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Anne-Sylvie Monnet, meilleure volleyeuse suisse de tous les temps

28 février 2019

 

 

"J'ai vécu l'éclosion du volley pro en Italie".

Il y a quelques semaines, Anne-Sylvie Monnet (57 ans), directrice volleyball à Swiss Volley (depuis 2012), élue, il y a quelques années, meilleure joueuse de Suisse de tous les temps, était en Turquie pour un tirage. L'équipe nationale féminine ne s'est-elle pas qualifiée pour les Européens qui auront lieu dans quatre pays, en Slovaquie notamment où elle se produira, du 23 août au 8 septembre 2019? "C'est historique, en passant par des qualifications", souligne la citoyenne de Saint-Blaise. "La Suisse affrontera l'Allemagne, la Russie, l'Espagne, la Slovaquie et la Biélorussie. Cet Euro regroupe 24 équipes. Auparavant il y en avait 16. Toutes sont professionnelles, sauf 
la nôtre formée d'étudiantes essentiellement." 

Depuis 2003, Anne-Sylvie Monnet occupe des fonctions à la Fédération de Suisse. Aujourd'hui, elle y est directrice volleyball (hommes et femmes). "Je m'occupe de la relève, de la formation des entraîneurs, des équipes nationales." La Neuchâteloise 
fait également partie du Conseil exécutif de Swiss Olympic. "Lors des 3 premières années, j'étais la seule femme, romande qui plus est. Aujourd'hui, nous sommes 4, mais je suis toujours la seule romande. Le jour où je me retire je doute qu'une autre francophone prenne ma place." 

Romande pure et dure

Anne-Sylvie Monnet dit ce qu'elle pense. "À la Fédé ou chez Swiss Olympic, je ne me sens pas "dénigrée" mais quand on est une femme dirigeante dans le sport suisse, on a parfois l'impression qu'on ne fait pas partie du "Boys Club". Ça se manifeste par de petites "piques." Jeune, cela ne me touchait pas. Ça m'amusait même, je blaguais, j'allais boire une bière. Aujourd'hui, je ne laisse plus rien passer. D'un côté comme de l'autre, il y a des modes de fonctionnement qui m'étonnent, peut-être que parce que dans mon âme et conscience, je suis et reste une Romande." 

Anne-Sylvie Monnet a énormément voyagé, cohabité avec des cultures différentes. Elle a vécu notamment aux Etats-Unis, en Italie et de l'autre côté de la Sarine. Alors,  elle s'adapte. Et ça lui réussi plutôt bien. "En général, souligne-t-elle, je prône la collaboration, j'aime bien les prises de décisions quand elles sont participatives." 

-Quel détour de vie vous a-t-il fait prendre le chemin du volley-ball?
-Mes parents qui étaient profs de gym ont baigné dans ce sport. Je ne pouvais que l'aimer et le pratiquer. Ma maman a évolué en LNA à Neuchâtel et à Colombier. Papa a été entraîneur national, chez les hommes. Il est co-fondateur du VBC Neuchâtel-Sport, qui est maintenant devenu le NUC (Neuchâtel Université Club). Ce fait s'est produit pendant la semaine de ma naissance. D'ailleurs, maman était à la maternité. Oui, j'ai grandi dans des salles de gym. Je ne pouvais donc pas pratiquer autre chose que le volley, non? 

-Pourtant, à l'université américaine où vous vous trouviez...
-...On a tenté de me recruter pour lancer le disque et pratiquer l'aviron. Mais quand j'ai vu ce qu'il fallait faire en salle de musculation, j'ai dit non! Pas ça.

Une pionnière

-Le volleyball vous a-t-il permis d'affirmer votre personnalité?
-Beaucoup. J'étais timide, pas très sûre de moi. Grâce au volley, j'ai franchi des étapes. Je voulais être la meilleure, je l'ai été, en y mettant du caractère, qui est devenu le mien. Mais j'ai toujours été une joueuse qui a travaillé pour l'équipe. 

-Et une pionnière, dans la mesure où vous avez été la première première volleyeuse suisse à évoluer à l'étranger, en Italie.
-Oui et j'ai vécu l'éclosion du volleyball professionnel en Italie. A l'époque, il n'y avait que deux étrangères par équipe. Les télés régionales couvraient les matches et les passaient en boucle toute la nuit. Forcément ça a attiré les sponsors locaux, ça a lancé ce sport et de l'argent est arrivé. Aujourd'hui, chaque semaine, des matches sont retransmis à la TV nationale italienne. Sur la fin, en Italie, je gagnais frs 50'000.- par saison. J'avais un appartement et une voiture à disposition.

-En revanche, en Suisse, le volley est peu médiatique...
-...On en a un peu parlé ces derniers temps, parce que l'équipe nationale féminine s'est qualifiée pour l'Euro. Il faut ce genre d'événement pour qu'on s'y intéresse. Le beach volley nous sauve un peu cette "crise". On a de la peine à passer à la TV, donc les sponsors ne s'intéressent pas à nous. C'est un peu un cercle vicieux.

-Aujourd'hui et peut-être plus qu'avant, les équipes qui réussissent...
-...Doivent avoir une star, un leader de caractère; ou deux, Au niveau international, il faut un attaquant fort sur la diagonale et à l'aile. Après, le volleyball étant un sport d'équipe, tout le monde est important.

