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Catherine Borghi, une battante aux services de la vie

12 septembre 2019

 

Elle avait 17 mois, pas un de plus, pas un de moins, quand son histoire avec le monde du sport a commencé. «J’ai chaussé ma première petite paire de skis à cet âge-là », se souvient souriante Catherine Borghi qui a bien fait d’y croire, de persévérer, avec déjà beaucoup de caractère et le talent bien dessiné. N’a-t-elle pas intégré l’équipe de Suisse à 15 ans?

Le slalom a été sa discipline de base. Son accident survenu le 22 janvier 1999, à Cortina (triple fracture à la jambe gauche) modifia sa trajectoire, de manière sensible. «Ayant perdu beaucoup de mobilité dans ma cheville, je me suis naturellement dirigée vers la descente, qui demandait moins d’efforts à ma cheville affaiblie. Cependant, je rêvais aussi et déjà de la descente avant mon accident.»

Son grave accident a alimenté des gazettes. On a pu lire que Catherine Borghi avait failli perdre la jambe gauche. «Je savais que ce que j’avais subi était très grave mais personne n’avait évoqué avec moi la perte éventuelle de ma jambe. En mars 2008, un skieur autrichien a eu le même accident que moi, à Kjvetfel, (jambe à 180 degrés) et on a dû l’amputer. En voyant sa chute, ça m’a rappelé la mienne, et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’aurais pu subir le même sort que lui.»

Avec Alexandre, son frère, Catherine Borghi dirige aux Diablerets l’entreprise familiale de construction. «Mon papa a pris sa retraite, il y a 10 ans. Il a dit stop presque en même temps que moi. Tous les deux, on a éprouvé le même ras le bol, on a su tourner la page du jour au lendemain.»

Prise de sang en horreur

Auriez-vous pu embrasser une autre carrière professionnelle?
À la fin de ma carrière de skieuse, j’ai eu plein d’idées : retourner à l’école? À l’ECAL? Je suis dessinatrice en bâtiment de formation (courte pause). J’aurais toujours voulu faire architecte d’intérieur. 

Quel métier n’auriez-vous jamais pu exercer?
(Elle réfléchit, son regard court dans l’espace et revient à son point de départ). Un métier touchant à la médecine, pourtant j’admire les personnes qui exercent dans ce métier. J’ai les prises de sang en horreur. Quand on me pique, je tourne la tête. Quand j’ai été blessée en 1999 - triple fractures à la jambe gauche - c’est ma maman qui me faisait les injections dans la cuisse, pour éviter une thrombose.

Des centièmes si importants

Si vous étiez Dieu, qu’interdiriez-vous immédiatement?
L’injustice, de manière générale, et la malhonnêteté. 

Alors skieuse, vous méfiez-vous articles écrits par les journalistes?
Oui, je préférais la TV ou la radio, en direct. Il n’y avait pas la possibilité de modifier ou d’interpréter ce que j’avais dit.

En Coupe du monde, vous n’êtes jamais montée sur un podium...
...C’est vrai, mais j’en ai raté une dizaine pour quelques petits centièmes de secondes. Ce qui m’a manqué? Un peu de « female serrial killer », un peu de chance aussi et surtout. Après, réaliser un podium, ça peut changer la donne. Un champion? C’est un bosseur doué. En ce qui me concerne je n’étais pas la plus douée à la base pour aller loin, mais je bossais beaucoup. 

...En revanche, vous avez un diplôme olympique, remis suite à votre 8e place au combiné des JO de Salt Lake City en 2002.
C’est une carte de visite. Sur le moment, j’étais fière de moi, le problème, c’est que je n’osais pas le dire car, pour la presse, seules les médailles comptent. Si sur le moment, l’échos a été moindre, avec le recul, j’ai le sentiment que les gens se rendent compte que ce que j’ai réussi aux JO a été une belle performance. De mémoire, aucune romande depuis 17 ans n’a réalisé cela en ski alpin.

Exigeante à l'extrême

Vous étiez une grande compétitrice, une gagneuse...
...Une compétitrice par rapport à moi-même oui, mais j’ai toujours eu de la peine avec la notion de battre les autres. Je suis hyper exigeante et perfectionniste, ce qui m’amène à être une personne minutieuse, une battante. J’ai toujours l’impression que ce que je fais ne va pas suffire. C’est encore valable aujourd’hui. 

Un jour, vous avez déclaré que le monde du ski et dur et ingrat. Pourquoi est-il ingrat?
Certaines critiques m’ont pesé. Quand les résultats n’étaient pas là, on me demandait des explications. Quand j’essayais d’en donner, on disait alors que je cherchais des excuses. Le sport d’élite est beau mais il est dur. Rien n’est jamais acquis. A chaque fois, on repart à zéro. Si le lendemain d’une belle performance, on fait une mauvaise course et bien on est directement jugé et critiqué. C’est (un peu) une question de mentalité suisse, je pense. 

