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Thierry Barnerat, football, un des meilleurs spécialistes européens du poste de gardien de but

14 août 2018

Thierry Barnerat: "Dans ma tête, ça mouline à 8000 à l'heure..." Depuis quelques semaines, Thierry Barnerat, 54 ans, un des meilleurs spécialistes en Europe du poste de gardien de but, alors qu'il ne l'a jamais été, travaille au Lausanne-Sport. Il est responsable de la méthodologie et du développement de la performance. (1ère équipe jusqu'aux U12). Il travaille, conjointement, avec Florent Delay, homme de terrain et entraîneur en chef des portiers de la première fraîchement reléguée en LNB  (Challenge League). Instructeur FIFA-ASF, Thierry Barnerat a quitté l'ASF, où il était le responsable de la formation des entraîneurs de gardiens.

Pour un jeune gardien, l'âge d'or pour le développement de la coordination se situe à 9-12 ans. Pour la connaissance des gestes, elle intervient à 12 ans. "Beaucoup ont des déficiences. Elles touchent à l'équilibre, un facteur essentiel, qui va lui permettre d'obtenir une grande qualité d'appui et d'utiliser son potentiel physique. Un gardien qui n'est pas équilibré n'est pas efficace", relève Thierry Barnerat. "Différencier le travail du haut et du bas du corps est un autre facteur fondamental. On doit fixer des objectifs par classe d'âge, qui aideront un gardien à se construire." L'autre grande partie de son travail, la principale, s'articule autour de 3 axes prioritaires: l'approche méthodologique des détails qui les amèneront à la performance, le développement de la perception périphérique et l'amélioration de la prise de décision."

Quand Thierry Barnerat assiste à un match, il ne regarde que les gardiens, le sien s'il s'en occupe, le ballon, puis le bloc défensif, la manière dont il travaille et comment il est placé. "Quand je regarde un match de boxe, je pense cognitif." Cognitif. Le travail cognitif, ses aspects, voilà ce qui obsède jour et nuit Thierry Barnerat. Cognitif est un terme qui renvoie à l'ensemble des processus qui part d'une prise d'information à l'analyse, traitement jusqu'à la prise de décision qui mène à l'action motrice."

Il dessine sur un set de table, travaille avec l'ordinateur, analyse les gardiens "Je fais beaucoup pour l'individu, je donne tout à mes athlètes qui me le rendent bien. Je suis un autodidacte mais je comprends très vite comment ça fonctionne." Il vit, et exerce, dans le monde du foot, mais Thierry Barnerat a fait des incursions dans celui du ski, de la F1 et peut-être dans bien d'autres (tennis et ski nautique, ose-t-on). L'homme parle beaucoup, mais il est discret. Comme il dit: il y a des gens qui sont là pour leur gueule, moi je bosse depuis plus de 30 ans et ça fait 30 ans que j'analyse et que je vois des progressions."

Dès l'âge de 15 ans jusqu'à 21 ans, Thierry Barnerat individualise le travail "Dans mon projet, mon approche, c'est fondamental", transmet des messages aux personnes qui l'entourent. Toutes compétentes. Il teste tous les gamins. "Un bilan est dressé pour chacun d'eux." Ils sont profilés physiquement, techniquement, tactiquement, cognitivement et psychologiquement. "Ce dernier point concerne la concentration, la gestion des émotions, principalement." Le mental est très important. Le domaine ophtalmologique et de cognition aussi. " À Genève, Je me suis approché du professeur de neurosciences Romain Bordas. C'est lui qui a testé les jeunes."

Thierry Barnerat avoue et cet aveu surgit plusieurs fois dans la conversation matinale. "Je suis un malade de la performance. Je regarde les oiseaux voler et je me demande comment ça fonctionne, je m'interroge au niveau des appuis dans l'air. J'analyse et je réfléchis tout le temps." Il produit une photo d'un guépard. "Regarde l'authenticité de son geste, l'instinct qu'il met. Un gardien, ça doit être ça." L'acte visuel, cognitif, c'est complexe. "C'est pour ça que je m'entoure de bonnes personnes, des scientifiques. La science? J'arrive à la traduire, mais sur le terrain."

Il a commencé à réfléchir sur le développement périphérique, avec une partie sur son ordinateur et l'autre, sur le terrain. Balle au pied, Michel Platini, grand numéro 10 avait une vision périphérique. Thierry Barnerat parle d'œil directeur, qui est l'œil dominant lorsque les deux yeux sont ouverts. C'est lui qui dirige votre vision et l'axe du regard. Des exercices déterminent qui est l'œil directeur, lequel décide ou doit décider de la prise de décision. "Les yeux amènent des informations. Les yeux sont les éléments qui sollicitent le plus de neurones."

Pour capter tout ça, savoir comment ça fonctionne pour pourvoir aller plus loin dans ses travaux, ses recherches, Thierry Barnerat pénètre en gardant une distance dans la tête de ses gardiens, sans commettre aucune effraction. Jamais il est en manque de matière (grise), bénéficiant d'un panel suffisant pour travailler les ingrédients. "La biomécanique, l'étude des mouvements, la coordination et l'aspect mental, j'adore."

Mais Thierry Barnerat a encore bien d'autres atouts de vie dans son jeu. Comment fait-il pour "mécaniser" tout ça? Un silence s'installe. Ses yeux plissent un peu mais on les devine rieurs. On n'a pas son don ni ses connaissances pour savoir ce qu'il se passe, apporter une réponse.

Palmarès

Thierry Barnerat est né le 2 février 1964 à Genève.

Instructeur FIFA-ASF. A été entraîneur national des gardiens de but.

A travaillé notamment à Etoile-Carouge, au FC Zurich, et au LS, club qu'il a rejoint il y a quelques semaines.

En 2007, il part en Côte d'Ivoire. L'entraîneur de la sélection est alors Ueli Stielike.

A Abidjan, Thierry Barnerat donne des cours de gardiens pour la fédération ivoirienne de football (2007-2008).

Ensuite, il a travaillé au FC Servette.

Il participe, avec interventions, à des colloques et donne des conférences.

Son portable vibre souvent. Au bout du sans fil, on lui demande régulièrement des conseils. Mais il aime surtout voir les gens.

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