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Valérie Andreetto, diplômée d'UNI en préparation mentale

04 décembre 2018

Dans son cabinet, là où Valérie Andreetto reçoit, lieu d'écoute où elle pose ensuite des mots justes sur des besoins exprimés, tout est zen. Sobre. Le divan est sans accoudoir, il n'y a pas d'ordinateur, le mur est bleu "Tout cela pour bien se relaxer", le calme s'écoute. Aussi. La Genevoise, personnalité attachante, d'une belle humilité symbolisant l'excellence, s'invite devant une œuvre commandée, signée Frédéric P. "Chaque bulle, explique-t-elle, représente une compétence, une imagination et une idée générée par le cerveau. La rupture (à gauche) marque le début de la transformation."

Valérie Andreetto aime l'art. "J'y éprouve du bonheur. Je suis une contemplative." Le théâtre et la musique sont des sources d'oxygène indispendables. Elle chante au choeur de l'UNI. "Je suis alto. Une fois par année, on se produit au Victoria Hall." Le son de sa voix, claire, projette un brin de fierté. Son discours est soigné, il y a de la vulgarisation, le sujet est pointu. 

-D'où vient l'origine de votre passion pour la force mentale, la psychologie du sportif et la recherche de l'excellence?

-Enfant déjà, j'étais passionnée par la psychologie et la résilience. J'observais surtout ce qui se passait dans ma famille. Je lisais beaucoup sur le sujet. Mon père faisait beaucoup de vélo et du ski de fond. Tous les dimanches, il faisait le tour du lac. Ma mère, son plaisir, c'était la natation, qu'elle m'a transmis très tôt. Ma tante qui est paraplégique est une grande championne de handisport en natation. Elle a un grand tiroir remplit de médailles. J'essayais de comprendre ce qui se passait autour de moi. La force mentale, c'est la capacité de rebondir, la capacité de se retrousser les manches, plutôt que de baisser les bras.

Rencontre avec Sarah

-Votre première expérience, approche qui a été déterminante pour la suite de votre vie, vous l'avez vécue dans le monde de la natation. 
-Je suis monitrice de natation J+ S. J'ai une petite école à la piscine de Pâquis-Centre, j'y accueille des enfants dès 4 ans. En 2008, j'enseigne dans le lac, aux Bains des Pâquis. Cet été-là, j'engage une suppléante, une jeune nageuse prénommée Sarah, du cadre nationale suisse, qui s'entraîne à Genève. Elle est l'amie de Jonathan Massacand.

-Ancien grand nageur, un spécialiste de la nage sur le dos, qui a participé aux JO de Pékin en 2008?

-Oui. Sarah me parle d'elle, de la préparation de Jonathan aux JO, des coulisses du sport de haut niveau. Je discute avec eux. En 2009, j'accompagne Sarah aux Universiades de Belgrade et aux Championnats de Suisse. Je me rends compte qu'en Suisse, on a des athlètes de qualité, qui bossent dur mais qui sont un peu livrés à eux-mêmes quand ils sortent du pays, qu'ils sont confrontés à une certaine réalité. Je me dis alors: si tu es capable de transmettre la confiance aux tous petits, penses-tu pouvoir le faire avec des plus grands? Ce que j'ai compris grâce à ces deux nageurs a servi de déclencheur. Je les en remercie encore aujourd'hui.

Une écoute active

-Une personne (homme ou femme) pratiquant un sport à un haut niveau se présente chez vous. Comment cela se passe-t-il?
-On discute, l'écoute est active. La personne qui me consulte vit une période de contre-performances. Elle décrit une fluctuation au niveau de la confiance en soi. Elle est parfois triste ou en colère, se dit aussi: pourquoi moi? Elle est en recherche de nouvelles compétences pour avancer.

