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Maude Mathys, athlète professionnelle

11 décembre 2018

Maude Mathys: "Mon objectif? Le marathon des JO de Tokyo de 2020." 

Elle est solaire, Maude Mathys, qui aura 32 ans le 14 janvier, et sa joie de vivre, sa bonne humeur, est communicative. Dans son jardin, avec la montagne en toile de fond, elle cultive la pensée positive. D'où vient ce bien être naturel, rafraîchissant? "Mes parents sont plein d'énergie et très positifs. Oui, je tiens ça deux."

Depuis cette année, courir c'est son métier. Au-delà de ses résultats, Maud Mathys véhicule une image saine, ce qui a séduit les sponsors. "C'est gratifiant. Un rêve. Il y a un peu plus de pression - il faut respecter certains engagements -, mais elle n'est pas liée avec les résultats." Le montant fixe sur l'année? Il s'élève grosso modo à frs 50'000.-. Soit un peu plus de frs 4000.- par mois. Maude Mathys est comblée, voire soulagée, n'ayant plus besoin de se reposer sur le salaire de son mari Jean-Marc qui est garde-forestier. Au-delà des performances, tous les partenaires ont été séduits par l'image que véhicule la citoyenne d'Ollon.

-A propos de véhicule, avez-vous un sponsor voiture?
-Non.

-Aujourd'hui, votre objectif, c'est une participation au marathon des JO de Tokyo en 2020. En avril de cette année, le 22, vous avez couru celui de Zurich en 2h31'14", ce qui est votre record personnel...
-...Il faudrait que je l'abaisse de 2 minutes pour que cela soit réalisable. Courir une à deux secondes plus rapidement par km. Il n'y a que là que je peux les grappiller. Pour espérer aller aux JO, il faut faire partie des 100 meilleures marathoniennes au monde. Ça ne dépend donc pas que de moi. La période commencera 18 mois avant les Jeux (février 2019). Il n'y a plus de minima. Pour les Jeux de Rio en 2016, il fallait courir en 2h30'.

-Et si, dans ce classement il y a 40 kenyanes, 30 éthiopiennes...
-...Leur pays n'en sélectionnera que 2 ou 3. Les meilleures. Donc, il y aura forcément de la place pour toutes les autres. 

A Londres en Avril 2019

-Où avez-vous prévu de courir votre prochain marathon, qui est aussi une première tentative? 
-À Londres, en avril 2019. Un de mes sponsors est responsable du chronométrage (frais payés partiellement par cette société, Tag Heuer). Je me réjouis d'y aller. Si je me "plante"? J'en envisage un autre en automne. Il faut du temps pour récupérer.
-Courir sur du bitume (42,195km pour un marathon) cela n'est-il pas lassant?
-Pour l'esprit, c'est une monotonie. Moi, ce que j'aime, c'est qu'il y a un chrono, une allure précise à respecter -3'37"-3'40" au km-, le contact avec une technologie: qui est une montre pour savoir où j'en suis. On voit rapidement une progression (ou pas).
-Un marathonien (qu'il soit un homme ou une femme) est-il contraint de ne s'en tenir qu'à sa discipline?
-Non, il ne doit pas tout le temps courir. Il fait du vélo, de la natation, du ski-alpinisme, par exemple. C'est bon pour le cardio et ça permet au corps de récupérer. Quand on ne court pas, on développe d'autres muscles. En ce qui me concerne, je consacre un entraînement par semaine au ski-alpinisme, qui est un complément au marathon, qui est un entraînement de récupération. Je vais à Villars, généralement en janvier, février et mars. La course de montagne est aussi compatible avec le marathon.
-Le marathon requiert une très grande force mentale. Plus que pour une course de montagne?
-Oui, c'est plus difficile psychologiquement. Au départ d'un marathon, je me dis à chaque fois: "Purée, t'es partie pour 2h30"." Il faut se concentrer sur son allure.

La lecture pour s'instruire

-Avez-vous sollicité un préparateur mental?
-Non, mais j'ai lu des ouvrages sur ce sujet. Je m'en inspire. Avant une course, je me prépare, je la visualise, je sais où je vais souffrir. Quand on souffre, on se met dans sa bulle. Tout ce qui émane de l'extérieur (encouragements, etc), on ne le voit plus et on ne l'entend plus.

