certain moment, j'ai figuré parmi les 20 meilleurs mondiaux juniors." Dans son viseur, il n'a jamais entrevu un horizon olympique. Mais son talent naturel, sa précocité et sa détente propulsive, malgré sa taille (176cm) l'ont fait voyager jusqu'à Munich et ses JO. "Un jour, j'ai pensé avoir réussi 2,17m, mais la barre, une fois encore, à tremblé, puis est tombée." Il s'était fixé un palier à 2,20m. "Je me suis dit que ça pouvait se faire. Au-dessus, cela aurait été très compliqué d'y arriver. Il y a une limitation à la taille." Un problème de genou et les études l'ont freiné dans son élan. Un différend avec les dirigeants de l'athlétisme suisse de l'époque l'a démotivé définitivement.

En 1986, Michel Patry reprit le cabinet de son père. "J'ai une secrétaire-assistante. Elle est là depuis le début. A l'image de beaucoup de mes patients, ça l'embêterai que j'arrête. J'ai passé 65 ans et je suis toujours là; si j'étais dégoûté, j'aurais déjà tout arrêté." Parce qu'il est pudique, humble, et qu'il n'est pas homme à se mettre
en avant, Michel Patry sait qu'il est un médecin aimé. Il ne le dit pas, garde ça dans
sa serre intérieure, vivante. "Mon cabinet, personne ne va le reprendre."

Parce qu'il aime ce qu'il fait, il ne compte pas les jours; ni son temps. "En fait je suis un médecin de famille. J'ai beaucoup de personnes âgées. Il y en a, cela fait 30 ans que je les suis." Médecin, Michel Patry est dans l'affectif, même s'il ne le montre pas toujours. Son travail est aussi social. Il est bien sûr à l'écoute de ses patients qui ont besoin d'aide, même si les moments sont compliqués, même si l'humeur du jour est ou paraît improbable.

Président du CAG

Il y a une bonne vingtaine d'années, Michel Patry a repris la présidence du CAG (club athlétique Genève). "Si je ne l'avais pas repris, le club aurait disparu." Chaque année, le CAG organise un meeting prisé, l'AthletiCAGenève, qui est le plus petit des grands meetings ou, peut-être plus justement le plus grand des petits meetings. "Chez nous, il n'y a pas de prime d'engagement ce qui n'empêche pas la venue d'athlètes de très grande valeur."

Les meilleurs perçoivent des frais de déplacement, avec une nuit d'hôtel et un repas du soir. "Cette année, souligne Michel Patry, reconnaissant, une personne a donné quelque chose - un peu d'argent - aux athlètes ayant accompli les 6 meilleures perfs du meeting. Cette réunion a aussi la cote "Parce qu'on fait beaucoup de séries, c'est bien pour les athlètes."

A l'époque, "C'est vieux tout ça", Michel Patry avait entraîné dans le cadre du CAG, quelques sauteurs en hauteur "Qui étaient de la même grandeur que moi (176cm)." Résultat? "Durant 2 ou 3 ans, je m'en suis occupé. Je me rappelle qu'il y en a eu 5
sur 10 qui sautaient 2m et plus."

Un effet Michel Patry? Il ne le saura jamais. Et c'est bien ainsi. En revanche, il existe une certitude avec le saut en hauteur. "On sait tout de suite si on a réussi ou pas."

Palmarès

Michel Patry est né le 16 janvier 1953 à Genève.

Ancien champion de saut en hauteur.

Le 30 juillet 1972, il égale le record de Suisse détenu par Michel Portmann avec un saut à 2,15m.

Il a été champion de Suisse de la discipline à 2 reprises (1972 et 1974). Plus quelques titres en cadet et en junior.

En 1973, Michel Patry subit une opération à un genou (tendon).

A participé à de très nombreux matches internationaux, juniors et élite.

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