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Antoine Descloux, ancien grand hockeyeur

24 janvier 2019

"La plus belle saison de ma vie, je l'ai vécue à Langnau...". Cette année, Antoine Descloux aura 50 ans et traversera cette étape à la vitesse de son quotidien. Dans son discours passionné et passionnant, les mots plaisir, chance et équipe se succèdent. "Je n'aurais jamais pu pratiquer un sport individuel. Je dois vivre en groupe, avoir du monde autour de moi pour que je me sente bien. Dans mon métier, je m'éclate. Je ne vis que des moments où c'est bien." 

Chaque jour que Dieu élabore, on soupçonne Antoine Descloux de se pincer à l'abri des regards pour savoir si ce qu'il vit est réel. "Je rencontre fréquemment des gens au centre de tout. Je me souviens avoir un jour discuter avec des municipaux d'une petite commune qui souhaitaient une patinoire. Ce moment a été génial." Pourquoi ? Parce qu'il avait lu ou décelé dans leurs yeux, peut-être aussi bleus que les siens, ce désir amoureux de faire plaisir à leurs concitoyens, aux enfants du coin; voire à toute une région.

Déjà 15 ans !

Antoine Descloux est un entrepreneur, qui entame sa 15e saison à la tête de La Pati SA. Le site, nouveau, est à découvrir. En résumé: cette société assure toutes les fournitures nécessaires à la bonne marche d'une patinoire, de l'horloge à la surfaceuse. Mais longtemps auparavant, alors tout jeune hockeyeur, il avait participé a un tournoi scolaire et un homme l'avait repéré: Jean Lussier (il est, présentement, postier au Québec), ancien grand attaquant et qui jouait à ce moment-là, avec Gottéron. "Grâce à lui, j'ai intégré l'école de hockey du club. C'est comme ça que tout a commencé." Avec comme fil rouge de la vie: la glace. Cette surface était là au début. Elle est toujours présente. Elle ne le quittera jamais. Mais reprenons.

Coup de massue à Fribourg

-Après avoir évolué durant 14 saisons avec FR Gottéron, vous partez à Langnau...
-...La plus belle saison de ma vie, au plan humain et à celui du hockey, je l'ai vécue à Langnau. D'ailleurs, tous les ans, j'entreprends un pèlerinage là-bas. Je ne peux pas faire autrement que de retourner dans cet endroit où on m'a tout donné, pour que je joue bien, pour que j'y sois bien. J'ai encore les yeux qui brillent.

-Vous avez quitté Fribourg parce que...
-...On était tombé en play-out (tour contre la relégation) contre Langnau (ironie du sport). FR Gottéron s'est sauvé. Le lendemain on me convoque à Fribourg pour me signifier que mon contrat n'était pas reconduit. Ueli Schwarz (nouvel entraîneur de l'équipe) avait dit non. Le directeur sportif était Marc Leuenberger. Ça a été un coup de massue.

Deux bouteilles dans le dos

-Que s'est-il alors passé?
-Cinq jours après, je suis parti en voyage de noces en Equateur, avec le sac à dos. Dans la jungle, j'avais téléphoné à un agent, qui est un ami, pour qu'il me trouve un club, mais pas en LNB. À chaque lieu où endroit où cela pouvait se faire, j'envoyais 
un FAX, les réseaux sociaux n'existant pas. 

-Et?
-Après l'Equateur, on s'est retrouvés à Curaçao (une île des Caraïbes) où j'ai fait de 
la plongée. Un jour, je sors de l'eau et une personne qui se trouvait dans la resto pas loin, sorte de cahute, m'appelle: "Monsieur Descloux, on a reçu un FAX pour vous." 
Je l'ai lu, il provenait de Langnau. On me faisait une proposition de contrat, j'ai signé de suite. J'avais eu juste le temps d'ôter les bouteilles de plongée dans le dos. Qui était le directeur sportif à Langnau? Köbi Kölliker. Au terme de la saison, les dirigeants de FR Gottéron sont venus me rechercher.

-Durant votre carrière, vous avez joué attaquant, mais votre poste de prédilection, c'est défenseur, à gauche.
-Oui, comme défenseur, j'étais très offensif. J'ai aimé prendre des risques. J'étais un défenseur quelconque mais ma force à la relance et au suivi offensif, grâce à mon patinage, faisaient la différence. J'avais une bonne vision du jeu.