-Vous avez été championne de Suisse junior du saut à la perche. Pourquoi avoir dit stop à cette discipline?
-J'avais 9 ans quand j'ai commencé l'athlétisme. J'étais moyenne partout. A 14 ans, j'ai découvert le saut à la perche. La vitesse, l'agilité, ça m'a plu. J'ai réussi 3,40m et c'était bien. J'aurais alors dû prendre une perche plus grande, et qui dit plus grande, dit plus de vitesse. Comme j'en manquais, j'ai décidé d'arrêter. L'endurance était mon atout. J'ai stopper l'athlétisme à 18 ans. J'en avais un peu marre de la compétition. Le virus m'a très rapidement rattrapée. 

-Revenons à la souffrance sportive...
-...Au commencement, Ok, on trouve son rythme. On cherche à le garder. Quand on souffre vraiment, on a juste envie d'arriver. Sur le moment on n'a pas énormément de plaisir. Le plaisir, il vient après, parce qu'on savoure. Après le marathon de Zurich, on est allés manger. Comme dessert, j'ai pris un gâteau.

Un "bec à sucre"

-On a lu quelque part que vous aimez vous "sucrer le bec" (expression québécoise)...
-...J'aime bien les gâteaux, je peux en faire des repas, les pâtisseries, des douceurs. Oui, je suis un "bec à sucre". Pour moi, c'est à chaque fois une récompense, un petit plaisir. Ça ne reste pas longtemps au ventre mais ça fait du bien au moral. S'il faut ne plus aller chez le confiseur, j'arrête tout. (Elle sourit, Maud Mathys s'accorde une très courte pause). Bon, je dis ça maintenant...

-Êtes-vous suivie par un ou une diététicienne?
-Non. Je n'en ai jamais consulté mais j'ai beaucoup lu. Avant d'être infirmière - une vocation, un métier entrepris à l'EMS d'Aigle qu'elle ne pratique plus- je voulais être diététicienne. 

-On imagine que vous concoctez beaucoup de choses maison.
-Oui, et pas plus tard qu'hier (veille de notre rencontre), j'ai confectionné un gâteau aux pommes. J'évite le sucre "caché". La société en consomme beaucoup. J'ai une orientation farine. Je ne me prive de rien. Je fais aussi le pain moi-même parce que 
je sais ce qu'il y a dedans.

-Ce n'est pas sympa pour les boulangers...
(Elle rit)...Les boulangers? Mais je les aime bien! Ce que je veux dire par là, c'est que j'aime savoir ce que j'ai mis dedans. Je fais attention. Prenons le cas d'un yahourt. Je l'achète nature. Ça me permet de rajouter ce que je veux, un truc sain. Mais la veille d'une course, je ne m'interdis pas de manger du chocolat.

Le plan, le dimanche 

-Quand votre entraîneur, Thomas Huerzeler, vous fait-il parvenir le plan...
-...D'entraînement de la semaine? Le dimanche. J'en profite le soir pour manger une douceur. J'adore la crème, tout de qui est feuilleté. Le plan, il peut-être discuté. Tous les jours, il y a un fitback. Thomas est à Interlaken. Je remplis ce que j'ai fait, je lui dis si j'ai bien dormi, si j'ai des douleurs ou si je suis malade, etc. En fonction de tout ça,  il l'adapte. 

-Qu'est-ce qui vous fait courir?
-Courir, c'est simple. On met des baskets, on peut partir de la maison, seule ou alors en groupe. Je n'aime pas me déplacer. Pour aller courir, je ne prends jamais la voiture. Je connais tous les chemins qui entourent l'endroit où je vis. 

-Mais encore...
-...J'aime transpirer, sentir mon cœur qui bat, mon corps qui chauffe. Je ne cours pas avec des écouteurs, parce que je n'entendrais pas mon corps ni mon cœur. 

-Qu'est-ce qui pourrait ne plus vous faire courir?
-Une blessure. Je suis assez sensible des tendons d'Achille, à droite.

Chez salomon, c'est le pied

-Sur quelle marque de chaussures courez-vous?
-J'ai des Salomon. Le siège se trouve à Annecy. Cette marque aimerait développer encore davantage les chaussures sur route. On m'a demandé de collaborer à ça et 
j'ai accepté. 

-À quoi vous arrive-t-il de penser, pendant une course de longue distance?
-Je ne pense jamais à ce que sera demain. Je souffre, je me dis: bon, dans 2 km, il y 
a un ravitaillement alors qu'est-ce que je vais prendre. Dans ma tête, je pense tout le le temps. La pensée est permanente. Il reste 10km, ou 5 km. Un monologue s'installe, pour se motiver. Selon les circonstances, il met aux prises l'ange et le diable. 

