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Olivier Schmutz, ancien champion de judo

Il respecte le port de la ceinture depuis 41 ans.

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16 octobre 2018

Il respecte le port de la ceinture depuis 41 ans. Il lutte, Olivier Schmutz, 47 ans, contre des mots fragiles, touchant son sport, le judo, sa passion; la vie "J'apprends d'elle, j'apprends à la vie", avec le recul, le sien, analysé, mis en application. "Je suis toujours dans la réflexion, constamment à la recherche de comment améliorer ceci ou cela." Il ajoute, les yeux dans les yeux, la maîtrise en éveil, permanente. "Il ne faut pas se laisser faire par la vie et prendre des décisions dans le sens qu'on a choisi. Je ne veux pas me reposer." Mais le peut-il?

Il est au bénéfice de trois brevets fédéraux. En éprouve-t-il une fierté? Du tac au tac: "Non!" Pour entreprendre tout ce qu'il fait et être reconnu, il en avait besoin. Mais ça s'arrête là. Il a découvert le judo à l'âge de 6 ans. "J'habitais à Pompaples, un club de judo s'est ouvert et voilà." L'école? "J'y suis allé, mais pas longtemps; deux ans peut-être. Ma scolarité, je l'ai faite à la maison." 

Cette indépendance, Olivier Schmutz l'a cultivée, très tôt. Elle l'habite toujours et elle ne l'abandonnera jamais. "Je suis un professeur de judo indépendant. L'ensemble des cours, je les distille au Mikami Judo Club Lausanne." Là, il touche un forfait. Il travaille aussi pour d'autres Associations: le SJ Camp (Sergei Judo Camp, www.sjcamp.ch. Il existe des clips) et TRAKO. 

Trako, tous ensemble !

Cette dernière, fondée en 2011 par Olivier Schmutz et Sergei Aschwanden - ancien grand judoka - a pour but d'aider au développement physique, comportemental et mental des enfants (notamment); et l'assimilation de ses valeurs. "TRAKO a un côté social, éducatif. On travaille, aussi, avec des personnes en situation de handicap. Le judo peut être pratiqué par tout le monde. Ici par exemple (mais aussi et sans doute ailleurs) des personnes mal voyantes s'entraînent avec les autres élèves. Au début, il y a de la défiance. La frontière est parfois difficile à trouver. Quand elle est repérée la crainte s'en va."

TRAKO a propose aussi et désormais des cours de judo facultatifs (dès 6 et 7 ans), le Mikami Judo Club Lausanne ouvrant des antennes à Lausanne, à Ecublens, à Prilly et au Mont-sur-Lausanne (www.mjcl.ch).

Dans les règles de l'art

Olivier Schmutz possède un palmarès. "Je n'y suis pas attaché. Ce qui me préoccupe, c'est ce qu'on fait maintenant et ce qu'on construit." Il travaille beaucoup pour le judo. "C'est plus que 100%. C'est mon job." Et il l'accomplit magnifiquement dans les règles de l'art. "Le judo est plus collectif qu'on ne pense. Sur le tatami on est seul; mais tout  le reste de l'année on s'entraîne avec des partenaires. Pour apprendre à travailler tous  ensemble la technique -pour ne parler que d'elle -, on a besoin d'être nombreux. Une bonne émulation autorise la progression."

Une médaille? "Elle découle d'une réussite, d'une journée qui s'est bien passée. Dans le regard du public, il y a trop de différence entre celui qui a la médaille et celui qui ne l'a pas. En ce qui me concerne, je relativise beaucoup la victoire et la défaite." Cela dit gagner une médaille, c'est bien. Olivier Schmutz l'admet. " Néanmoins, j'aimerais que la personne qui la gagnée ait cherché autre chose que ce qu'elle a fait. Une médaille, il faut la vivre, la ressentir, la relativiser. Il y a un but sportif, qui est adapté au niveau de l'athlète, et un objectif, qui consiste à tracer un chemin, vivre l'instant présent, se dépasser, partager des émotions. Si on met tous les moyens et qu'on s'entraîne fort, les résultats arrivent."

La culture de la gagne

Le mot "compétiteur" est sensible, chez Olivier Schmutz. "Il faut faire attention à ce moment-là. Un compétiteur? Est-ce quelqu'un qui est prêt à tout?" On lui parle alors de culture de la gagne. Fait-elle partie de sa philosophie, de son enseignement? "Un combat, dit-il, se gagne en grande partie en amont, à l'entraînement. Une culture de la gagne serait alors l'investissement dans la préparation, dans le projet." 