-Et c'est là que vous intervenez...
-...Je lui demande comment elle se voit, de décrire son ressenti et ou elle situe les difficultés. Mon rôle, c'est de l'aider à prendre conscience de sa façon de faire pour qu'elle apprenne à mieux se connaître. Tout est dans le dialogue et la relation de confiance où la confidentialité est garantie. J'effectue un bilan avec des tests d'évaluations validés scientifiquement, cela va désigner les points forts et les zones d'amélioration potentielle. J'apporte ensuite des outils au plus près de ses objectifs. Les techniques sont ensuite entraînées au cabinet et sur le terrain. Elles concourent à la résolution du problème, comme savoir mieux gérer la pression pré-compétitive, par exemple.

Une médiatrice aidante

-En fait, tout repose sur cette personne, par extension sur toutes celles qui viennent chez vous?
-Oui, je suis une médiatrice, je mets les techniques de préparation mentale à leur service. Je les aide à s'aider, à mobiliser leurs ressources, c'est un vrai travail de collaboration. Je ne suis pas responsable de leurs succès ni de leurs échecs. Cela leur appartient.

-La performance, pour vous, c'est...
-...Un alignement des étoiles, un processus complexe. La préparation mentale est un entraînement complémentaire à l'entraînement physique et technique de l'athlète et va concourir à l'optimisation de sa performance. Le mot important, c'est "préparation".

-Existe-t-il une bonne technique mentale permettant d'améliorer ses performances?
-La préparation mentale propose des outils qui ont été construits sur la base de recherches scientifiques. On est dans la science, avec des études, des tests. Les neurosciences ont fait de grands progrès.

-Quels sont les outils les plus puissants? 
-La maîtrise d'un discours interne positif. La façon dont on se parle dans sa tête, les mots que l'on utilise, c'est très puissant. Et il y a la visualisation, l'imagerie mentale. En gymnastique, comme pour le patinage artistique, c'est être capable à l'entraînement de visualiser dans sa tête une nouvelle figure avant son exécution, par exemple. Cela va préparer le réseau neuronal nécessaire et donc faciliter l'apprentissage moteur. 

Vivre ses émotions

-Votre travail, son approche, est-il différent selon l'activité pratiquée par le sportif?
-La base est la même. Chaque discipline a ses particularités dont il faut tenir compte. En athlétisme (dans le domaine de la course particulièrement), l'athlète doit rester dans son couloir, qui est étroit, ce qui requiert une bonne technique et un bon équilibre vu la vitesse, ne pas être perturbé s'il y a une touchette avec un adversaire. En résumé: il faut bien vivre ses émotions. 

-Chez les jeunes, aussi?
-Quand un jeune sportif grandit, change de catégorie d'âge, l'accompagnement est très important. Il va au-devant d'une fluctuation de la confiance en soi car il peut se retrouver dans une équipe avec des plus grands que lui, par exemple. Morphologiquement, il change aussi et ça peut être perturbant. C'est un excellent moment pour se familiariser avec les techniques mentales. D'ailleurs, les jeunes sont très preneurs car cela les aide également à l'école, dans leurs études.

-Soit, pour citer Marcel Dessailly (ancien grand footballeur): Être un combattant mais rester lucide en même temps...
-...Oui. Et aujourd'hui, si la préparation mentale est devenue hyper importante, c'est parce qu'elle peut faire une véritable différence dans la mesure où tout le monde s'entraîne un peu de la même façon, en s'inspirant (ou en copiant) du savoir ailleurs. Ici, nous avons de bonnes fédérations sportives, de bons clubs, de bons entraîneurs, reste que la différence, compte tenu de ce qui précède se fait dans la tête -le mental- et dans le domaine de la nutrition. Deux approches qui sont en plein développement.

Récupération primordiale

-Le sportif qui progresse peut-il mettre en danger sa santé?
-C'est une bonne question. Sous la pression des résultats à réaliser, il se peut que la problématique du surentraînement se pose. D'où des blessures souvent, des résultats en dents de scie. Sans qu'on comprenne troppourquoi. Du coup je vais leur dire: récupère mieux, récupère plus pour mieux t'entraîner.