Un homme de défis

-Cette prise de risques vous anime toujours aujourd'hui, non?
-Oui, je suis comme ça, je suis un homme de défis. D'instinct. J'arrive à synthétiser les choses rapidement. Mais c'est dans le ventre que ça se passe, où tout se décide. Avec moi, les économistes deviennent fous. Avant eux, il y a eu les entraîneurs. Mais dans les deux cas, dans les deux domaines, c'est l'équipe qui est très importante, qui compte le plus. Pour arriver à des résultats, il faut demander beaucoup, donner aussi et surtout énormément de soi-même.

-Sur la glace, vous est-il arrivé de vous "battre", de participer à des échauffourées? 
-Lors de ma 2e saison avec FR Gottéron, l'entraîneur Kent Ruhnke me gardait à la fin de l'entraînement. Il m'apprenait à comment survivre. J'ai compris assez vite...

-Joueur, avez-vous vécu un grand moment de solitude?
-Quand, avec FR Gottéron, nous avons perdu la finale pour le titre -c'était la 3e - contre Kloten (1993-1994). Quelle désillusion! Elle est impossible à décrire. 

-Et en tant que patron de La Pati SA?
-Quand tu es patron, tu en connais davantage de ces moments parce que c'est toi qui prend les décisions et toi seul. C'est souvent compliqué et là tu te dis que tu es 
un peu fou. 

Un arrache-coeur

-Avez-vous dû licencier des personnes. Là aussi, on imagine que rien est simple et qu'on se sent seul.
-J'ai dû licencier à deux reprises. C'est la pire des choses, un arrache-coeur. C'est à la fois une obligation et une horreur. Le patron, il est juste responsable de garder, de maintenir l'esprit d'une famille; d'une équipe. Encore elle.

-Dans quel autre sport auriez-vous pu aussi vous distinguer? 
-En athlétisme, dans le sprint, mais il s'agit d'un sport individuel. Or, il me faut une équipe, se défoncer pour un autre, en l'occurrence sur la glace. Encore aujourd'hui, dans mon travail, tout tourne autour des gens. Pourquoi avoir choisi le hockey? J'ai grandi dans une HLM, mon papa était concierge. L'hiver venu, il "faisait" de la glace devant l'immeuble pour les enfants.

-Les plus belles fêtes dans le hockey, c'était...
-...À chaque fois qu'on s'est sauvés de la relégation, qu'on a évité la chute en LNB. Donc, il y en a eu 4. C'est paradoxal, non? C'est aussi la vie d'un club qu'on sauve. Avec le LHC, je me suis "briqué" l'épaule en décembre. Je me suis entraîné comme un fou pour revenir dans le jeu. J'ai souffert, ça marchait pas; en play-out, l'épaule sortait. J'ai alors mis fin à ma carrière, la mort dans l'âme, mais le LHC était sauvé. 
Je me suis fait opérer de l'épaule, après. 

Des livres, pas le golf

-Qu'avez-vous le plus aimé: le jeu où le monde du hockey?
-Sur la glace, j'ai eu un monstre plaisir, à m'entraîner. J'ai aimé le vestiaire, les potes, des odeurs, la sueur. Mais quand des bobos sont survenus, il y a eu des contraintes, j'ai ressenti moins de plaisir. Au hockey, comme dans mon métier, j'ai toujours dit ce que je pensais. Le monde de l'économie aime ça. J'ai toujours été à l'écoute des plus âgés, je suis à l'aise partout. J'ai toujours étudié. Au lieu de faire du golf j'ouvrais des livres. 

-À vous seul, vous représentez plusieurs corps de métier...
-...Je suis électronicien, j'ai un certificat de cafetier, je suis analyste programmeur, manager du sport et j'ai un diplôme en administration. Et je construis des patinoires, pour les loisirs et la compétition. A l'année, 27 personnes travaillent chez La Pati SA et une cinquantaine en hiver. La société grandit. Quand j'ai décidé de me lancer dans le monde du travail, de créer la Pati, je ne me suis pas posé de questions car je partais avec certaines certitudes et quelques bagages. Je restais dans mon domaine. Mais économiquement, l'aventure était folle. Aujourd'hui, ça va, bien épaulé par mon frère Bruno et Reto Schürch -ancien bon portier- que j'ai engagé. Il travaille pour implanter la Pati en Suisse-allemande. 