Le sport est une école de la vie. Et le ski?
Quand j’ai arrêté d’en faire, j’ai trouvé que ça avait été trop difficile pour être une école de la vie. Dix ans après, en regardant mes enfants en faire et en me revoyant à travers eux, je me dis qu’effectivement, c’est une belle école de vie qui va de la scolarité à l’élite. Quand on passe pro, tout devient différent.

La vie de maman est belle

Enfant, pensiez-vous devenir une championne?
À 6 ou 7 ans, j’étais sûre que je serais championne olympique de descente et des 5km en ski de fond, tout ça dans les mêmes JO. C’était une évidence pour moi. J’ai toujours aimé la pluridisciplinarité. Lorsque la Tchèque Ester Ledecka a réalisé son doublé en snowboard et au Super G aux JO de 2018 de Pyeongchang, j’en ai pleuré, elle avait réalisé mon rêve. Au SC Les Diablerets, je m’occupe, entre autres, de jeunes qui ont entre 4 et 7 ans, les Mini-Diablotins. Je les inculque dans ce sens même si l’alpin est le sport dominant. Ce sens, dans la variété, doit durer le plus longtemps possible, jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de choisir ce qui est le mieux pour eux, par exemple. La variété? Elle est un frein à la lassitude.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
Ma vie de maman.

Si on vous dit, pour reprendre des paroles prononcées par quelqu’un dont on ne se souvient plus du nom: «La montagne n’a pas d’amis. Elle ne connaît que des intrus», êtes-vous d’accord avec ça?
Mais pas du tout. Cette personne est dans l’extrême. La montagne, il faut la respecter, la laisser vivre. Je suis une écolo dans le cœur mais il faut laisser les gens de la montagne y vivre. Comme les gens de la montagne laissent vivre les citadins. Là aussi le respect de l’environnement doit être un acte majeur. 

Savoir chanter !

Quel est le don de la nature que vous auriez aimé avoir?
Chanter, savoir chanter. J’ai été très longtemps complexée au point de ne pas oser chanter, maintenant, ça va mieux.

Le temps qui passe vous fait-il peur?
Par moment, oui. Je suis content de voir les enfants grandir vite. Je ne suis pas très poupon. Je n’ai pas peur de vieillir, d’attraper des rides. Mais quand je me dis: il y a 21 ans, j’étais aux JO, là je sens que j’ai pris un coup de vieux. Je commence à me rendre compte que mon passé devient important, mais il ne le sera pas plus que le futur.

À considérer votre passé de championne et votre personnalité, vous a-t-on approchée pour faire de la politique?
Il y a une année ou deux ans, on m’a proposé de reprendre la présidence de certains organes et de m’investir en politique. J’ai refusé, je veux profiter de ma vie de famille. Quel parti je choisirais? Impossible de me voir dans un parti. J’ai certainement des idées bien à droite, mais comme je l’ai dit, je suis écolo dans mon cœur et je ne supporte pas l’injustice, ce qui est souvent vu comme des idées plus à gauche.

À considérer vos activités multiples, vos journées sont minutées...
...Oui, je m’impose cela moi-même. Oui, je sais, je devrais être plus cool, moins stressée mais vous avez raison, je veux tout maîtriser. C’est dans ma nature et personne n’arrivera à la changer; ou alors peut-être moi quand je serai fatiguée  de ce rythme que je m’impose.

Palmarès

  • Catherine Borghi est née le 23 septembre 1976 à Vevey.
  • A été plusieurs fois championne de suisse junior. En élite, a été championne de Suisse du combiné et a obtenu plusieurs autres médailles (argent et bronze).
  • À 15 ans, elle était en équipe nationale. Sa carrière a duré 14 ans.
  • En 1993, à Aoste, elle a terminé 3e du géant de la 1ère édition du Festival Olympique de la Jeunesse Européenne (FOJE).
  • Elle comptabilise 203 départs en Coupe du monde (1ère course, 1994, géant de Park City), dernière course (2008, descente à Crans-Montana).
  • En Coupe du monde, elle a terminé 17 fois dans le top 10.
  • En Coupe du monde, elle a terminé deux fois à la 4e place (descente): en 2001 à Lake Louise et à Äre en 2002).
  • A participé à deux JO: 1998 à Nagano et 2002 à Salt Lake City.
  • A participé à 3 championnats du monde.
  • A deux reprises, elle a terminé 8e du combiné: aux Mondiaux de Sestrières en 1997 et aux JO de Salt Lake City en 2002 (diplôme olympique).
  • En 1995, elle a terminé 3e en géant des mondiaux juniors à Voss.
  • A participé à 3 reprises à la petite Patrouille des glaciers; victoire avec une équipe de dames en 1998. Les deux autres fois, elle a couru en famille.
     

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