-Selon nos sources, vous n'avez jamais abandonné. On se trompe?
-C'est exact et c'est positif. Pourtant, j'avoue que cette idée d'abandon m'a traversé l'esprit aux Championnats du monde de course de montagne de cette année. J'étais 7e. Je n'avais pas de bonnes sensations. Je me suis dit: "Tu veux abandonner Maude, mais c'est nul. Ta famille est là." Je suis allée jusqu'au bout et j'ai terminé 2e. Entre 2 Kenyanes.

Rendez-vous en Patagonie

-Un titre vous manque, celui de championne du monde de course de montagne.
-En 2019, la course (montée-descente) aura lieu en Patagonie (Argentine) au mois de novembre. Je viserai le titre.

-Le temps qui passe vous effraie-t-il?
-Non, ça ne me fait pas peur. Je vis chaque étape, j'imagine comme tout le monde. Ma vie est constituée d'étapes. Si j'avais 20 ans de plus, je ferais autre chose.

-Qu'est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
-il y a beaucoup de choses. J'ai la chance de pouvoir vivre de mon sport. J'ai une vie de famille très équilibrée. Un mari et deux enfants formidables - Charlotte a 7 ans et Timothée, 2 ans -. On est tous en bonne santé. Donc, ce n'est que du bonheur. Mon mari m'a initié à la course à pied. "J'étais un touche à tout sans talent", dit-il. "Au tout début, nous étions du même niveau. Ensuite, j'ai progressé. Lui pas. C'est la réalité", ajoute son épouse (ils sourient tous les deux, le regard complice et heureux).

-La montagne n'a pas d'amis. Elle ne connaît que des intrus. Êtes-vous d'accord avec cette constatation? 
-Ce n'est pas faux. En montagne, on dérange, on laisse des traces, des empreintes. Surtout pas de déchets. En montagne, on "écrase" quelque part la nature, son écrin qui est extraordinairement beau.

-À considérer votre parcours, votre trajectoire, peut-on dire de vous que vous êtes aussi une aventurière?
-En fait, je me lasse assez vite d'un milieu. J'aime toucher un peu à tout. Néanmoins, le côté aventurière me plaît parce que j'aime découvrir des choses, la découverte, les voyages. Peut-être que dans 10 ans, je ferai du taekwondo. Mais le sport d'endurance restera.

-Êtes-vous engagée en politique? Vous sollicite-t-on à considérer votre personnalité? 
-Non, je n'ai pas d'avis assez critique. J'aurais de la peine à trancher. Je serai très vite "enterrée". Quelle serait mon orientation politique? (Réflexion). Je serai verte-libérale, un peu à droite.

Palmarès

  • Maude Mathys est née le 14 janvier 1987 à Berne.
  • 2011: 7e du semi marathon de Lausanne.
  • 2012: 1ère au marathon du Mont-Blanc.
  • 2014:
    • 5e aux Championnats du monde de course de montagne (Casette de Massa).
    • Vainqueur de la Patrouille des glaciers.
    • 2e du classement général de la Coupe du monde de ski alpinisme.
  • 2017
    • championne d'Europe de course de montagne (à Kamnik).
    • 1ère au marathon de la Jungfrau (3h 12'56"), nouveau record de l'épreuve.
    • 1ère à Morat-Fribourg (1h 00'17").
    • 3e de la course Titzé de Noël à Sion.
    • Est première de la course Montreux-Rochers de Naye en 1h36'37"00. Avec ce chrono, elle aurait terminé 4e chez les hommes (vainqueur Robbie Simpson en 1h26'42"). 
  • 2018
    • 1ère du marathon de Zurich
    • Championne d'Europe de course de montagne (à Skopje).
    • 2e aux Mondiaux de course de montagne (à Canillo, Andorre). Elle a couru les 11,9km en 1h06'. Dénivelé positif de 1028m et négatif de 117m.
    • 1ère à Morat-Fribourg (1h01'58")
  • Records personnels.
  • Semi-marathon: 1h22'34"
  • Marathon: 2h31'14" (22 avril 2018 à Zurich), 5e meilleur chrono féminin suisse de l'histoire. 
  • En 2014, elle reçoit le trophée du "Mérite Sportif Vaudois"

Retrouvez son interview sur Radio Chablais ici

Course: interview de Maude Mathys ici