Avoir sa patinoire

-Justement, y a-t-il une évolution que vous souhaiteriez voir votre travail? 
-C'est la mise en place d'un système d'audit des patinoires (pour qu'elles soient de même valeur et de qualité partout). La seule vérité que j'ai personnellement, ce sont les 5 derniers millimètres de glace. J'aimerais, aussi, donner des cours pour qu'enfin le travail du chef de glace soit reconnu. La stratégie? C'est que mon numéro de téléphone se trouve dans toutes les patinoires de Suisse.

-Vous êtes un des membres du Facilities Commitee (Comité des installations et maintenance) de la Fédération internationale de hockey sur glace (l'IIHF). 
-C'est là que j'apporte le plus: dans l'exploitation d'une patinoire. J'aimerais avoir ma patinoire (une low coast Arena). Une patinoire de 1500 places coûte 4,5 millions de francs suisses. Mon autre objectif: comme j'ai une fonction à l'IIHF, c'est que La Pati SA soit aux JO, de mettre ma boîte en avant, qu'elle soit consulting. Les JO d'hiver de 2022 auront lieu à Pékin. On sera dans cette ville en avril 2019 pour des discussions.

-Quand vous étiez enfant, quel métier vouliez-vous faire?
-Je n'en avais aucun en particulier (réflexion). Dessinateur; oui dessinateur.

-Quel patron êtes-vous?
-Très exigeant, mais il n'y a que la réussite qui compte. Me suivre, c'est compliqué. Très. On vous le dira. Je ne crois pas au truc à moitié. Ma seule connaissance, c'est l'équipe, mon monde. Pour les 10 ans de la boîte on est allés à Prague. Tous les mois, chaque employé verse 70 francs dans une caisse d'équipe. Le but qu'on se fixe, c'est aller aux Championnats du monde de hockey, tous ensemble. Mais si ça ne peut pas se faire, on va ailleurs.

Soupape (un peu) oubliée

-Avez-vous le temps d'avoir des hobbies?
-J'avoue que ces dernières années, j'ai un peu oublié cette soupape. Ça m'a aussi coûté un mariage...En 2 ans, on a presque triplé l'entreprise. Mais je m'éclate autrement, dans le boulot, où il n'y a que des moments biens. Je vous l'ai déjà dit, non?

-Êtes-vous croyant?
-Oui, très croyant. J'ai toujours un St-Christophe dans ma voiture. Jeune, j'ai perdu mon papa. J'ai aussi perdu un frère. Quand je me trouve dans une ville, je vais dans une église et j'allume une bougie. 

-Pour quelle faute avez-vous le moins d'indulgence?
-Le mensonge. Je ne supporte pas ça. Ça ne sert à rien, ça ne rapporte rien. J'aime 
le respect, la franchise.

-Quelle qualité, que vous n'avez pas, aimeriez-vous avoir?
-J'aimerais avoir la qualité de pouvoir écrire. J'aime la chanson française. J'aimerais avoir la faculté de pouvoir écrire des textes. Benabar, auteur-compositeur-interprète français, raconte une vie en 4 phrases. Je trouve ça génial. 

Palmarès

  • Antoine Descloux est né le 11 août 1969 à Romanens.
  • Ancien hockeyeur (défenseur, gauche, très offensif mais aussi attaquant). 
  • Il est consultant à la MySport TV, à l'IIHF et à la Ligue suisse de hockey.
  • A joué de 1985 à 1999 avec FR Gottéron; puis avec Langnau (1999-2000). Retour à FR Gottéron (2000-2003). Enfin, avec le LHC (2003-2004)
  • N'a jamais fêté de titre. A été 3 fois médaillé d'argent et 2 fois de bronze. Mais il a disputé 4 play-out (contre la relégation): 2 x avec FR Gottéron, 1 fois avec Langnau et une fois avec le LHC. 
  • A disputé des Mondiaux juniors avec la Suisse, mais aucun avec la Suisse A, dont il a été un candidat. A 26 ans, il a décidé de ne plus en être un, de se consacrer à la vie d'un club.