-Existe-t-il une réticence à la préparation mentale?
-Oui, au niveau des structures sportives et ce malgré les recommandations de Swiss Olympic, qui veut promouvoir le sport d'élite. Les athlètes viennent de leur propre chef. Souvent, sans que personne ne le sache. Ou ce sont les parents qui envoient leur(s) enfant(s). Quelques fois, l'initiative est prise par l'entraîneur, mais c'est encore rare. Il serait plus judicieux de démarrer ce travail avant que les difficultés n'émergent. Les clubs et les entraîneurs ont un rôle important à jouer pour sensibiliser les jeunes sportifs élites et informer les parents.

-Qui paie?
-C'est l'athlète que paie, souvent grâce aux différents aides allouées au sport. Parfois, c'est la structure qui réserve un budget dans un projet de développement de leurs jeunes sportifs espoirs. Souvent, ce sont les parents. 

-Pour vous, un échec dans votre travail, c'est...
-...Un sportif qui n'a pas voulu respecter son suivi, le processus jusqu'au bout, pour 
X raison.

-Et un succès?
-C'est de voir la solidité et le retour du plaisir chez l'athlète. Comment il a passé les étapes de sa progression tout en restant motivé.

Le football en tête

-Quels sont les sports les plus représentés dans votre travail?
-Le football (mais oui!), le tennis de table. J'ai pas mal de volleyeurs (homme et femme) et des athlètes pratiquants des sports stressants (figures à exécuter suivie de notes): le plongeon, la gymnastique, le patinage artistique.

-Aujourd'hui, le sport de haut niveau ne touche-t-il pas à la folie?
-Qu'entendez-vous par folie? La santé? Tout dépend de l'athlète et de son entourage. Le dopage est une folie. Je n'ai jamais été confronté au dopage, dieu merci. Des jeunes me posent parfois des questions sur ce sujet.

-Faut-il rencontrer souvent le sportif (de haut niveau ou pas) pour que votre travail 
ait un sens, que des résultats se produisent?
-En-deçà d'une dizaine de séances, ça ne sert pas à grand chose. C'est une construction, un travail sur le long terme.  En plus des séances individuelles au cabinet, je fais aussi des observations sur le terrain pour filmer le sportif avec son assentiment et débriefer ensuite.

-Existe-t-il des préparateurs "foireux"?
-À l'Uni, on nous a mis en garde, qu'il existe des préparateurs mentaux auto-proclamés. Pour être reconnu, il faut être diplômé d'université. 

-Auparavant, l'athlète qui ne bénéficiait pas de ce soutien et de cet apport, faisait comment?
-Il se débrouillait avec ses propres forces. Ou il y avait un entraîneur, un parent, un père ou d'autres personnes qui lui disait: "Secoue toi! T'es capable de faire mieux." Entre eux, ils s'entraidaient. Avec leurs propres armes. Mais je tiens à rappeler que Pierre-de-Coubertin en 1903-1904 (rénovateur des JO de l'ère moderne en 1894, fondateur du CIO, il fut président de 1896 à 1925) déclara quelques années après le Congrès olympique de 1913 à Lausanne qui s'intitulait "Psychologie et physiologie sportive" que "Lausanne avait marqué la naissance de la psychologie sportive." Le Baron était déjà au fait de ce qui s'étudiait.

Palmarès

  • Valérie Andreetto est née le 2 mai 1966 à Genève.
  • Elle est diplômée d'Université en préparation mentale et psychologie du sportif.
  • Coach professionnelle certifiée et consultante, notamment au Musée olympique de Lausanne.
  • Chargée de cours à la Haute École Fédérale de Sport à Macolin, par la Fédération de Suisse de natation (Swiss swimming).
  • Elle a accompagné plus de 100 sportifs d'élite, dans 26 disciplines dont les 2 dernières sont l'escrime et la course automobile.
  • Spécialisée en jeunes sportifs de haut niveau, elle conseille aussi les parents dans leur rôle.
  • Intervenante à Lausanne, à la SAWI, dans la formation "Intermédiaire, (agent) de football".
  • Elle intervient également en entreprise auprès de managers en Suisse-romande.
  • Conférencière.