Une réflexion permanente

-Joueuse, vous vous êtes forgée un caractère, construit un tempérament. Comment définiriez-vous votre personnalité? 
-Je suis une personne assez calme, posée, à l'écoute, bienveillante. J'aime que les gens soient bien, se sentent bien. Je déteste les conflits.

-À vous voir, à vous écouter, si on vous dit qu'on a le sentiment que vous êtes plutôt introvertie que...
-...Je le suis naturellement. Je suis plus orientée sur les gens que sur les objectifs. Je me sens plus à l'aise avec les personnes que je connais, mais il y a de la retenue. Je réfléchis beaucoup, j'analyse tout le temps, j'ai besoin de passablement de temps pour me forger une opinion. 

Un bachelor en langues

-Vous êtes quelqu'un de cérébral.
-Oui, je lis beaucoup. J'ai hésité à reprendre des études, la psychologie du sport est un domaine qui m'intéresse. Oui, être au bénéfice d'un master m'aurait tenté. A part ça, j'ai un Bachelor en langues. Je sais l'anglais, l'italien, l'allemand et j'avais aussi appris le russe; en fait un peu de tout. J'ai travaillé comme entraîneure dans une université américaine de 1998 à 2003.

-Êtes-vous de nature optimiste ou plutôt pessimiste-réaliste?
-Là, mon cœur balance. (pause). En fait, je me perçois souvent comme une optimiste. Je dis rarement non et je cherche toujours à mettre en avant les points positifs. Mais en tant que dirigeante, quand des personnes viennent vers moi avec des projets créatifs qui partent dans tous les sens, alors là je deviens une personne pessimiste-réaliste. 

-Votre nom, autrement orthographié, a une consonance synonyme d'argent. Seriez-vous matérialiste?
-Pas tellement mais j'aime bien mon petit confort. Je peux être dépensière mais pas de manière inconsidérée. Comme j'ai peu de temps libre, je fais souvent des achats sur internet. Chez Swiss Volley, je gère le budget de mon département.

-Le volleyball, c'est jouer les uns pour les autres. Cela requiert-il de posséder aussi une bonne intelligence de jeu et où se situe-t-elle?
-Oui, le volley est un sport très technique, très tactique et c'est là que l'intelligence de jeu intervient. La perception du jeu? Elle s'acquiert à la longue, avec l'expérience. 
En fait, il n'y a qu'au service qu'on maîtrise soi-même la situation. Le passeur, lui, touche tous les deuxièmes ballon. Il doit comprendre la tactique et s'adapter aux situations. Ses choix doivent être bons. Après, tous les joueurs doivent en faire et savoir réagir à toutes les situations. Et tout va plus vite. A l'époque, on jouait à la vitesse d'une 2CV, aujourd'hui, on est dans la F1.

Ça va très vite !

-Au niveau de la vitesse, de l'intensité, de la puissance, voire de l'explosivité, est-il possible de faire encore mieux?
-On est probablement arrivé à un plafond. Chez les hommes, un service a été mesuré à 134 km/h. On n'arrivera sûrement pas à 160km/h. Le volley n'est pas un sport typiquement d'endurance, mais il est très physique et requiert beaucoup d'attention, au niveau de la récupération et de la nutrition, pour ne citer que ces deux aspects.

-En tant que directrice du volley (féminin et masculin) à la Fédération de suisse qui a son siège à Berne, pouvez-vous être supportrice d'une équipe du pays?
-Oui, en Coupe d'Europe, quand une formation suisse y est engagée. Je me permets d'encourager l'équipe et d'applaudir. Si je me le permettais dans un match de championnat, ça serait très mal vu, non? Parce que c'est tout près de chez moi, je vais souvent voir jouer le NUC (Neuchâtel Université Club). Je m'installe toujours du côté des supporters adverses. Et je trouve ça sympa.

-Mais, depuis le temps, vous devez avoir des "chouchous"...
-...Bien sûr. Ce sont des athlètes que j'ai vu grandir. Mais ce sentiment reste chez moi, dans ma sphère intérieure. Être introvertie, c'est aussi ça.

Palmarès

  • Anne-Sylvie Monnet est née le 9 octobre 1961.
  • A joué au volley au plus haut niveau de 1976 (15 ans) à 1998 (37 ans)
  • Elle est directrice volleyball de Swiss Volley.
  • Ancienne volleyeuse et internationale. 151 sélections avec la Suisse (1978 à 1995).
  • En 1985, elle part jouer en Italie, avec un statut de professionnelle. En sept ans, elle évoluera dans différentes équipes de première division.
  • A son actif, une Coupe d'Europe CEV avec Modène. 
  • A remporté une Coupe de Suisse et a été 2 fois championne de Suisse avec le LUC (Lausanne Université Club). En 1984 et en 1985. Depuis 1988, le LUC n'a plus d'équipe féminine. 
  • A été à 2 reprises championne de Suisse avec le RTV 1879 Bâle. Et avec ce club, elle a remporté 3 Coupes de Suisse.
  • En 2008, elle a été élue meilleure joueuse suisse de tous les temps.