Il va plus loin, développe, parle de son sport qui doit amener celui qui le pratique à se découvrir, à grandir aux contacts de son ou de ses partenaires; un enrichissement qui n'a pas la même valeur ou force que celui consistant à gagner. Forcément. A tout prix. "Il faut vouloir gagner de toute son énergie afin de permettre à son adversaire, qui est aussi un partenaire, de devenir meilleur." Olivier Schmutz, passionné, exigeant, qui vit dans un paysage aimé et qu'il n'a pas encore apprivoisé -y parviendra-t-il un jour?-lui qui est sans cesse à la recherche des valeurs (le judo présente un code moral avec le respect comme emblème) et de ses curiosités éducatives, de l'excellence du moment présent et à s'occuper de soi, quotidiennement, ajoute: "En parvenant à gagner j'aurai indiqué à mon adversaire un point à travailler. S'il parvient à améliorer ce point, je vais devoir, lors de notre prochain combat, trouver une autre faille. Ainsi, les 2, nous nous améliorerons." Il poursuit, spontané et sans rien déroger. "Le rendre plus fort devient intéressant pour moi. Dès lors je ne peux que le remercier pour le fait d'impliquer son énergie dans cette même quête, pour gagner contre moi, pour gagner ensemble." 

Vivre le judo

Entraîneur national des judokas français, Christophe Massina a déclaré l'autre jour à la veille des Mondiaux à Bakou (20 au 27 septembre): "Certains ne comprennent pas que les Beatles, Mbappé ou Bill Gates, c'est 10'000 heures de boulot avant de faire parler d'eux." Au judo, faut-il travailler plus que dans d'autres sports pour y arriver? "Tous les sports ne sont pas égaux dans le travail", répond Olivier Schmutz, amusé par les déclarations de Massina. "Au judo il faut travailler énormément, aller au bout de soi-même, vivre une expérience porteuse au niveau humain." Le haut niveau? Le définir? L'entrevoir? "Il faut commencer par gagner à l'étranger." 

Un projet de coeur

La pépite? Olivier Schmutz n'y croit pas. "En revanche, je crois à tout le monde. Un enfant qui a 5 ans et demi et qui, au judo, fait tout à l'envers, je crois en lui." Olivier Schmutz, qui ne s'arrête jamais, a un projet qui lui tient à cœur. "La campagne sera lancée très bientôt: j'aimerais réunir un groupe de personnes âgées de 12 à 20 ans, qui commence ensemble; le voir avancer, progresser. Pourquoi ces âges? C'est un âge intermédiaire, qui leur a permis de pratiquer déjà un sport, de s'être essayé au moins à quelque chose. On leur reproche tant de choses (alcool, vidéo, etc) que je trouverais bien qu'elles se retrouvent à un endroit précis pour vivre et partager une aventure sportive ensemble." La solution idéale? " Cela serait 3 entraînements par semaine. Mais il y a la réalité, qui commande. Le groupe s'appellerait "Les Meutes".

Palmarès

  • Olivier Schmutz est né le 12 février 1971 à Pompaples.
  • Ancien judoka (73 kg). A mis fin à sa carrière de judoka de haut niveau en 2000. 
  • A une sœur jumelle, Isabelle, elle aussi ancienne championne de judo. 
  • En 2000, a terminé 7e aux Européens.
  • A été 3 fois champion de Suisse, 2 fois 2e et 3 fois 3e.
  • A été champion de Suisse par équipes, avec le Judo Kwai Lausanne.
  • En juniors, a été 1 fois 2e et une fois 3e aux championnats de Suisse.ap'
  • A participé à plusieurs tournois internationaux, à des étapes de la Coupe du monde, à des championnats d'Europe et du monde. 
  • A obtenu des médailles et des titres lors de tournois internationaux.
  • Professeur de judo (avec brevet fédéral).
  • Entraîneur de sport et performance, avec brevet fédéral (Swiss Olympic).
  • Directeur d'école de discipline sportive, avec brevet fédéral.
  • Avec Sergei Aschwanden, a fondé l'Association TRAKO (judo dans le programme scolaire).